COLIN Roland

Par Françoise Blum

Né le 4 juillet 1928 à Guipavas (Bretagne, France) ; administrateur ; enseignant ; expert en développement ; directeur de l’IRAM ; directeur puis président de l’IRFED ; directeur du CIDESSCO ; directeur de cabinet de Mamadou Dia ; membre du secrétariat international du Parti socialiste.

Roland Colin est né en Bretagne, à Guipavas (Finistère), le 4 juillet 1928. À Paris, où il vient continuer ses études, il côtoie Joseph Ki-Zerbo et, à l’Ecole Nationale de la France d’Outre-Mer (ENFOM) où il entre en juillet 1948, il est l’élève de Léopold Sédar Senghor. Il y a choisi la section « Afrique noire ». Au sortir de l’ENFOM, il est affecté au Soudan français, où il part avec sa femme Renée Noguès, épousée le 12 juillet 1951. Il y découvre l’apartheid colonial. Il demande une affectation sur le terrain et l’obtient, auprès du Commandant de cercle de Sikasso, en pays sénoufo. Sa connaissance des langues africaines apprises à l’ENFOM et aux Langues orientales va lui permettre de riches contacts avec les communautés paysannes, tout en confortant son image de marginal, pas toujours bien vu des autorités coloniales. Renée, lors de ce séjour, révélera un talent de photographe hors pair rassemblant un capital d’images exceptionnel sur la société sénoufo. À l’issue de son premier congé, au bout de deux ans et demi, le retour du jeune administrateur trop engagé dans ses contacts aves les cadres africains et le monde paysan est jugé indésirable par le gouverneur du Soudan. Il est nommé à Dakar en qualité de chef de cabinet de la Délégation du gouvernement (Administration de l’espace urbain de Dakar et de la presqu’ile du Cap-Vert). À Dakar il retrouve Senghor et des jeunes intellectuels comme Assane Seck et Alassane Ndaw, qu’il avait côtoyés quand ils étaient tous étudiants à Paris. Sa femme et lui apprennent le wolof. Survient la Loi-cadre de 1956 organisant une première autonomie interne des Territoires. En 1957, Senghor lui propose alors de participer au cabinet de Mamadou Dia, chef de l’exécutif territorial. Il aura, entre autres charges, la responsabilité du transfert de la capitale du Sénégal de Saint-Louis à Dakar. En septembre 1958, à la veille de référendum constitutionnel, il est nommé directeur de cabinet de Mamadou Dia. C’est à ce poste qu’il assiste à la naissance, à l’indépendance puis à l’éclatement de la Fédération du Mali, et donc à l’indépendance du Sénégal. Aux côtés de Mamadou Dia, il participe à l’expérience de « l’animation rurale », dans le cadre du premier Plan sénégalais, véritable mise en œuvre d’un socialisme africain. Quand éclate au grand jour,en novembre 1962, le différend entre Senghor et Mamadou Dia, qui va conduire à la condamnation à la perpétuité de ce dernier, sous le motif de « tentative de coup d’état », Roland Colin est en France, où il a été évacué pour soigner une tuberculose pulmonaire. Il apportera dans Sénégal notre pirogue un précieux éclairage sur des événements déterminants dans l’histoire du Sénégal.

Quand il sort de cure, il refuse de regagner le Sénégal tant que Dia sera emprisonné, malgré la demande que lui en faite de la part de Senghor. Il obtient en revanche son détachement à l’IRAM (Institut international de recherche et d’application des méthodes de développement), qui, sur la recommandation du père Louis-Joseph Lebret, directeur de l’Institut international de recherche et de formation en vue du développement (IRFED) et conseiller économique de Mamadou Dia, avait prêté un appui méthodologique à l’expérience d’animation rurale sénégalaise. Il en prend la co-direction, à côté d’Yves Goussault qui y a en charge le Maghreb et l’Amérique latine, Roland Colin se chargeant de l’Afrique subsaharienne. Cela le conduit notamment à effectuer des missions à Madagascar, au Niger où respectivement Philibert Tsiranana et Hamani Diori s’inspirent de l’exemple sénégalais d’animation rurale, en recourant à l’appui technique de l’IRAM. Il enseigne en même temps au Collège coopératif d’Henri Desroche. Lebret avait souhaité juste avant sa mort en 1966 que Roland Colin prenne aussi la responsabilité de l’IRFED, ce qu’il fait tout en conservant également des fonctions à l’IRAM. 

Quant au Sénégal, il y revient cinq ans après la rupture Senghor – Dia et, à la demande de l’un et l’autre, sert de médiateur entre Dia toujours en prison et le Président du Sénégal. Cela conduira à la libération anticipée de Mamadou Dia, douze ans après sa condamnation à perpétuité. C’est sur la recommandation de celui-ci que Roland Colin est invité en 1975 en Guinée-Bissau par le Président Luiz Cabral et participe ainsi au projet de création des Centres d’éducation populaire intégrée (CEPI) auquel l’IRFED prête son concours.

