BAUËR Henry, François, Adolphe. Ecrit souvent BAUER Henry

Né le 17 mars 1851 à Paris, IIIe arr., mort le 21 octobre 1915 à Paris. Étudiant en droit en 1871 ; publiciste et écrivain. Sous la Commune de Paris, il était major de place à la VIe légion et jouit malgré sa jeunesse d’une certaine notoriété... qui lui valut la déportation.

Antoine Bauër, son père, était originaire de Pratz, en Styrie. À l’âge du service militaire, Henry s’inscrivit régulièrement et opta pour la nationalité française. Fils d’Annette Herzer et portant le nom du mari de celle-ci, Antoine Bauër, il serait le descendant non reconnu d’Alexandre Dumas père (voir la préface et la chronologie de Gilbert Sigaux, dans l’édition d’A. Dumas citée dans les Sources et Bibliographie).

Il a dépeint son père « un rêveur bienveillant, un bourgeois romanesque » : ce négociant, ayant échoué dans ses affaires, n’hésita pas, à 50 ans passés, à partir pour l’Australie où il disparut. La mère veilla avec soin sur la santé fragile de son fils. Il fut élève de la pension Bosquet pendant trois ans, jusqu’au jour où elle le vit à l’infirmerie, malade des mauvais soins d’un marchand de soupe et des coups prodigués par ses camarades brutaux et grossiers à un enfant que son professeur avait surnommé « Quasimodo ». On le mit alors au lycée « Louis-Legrand » (sic) — rapport au 5e conseil de guerre — de 1864 à 1867. Il connut « la vanité, la sottise des fils de boutiquiers, de bourgeois cossus qui m’inspirèrent l’amour des faibles et des humbles » ; mais, tout en souffrant de la discipline rigoureuse, il apprécia l’éducation classique.

Ayant passé les premiers examens et les tourments d’une adolescence à la sensibilité aiguë, il se retrouva libre étudiant grisé par la vie du Quartier Latin. On voulait qu’il fît son droit. Il préféra la médecine, s’inscrivit aux deux écoles, ne les fréquenta guère et fut reçu malgré tout aux examens de 1re année. Il a dépeint l’atmosphère ardente des cafés où l’on exaltait 89, où l’on discutait d’idées et d’action politique ; ses camarades favoris étaient Charles Longuet, Rigault et Tubercal. Charles Longuet avait une grande influence sur lui ; il l’incita à lire, et Bauër admira en Proudhon le réformateur d’abord, le critique ensuite. Il prit part aux chahuts d’étudiants organisés contre des professeurs trop dociles à l’Empire, le professeur de médecine Tardieu, par exemple, qui témoigna lors de l’affaire Victor Noir ; il avait même rêvé de jeter des bombes sur l’empereur : mais certains de ses compagnons s’esquivèrent et le fabricant était un indicateur de police ! Il reprochait d’ailleurs aux blanquistes de ne pas fonder leurs coups de main sur « le concours de tout le peuple exacerbé contre le régime et las des fautes du maître ».

Il subit trois condamnations : l’une à trois mois de prison pour une réunion publique sans déclaration préalable (Paris, 3 août 1870) ; les deux autres à huit mois et huit jours, le 5 août, pour infraction à la loi sur les réunions publiques et outrages à agents ; il s’agissait d’une séance qu’il présidait dans un club de la rue de Choisy (XIIIe arr.) où il avait tout à la fois, dit-il, protégé le commissaire malmené et prononcé un discours furibond contre l’Empire. Sa condamnation dut le satisfaire, car il était furieux, l’année précédente, d’avoir vu punir deux ouvriers, ses compagnons, pour un délit semblable, tandis qu’il était relâché avec une amende de 50 F.

