GENTON Gustave, Ernest

Né à Paris, le 20 mars 1825, dans le XIe arr. (ancien) ; exécuté à Satory le 30 avril 1872 ; ouvrier sculpteur sur bois ; opposant au Second Empire ; officier et juge à la Cour martiale durant la Commune de Paris.

Genton demeurait, en 1871, 27, rue Basfroi (XIe arr.), dans le quartier de la Roquette. Était-il le fils naturel de Genton Christine, comme on le dit devant le conseil de guerre ? Issu de la bourgeoisie, comme l’affirme Da Costa ? Bon ouvrier, bon époux, excellent père de famille — il s’était marié à Paris (ancien VIIIe arr.) le 2 juin 1846 et avait eu un fils et une fille (un seul vivant en 1871 : une fille de seize ans). Il aurait été blessé et arrêté en 1848 (Journées de Juin ?) et combattit le 2 décembre 1851 contre le coup d’État.

Il rallia le blanquisme en 1862 et se fit une spécialité d’organiser les enterrements civils dans le XIe arr. Écroué à Mazas après l’affaire du café de la Renaissance (1866), il fut de ceux qui suivirent les indications de Blanqui et se vit condamner, pour son silence et pour sa participation à des cérémonies anticléricales, à un an de prison, peine ramenée à six mois. Mais il était encore à Sainte-Pélagie lorsque son fils mourut et qu’on lui fit des funérailles imposantes auxquelles assistèrent, mêlés, étudiants et ouvriers blanquistes. Nouveau « scandale ».

« Centurion » de Blanqui, Genton forma, avec Duval, Eudes, Granger, Jaclard, Meunier, les premiers groupes de combat blanquistes en 1867-1868 et il compta parmi les orateurs de réunions publiques, après juin 1868. En particulier, le 4 février 1869, place du Trône, il glorifiait l’assassinat du général Bréa.
En 1869, il fut, lors des élections au Corps législatif, candidat socialiste-révolutionnaire opposé à Jules Simon, mais il se désista au profit de Jules Vallès.

Il fut, en 1870, sergent de mobiles à l’Armée de la Loire, puis, à Paris, porte-drapeau élu du 66e bataillon, qui combattit à Asnières et à Meudon — voir Anfreville A.

Avec ses amis du Comité central des vingt arrondissements auquel il appartenait, il présenta, le 15 septembre, les mesures d’urgence que le gouvernement de la Défense nationale aurait dû, selon les signataires, se hâter « de transformer en décrets pour le salut de la patrie et de la République. » Ces mesures intéressaient la sécurité publique, les subsistances et les logements, la défense de Paris et des départements. Voir Chassin Ch.-L.

Genton fut naturellement parmi les responsables blanquistes, le 31 octobre 1870 et le 22 janvier 1871. Puis, sa mauvaise santé lui fit abandonner la Garde nationale. Il avait été malade deux mois, et une recommandation du frère de Théophile Ferré à Protot le fit nommer juge d’instruction, le 14 mai 1871 (cf. J.O. Commune du 16). Il fut à cette époque un des rédacteurs du Prolétaire, « organe des revendications sociales (XIe arr.) », 10-24 mai.

Genton dit avoir rendu son écharpe à Ferré, le 24 mai, à la mairie du XIe, n’avoir pas pu sauver le capitaine de Beaufort de la vindicte populaire et n’avoir assisté à aucune exécution. Mais le 6e conseil de guerre l’accusa du meurtre de l’archevêque de Paris. Il aurait été l’émissaire qui aurait apporté à la cour martiale du XIe, à la Roquette, un second ordre, signé Ferré, d’avoir à livrer les otages et aurait lui-même rédigé la liste nominative des victimes. Il protesta, mais fut perdu par l’affirmation de la cantinière Lachaise du 66e bataillon, disant que Genton avait tenté de détourner du meurtre les hommes de ce bataillon. Le juge conclut : « Ah ! Genton était là ! » Son avocat, Constant, renonça à le défendre, bien que les faits n’aient pas été formellement établis : si, d’après le registre de la prison, le 24 mai, les otages avaient été remis « au juge d’instruction », l’auteur du rapport n’était pas absolument convaincant lorsqu’il disait : « Il y avait donc un juge d’instruction et il est présumable que c’était Genton. »

Genton protesta de son innocence, mais le commissaire du gouvernement dit : « L’expiation du passé et la garantie de l’avenir n’admettent ni indulgence ni pitié pour Genton. » Et la peine de mort fut prononcée le 22 janvier 1872. Le jugement fut confirmé en révision le 20 février 1872, le pourvoi en cassation rejeté le 22 mars. Genton resta digne, ne sollicita pas sa grâce, mais écrivit à Thiers pour demander celle de Fortin, le fiancé de sa fille. Il mourut courageusement.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181642, notice GENTON Gustave, Ernest, version mise en ligne le 11 juin 2016, dernière modification le 30 juillet 2019.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/734. — Arch. Min. Guerre, dossier Darboy, 6e conseil, dossier 189. — Gazette des Tribunaux, 8 janvier 1872. — Da Costa, La Commune vécue, t. II, pp. 11, 12. — Maurice Dommanget, Blanqui et l’Opposition révolutionnaire, op. cit., et Hommes et Choses de la Commune.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 364.

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