TILLIET Fernand, André

Par Daniel Grason

Né le 18 août 1907 à Villevaudé (Seine-et-Marne), mort le 15 ou le 31 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ; peintre-décorateur ; militant communiste de Vanves (Seine, Hauts-de-Seine) ; volontaire en Espagne républicaine ; déporté politique.

Fils de Joseph Tilliet, manouvrier, et de Isabelle Doublet, sans profession, Fernand Tilliet épousa Renée Durand le 3 novembre 1934 à Vanves, Seine, Hauts-de-Seine), un fils François naquit, la famille vivait 14 rue de la Vieille-Forge à Vanves. Militant communiste, il diffusait l’Humanité. Il s’engagea dans les Brigades internationales, arriva en Espagne le 17 novembre 1936, fut incorporé comme soldat dans l’artillerie. Il participa aux combats, fut rapatrié en février 1937 selon sa femme, en novembre 1937 selon une note des renseignements généraux.
En 1941 Karl Boemelburg responsable de la police de sécurité et de renseignements de la SS (Sipo-SD) sur le territoire français chargea la police française de recenser les anciens combattants en Espagne républicaine. Le 19 septembre 1941, la liste dressée par les Renseignements généraux était prête.
Une opération d’ensemble sur le département de la Seine fut décidée pour le 24 décembre 1941 veille de Noël. Ce jour-là des ex-brigadistes français dont Fernand Tilliet et étrangers furent interpellés et internés à la caserne des Tourelles à Paris (XXe arr.). Son épouse Renée écrivit le 31 janvier 1941 au préfet de police, elle expliquait : « en 1936 mon mari étant au chômage (facile à vérifier) [il] est parti en Espagne sur un coup de tête et [il] est d’ailleurs revenu au bout de trois mois, depuis il n’a adhéré à aucun parti politique quel qu’il soit ». Elle indiquait que la perquisition n’avait rien donné. Elle faisait part de ses difficultés étant seule avec un enfant, elle subsistait en faisant des ménages. Sur cette lettre, trois mots étaient écrits en abrégés « libér. Impossible actl », ce qui signifiait libération impossible actuellement.
Le 17 avril 1942, sa femme envoya une seconde lettre au préfet de police. Elle réaffirmait que son mari était parti trois mois en Espagne sur « un coup de tête ». Elle précisait : « Depuis exclu du parti ne faisait plus aucune politique ». Andrée Tilliet précisait que son mari était de santé fragile, qu’il était allé en cure à Berck, « enfant de l’assistance publique il avait eu une « enfance malheureuse ». Le 29 avril le cabinet du préfet estima que « sa libération ne semble pas opportune pour le moment », quelques mots étaient ajoutés au crayon « aurait été exclu du P.C. (d’après sa femme) », « en outre état de santé précaire ».
Le 5 mai 1942 des Feldgendarmes accompagnèrent Fernand Tilliet au train de 5 heures 50 qui l’emmena au Frontstalag 122 à Compiègne (Oise). Le 7 mai les Renseignements généraux ouvraient une enquête en vue d’établir si Fernand Tilliet avait bien été exclu du parti communiste. Le 22 mai le cabinet du préfet dégageait sa responsabilité et demandait au commissaire de Vanves de prévenir son épouse que son mari étant détenu par les autorités allemandes, les autorités françaises n’étaient plus compétentes.
Le 6 juillet 1942 un convoi de mille cent soixante-quinze hommes partit de Compiègne à destination d’Auschwitz (Pologne). Ce transport politique était composé essentiellement de militants communistes, de quelques socialistes et radicaux, de syndicalistes de la CGT, et de cinquante-six juifs. Parmi les déportés plusieurs anciens volontaires des Brigades internationales. L’administration allemande entendait dissuader les dirigeants et les résistants communistes de poursuivre la guérilla urbaine, commencée en août 1941, sous la forme d’attentats contre des officiers et des troupes de l’armée d’occupation. Ce convoi fut particulièrement meurtrier, 90 % des déportés périrent, Fernand Tilliet matricule 46148 mourut le 15 ou le 31 décembre 1942 selon les sources.
Son nom a été gravé sur le monument aux morts de Vanves où figurent aussi André Steff et Camille Yol qui étaient dans le même convoi. Fernand Tilliet a été homologué au titre de la Résistance Intérieure Française (R.I.F.), et déclaré « Mort en déportation ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181475, notice TILLIET Fernand, André par Daniel Grason, version mise en ligne le 27 juin 2016, dernière modification le 27 juin 2016.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. RGASPI 545.6.1039 (archives de Moscou). – Arch. PPo. BA 2113, BA 2447, 1W 682. – Bureau Résistance GR 16 P 571516. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Triangles rouges à Auschwitz. Le convoi politique du 6 juillet 1942, Claudine Cardon-Hamet, Éd. Autrement, 2005. – J.O. n° 1, 2 janvier 2001. – Site Internet GenWeb. — État civil en ligne cote 6E546/7, vues 65-66.

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