Le 4 septembre 1870 le libéra de Sainte-Pélagie, et il s’engagea dans la légion de Schoelcher : « La légion, composée de républicains, est renouvelée de 1848, c’est pourquoi fut désigné pour la commander un vieux monsieur de l’époque [...] Ces titres honorables ne suffisaient peut-être pas à un colonel d’artillerie. » En fait, Bauër enrageait de son inaction et chercha un exutoire dans les clubs et l’action révolutionnaire, bien qu’il ne tînt pas pour très efficace la bonne volonté des bourgeois dont il était : « N’ont-ils pas raison, les plébéiens, quand ils se défient de notre idéologie et déclarent vouloir faire eux-mêmes leurs affaires, et changer leur condition, étant seuls aptes à connaître d’où ils souffrent, comment ils seront à l’aise ? »

Le 31 octobre, il vint en curieux, dit-il, à l’Hôtel de Ville et joua un rôle d’informateur, écrivant sur des papiers les noms proposés pour la municipalité et les jetant au peuple. Il fut accusé (5e conseil de guerre) d’avoir « assumé une mission importante au Journal officiel », et arrêté quelques jours après sur le Pont-au-Change avec un mousqueton chargé ; en vain il dira avoir cru le nouveau gouvernement établi et avoir reçu de lui deux lettres à porter à Blanqui. Incarcéré à Mazas le 1er janvier 1871, il y connut et admira Flourens.
La Commune de Paris le fit major de place à la VIe légion avec un traitement mensuel de 300 F. Fut-il un moment destitué ? Le 11 mai, il avait reçu une invitation pour la fête des Tuileries ; le 22, il se rendit à l’Hôtel de Ville auprès de Régère, qui l’accueillit aimablement et en fit son chef d’état-major. On l’accusera d’avoir reçu 20 000 F pour payer la Garde nationale et de les avoir conservés : soupçon plutôt vain chez un jeune homme aisé à qui sa mère, quelques jours plus tôt, avait donné 5 000 F. pour fonder un journal. Il combattit ardemment pendant la dernière semaine : « J’ai à peine eu le temps depuis qu’on lutte — écrit Vallès — d’aller voir comment on se défend. Deux ou trois fois j’ai voulu remonter du côté où Lisbonne et Henry Bauër tiennent comme des enragés » (à la barricade de la rue Vavin). Et, plus tard, Henry Bauër confia à son fils qu’« il aurait peut-être mieux valu qu’il mourût [...] ce jour-là dans le feu de la bataille et de la jeunesse. »

Arrêté à Joinville-le-Pont, le 21 juin, il précisa sa position en ces termes : « Dès le début j’approuvai le principe communal ; mais dès que la Commune a commencé l’arbitraire, je me suis séparé d’elle. » Ses mobiles étaient généreux en leur complexité ; il avait écrit dans un article du Cri du Peuple (23 février 1871) : « Au milieu de cet effondrement successif de nos libertés et de notre honneur, un parti s’est offert à nous, qui toujours est resté à son poste de combat [...] Il est rude en apparence, honnête au fond ; il se recrute des généreux de toutes les classes. Un mot sublime s’y lit, écrit en lettres de sang : Travail. C’est le parti des travailleurs, c’est le parti des déshérités, c’est le parti de l’avenir. »

Enfermé à l’Orangerie, il fut signalé, en juillet 1871, comme dangereux ; il vit sa mère une fois, et elle protesta contre les mauvais traitements qu’il subissait. Un de ses directeurs d’école intercéda : « J’attribue à l’état d’irritation nerveuse une partie des mouvements exaltés qui de temps à autre poussent ce pauvre et jeune étourdi à des déclarations exagérées et à des doctrines que nous réprouvons tous, Madame sa mère toute la première ». On argumenta beaucoup à propos des 4 655 F trouvés sur lui et qu’on disait « le produit du vol et du pillage ». On retrouva la banque qui lui avait fourni 5 000 F sur ordre de sa mère, pour fonder un journal (ou pour l’aider en ses tribulations ?). Il fut néanmoins condamné, le 25 septembre 1871, à la déportation dans une enceinte fortifiée et refusa, en 1872, de signer un recours en grâce ; il ne céda sur ce point aux supplications de sa mère qu’en juillet 1876.