En France même, sous l’impulsion d’une travailleuse sociale portugaise exilée d’Angola, Maria Helena Neves, Roland Colin investit l’IRFED sur des projets visant la pédagogie interculturelle, au bénéfice des enfants des communautés migrantes.
Parallèlement, il s’engage dans une carrière universitaire. Il soutient, sous la direction d’Henri Desroche, une première thèse dont une expérience d’animation rurale au Tchad, appuyée par l’IRAM et l’IRFED, lui a procuré le terrain. Puis, sous la direction de Georges Balandier qui l’y a vivement encouragé, il mène à bien un doctorat d’Etat sur les rapports entre systèmes de pouvoir et systèmes éducatifs au Sénégal, sur la longue durée. Cela lui ouvre les portes de l’enseignement supérieur.
En même temps il s’engage au Parti socialiste, sous l’influence de son ancien compagnon de l’ENFOM, l’historien de l’Afrique et breton comme lui, Yves Person. Il participe au Secrétariat international du Parti socialiste. En 1982, Michel de la Fournière, conseiller du Ministre de la coopération Jean-Pierre Cot, l’engage à prendre la direction d’une Agence de développement d’un type nouveau, qui irait dans le sens d’une politique de coopération engagée à gauche. Roland Colin quitte alors la direction de l’IRFED – tout en restant au Conseil d’Administration – pour prendre la tête d’un Centre international pour le développement social et la santé communautaire (CIDESSCO), basé à Bordeaux. Il y est, sous la présidence de Michel de la Fournière, Directeur général. Mais le départ prématuré de Jean-Pierre Cot, puis le retour de la droite aux Affaires mettent fin à l’expérience de coopération ainsi engagée. Le CIDESSCO est dissout en 1986.

Roland Colin et sa famille rentrent alors à Paris. Il est affecté à l’Observatoire français des Conjonctures économiques (OFCE) de la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP), présidé par Jean-Marcel Jeanneney. Il y est plus particulièrement chargé de couvrir les rapports Nord-Sud et assure le suivi de l’adhésion de la péninsule ibérique à la Communauté européenne. Il est de surcroît nommé maître de conférences à Sciences-Po, et directeur de recherches dans la formation doctorale des sciences de l’éducation de l’université Paris VIII.

Il est élu également, au départ de Paul-Marc Henry, Président de l’IRFED. Il collabore régulièrement avec la division des études sur le développement de l’UNESCO.
Il prend sa retraite en 1993. Il s’engage alors dans une carrière d’écrivain et va publier plusieurs ouvrages de tenure autobiographique, entreprise de mémoire que la mort de sa femme en 2000 lui rend d’autant plus nécessaire. À côté de ses travaux d’écriture, il a de multiples activités liées au monde de la recherche (Colloques, CA de la Société des Africanistes) et de la culture (Festival Africajarc).

Roland Colin et Renée ont eu deux ans enfants : Maria et Dominique, l’une enseignante de lettres, l’autre Chef opérateur de cinéma

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181532, notice COLIN Roland par Françoise Blum, version mise en ligne le 9 juin 2016, dernière modification le 8 juillet 2016.

Par Françoise Blum

Oeuvres : Les Contes noirs de l’Ouest africain : Témoins majeurs d’un humanisme, Présence Africaine, 2005 (rééd.) ; préface de Léopold-Sédar Senghor, postface de Jean-Pierre Jacquemin ; Kènèdougou. Au crépuscule de l’Afrique coloniale : mémoires des années cinquante, suivi de Mémorial de Kélètigui Berté, Présence africaine, 2004, préface de Georges Balandier ; Sénégal notre pirogue, au soleil de la liberté, Présence africaine, 2007, préface d’Élikia Mbokolo, prix Robert Delavignette de l’Académie des Sciences d’Outre-mer ; Mémoire de mon enfance bretonne, Éditions Ouest France, 2013. • Systèmes d’éducation et mutations sociales. Le cas du Sénégal, 2 tomes, Honoré Champion, 1980, thèse de Doctorat d’État, Université de Paris V. • Les méthodes et techniques de la participation au développement, Unesco, 1978. • L’animation du développement dans la république du Niger, IRAM, Paris, 1967. • L’animation et le développement rural en Afrique noire francophone, CRC, 1966.
Ouvrages de Renée Colin-Noguès : Oumar Dia et Renée Colin-Noguès, Yâkâré, pour une communauté migrante ouverte et fraternelle, autobiographie d’Oumar. Première édition : Paris Maspéro 1982 ; réédit. Présence Africaine, 2012, préface de Mamadou Dia, introduction de Roland Colin ; Sénoufo du Mali, Photographies de Renée Colin-Noguès, préface de Adame Ba Konaré, textes de Moussa Sow et Roland Colin, Musée National du Mali/Revue Noire éditions, janvier 2006.

Sources : Roland Colin, La Toison d’or de la Liberté. En quête de la démocratie en terre d’Afrique et d’ailleurs : récits, paroles et journal de route, à paraître

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