De Saint-Martin-de-Ré on l’embarqua, le 1er mai 1872, sur la Danaé avec d’autres condamnés parmi lesquels il dénombra des repris de justice impitoyablement châtiés s’ils avaient été communards, d’anciens soldats et des sous-officiers, mais surtout des ouvriers pour qui la Commune avait été la suite du Siège, « emportés durant neuf mois, de septembre 1870 à mai 1871, dans une sorte de tourbillon vertigineux, grisés de mots, désorbités, exaspérés, affolés de privations et d’excès... », guidés par quelques-uns qu’il admire, Amilcare Cipriani, le père Malzieux ; « mais le plus noble rôle appartient aux hommes de conviction, aux fiancés éternels des utopies généreuses, aux dévots du culte de la justice sociale [...] missionnaires et soldats de la religion de l’humanité ». Après cinq mois de traversée, il aborda à la presqu’île Ducos (Nouvelle-Calédonie), obtint une concession et se fit construire la première case de la déportation. Il vivait avec Rochefort et Grousset qui ne purent le tenir au courant de leur évasion — après laquelle il fut l’objet d’une surveillance accrue ; il chanta les louanges de Louise Michel et de Caulet du Tayac. Lui-même se montrait « inaccessible à la crainte et de la plus touchante bonté ». Sa mère avait réalisé tous ses biens pour le suivre ; elle fut expulsée de Nouvelle-Calédonie en 1876 et gagna Sidney ; vainement elle avait essayé d’organiser l’évasion de son fils. « Le jeune Bauër ne se conduit pas mal », dit son dossier. Il fut amnistié le 24 mai 1879.

Devenu un critique dramatique très influent, défenseur du théâtre libre, et un chroniqueur combatif, le désir d’une plus grande justice sociale guida souvent sa plume ; de même, collaborant à L’Écho de Paris, il quitta ce journal, n’étant pas d’accord avec lui sur l’affaire Dreyfus.

Henry Bauër était né et avait été élevé dans la religion catholique ; il désira pourtant être enterré à l’écart de toute religion et fut incinéré au Père-Lachaise tandis qu’on lisait, selon son voeu : la Mort du Loup, de Vigny.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181335, notice BAUËR Henry, François, Adolphe. Ecrit souvent BAUER Henry, version mise en ligne le 1er juin 2016, dernière modification le 15 octobre 2018.

OEUVRES : La Revanche de Gaétan (un acte, imprimerie Locamus, Nouméa). — Une comédienne, roman (1889, Charpentier, éditeur). — Mémoires d’un jeune homme (1895, Charpentier, éditeur). — De la vie et du rêve (1895, Simonis Empis éditeur). — Idée et réalité (1899, Simonis Empis éditeur). — Sa maîtresse (comédie en 4 actes, 1903. — Stock éditeur). — Chez les Bourgeois (comédie en 4 actes, 1909, Stock éditeur).
Journaux : La Patrie en Danger, Le Cri du Peuple, Le Réveil social, l’Écho de Paris, la Petite République, le Journal, la Revue Blanche.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/730 et H colonies 71. — Arch. Min. Guerre, 5e conseil (n° 4). — André Maurois, Les Trois Dumas, Hachette 1957. — A. Dumas, Les trois mousquetaires, Vingt ans après, édition de La Pléiade, préface de G. Sigaux, chronologie, p. LII. — Marcel Cerf, Le Mousquetaire de la plume. Henry Bauer, fils naturel d’Alexandre Dumas (1851-1915), Paris, Académie d’histoire, 1975. — Souvenirs communiqués par M. Gérard Bauër qui a bien voulu relire cette biographie consacrée à son père.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 429. — Arch. PPo., album 286/43.

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