BRUNOLD Charles, Robert, Marie

Par Bruno Poucet

Né le 15 septembre 1907 à Vesoul (Haute-Saône), mort le 2 mars 1983 à Versailles (Yvelines) ; professeur de mathématiques spécial dans l’enseignement secondaire privé ; syndicaliste CFTC ; président de la Fédération des syndicats de l’enseignement privé CFTC (puis CFDT) de 1956 à 1972.

Charles Brunold, né à Vesoul, était le fils posthume d’un menuisier Charles Joseph Brunold, décédé à Paris le 23 août 1907 et de Berthe Mignot, âgé de trente-quatre ans qui n’exerçait aucune profession. Il fit ses études secondaires dans l’enseignement privé catholique dans le Comté ; en revanche, il poursuivit ses études supérieures à l’université. Licencié ès sciences (mathématiques et physique), admissible à l’agrégation de sciences physiques à moins de vingt ans, à l’oral, il fut jugé trop jeune par le jury pour être reçu au concours. Il entra alors dans l’enseignement catholique ; en 1934, Charles Brunold enseignait la physique à Besançon (Doubs), puis, à partir de 1937 à Saint Jean de Béthune à Versailles ; à partir de 1938, et jusqu’à la fin de sa carrière, il était professeur de physique spéciale au collège jésuite Sainte Geneviève à Versailles. Charles Brunold se maria le 21 septembre 1935 à Dole avec Marie-Thérèse Pourchet qui lui donnera quatre enfants. Professeur en classe préparatoire, il disposait d’une grande aura : anguleux, petit de taille, sa parole nette imposait le respect. C’était un homme audacieux, d’une large ouverture d’esprit, syndicaliste et chrétien, qui disposait d’une large autorité dans son milieu professionnel, aussi bien auprès de ses collègues syndiqués que des autorités de l’enseignement privé.
Adhérent en 1933 au syndicat de l’enseignement supérieur, secondaire et technique, membre du bureau fédéral en 1947, il était secrétaire général de la Fédération des syndicats chrétiens de l’enseignement libre CFTC de 1949 à 1956 ; à cette date, il succéda à la présidence de la Fédération des syndicats chrétiens de l’enseignement libre CFTC à Emmanuel Mazerolle* dans des conditions assez difficiles puisque ce dernier fût acculé à la démission, à la suite de l’entrée massive dans la fédération des syndicats de l’Ouest à majorité primaire. Il passa d’un gouvernement très personnel de la Fédération à un gouvernement plus collectif, fixant les grandes impulsions et prenant appui sur trois commissions (primaire, secondaire, technique.
Il était aux dires de nombreux témoins quelqu’un qui avait une vision des choses. Dès son élection à la présidence de la Fédération, en 1956, il estimait que l’on ne pouvait pas ignorer que l’action syndicale était influencée par la conjoncture politique. Plus tard, il lira ainsi un appel à la radio un appel à soutenir la grève d’une heure décidée par les confédérations ouvrières, dans le cadre de la lutte contre la sédition en Algérie.
Il estimait également qu’une restructuration de l’enseignement privé devait être envisagé et que celui-ci devait se rapprocher de l’enseignement public ; c’est à ce titre qu’il devait intervenir à plusieurs reprises au Secrétariat d’études animé par Édouard Lizop et essayait d’obtenir une meilleure rémunération des enseignants. En revanche, en décembre 1958, il s’opposera au projet d’ordonnance que le ministre Jean Berthoin avait commencé de négocier avec les responsables de l’enseignement catholique : il s’agissait de verser une subvention à l’enseignement catholique qui aurait, ensuite, la charge de la répartir comme il l’entendait. Or, au congrès de Troyes, en avril 1959, la FEP proposait le maintien d’un secteur libre à côté du secteur public, mais également la création d’un secteur intermédiaire, le tiers secteur. Charles Brunold, comme son prédécesseur Emmanuel Mazerolle* préconisera, ainsi, la prise en charge directe du traitement des maîtres par l’État et, à ce titre, sera reçu par la commission Lapie où il pût, en juillet 1959, exposer les principes que défendaient la Fédération qu’il présidait :prise en charge de la rémunération des maîtres, création de sociétés immobilières d’économie mixte, exigence de titres universitaires et non de titres propres à l’enseignement privé, dans le respect des situations acquises. Au moment des discussions sur la loi Debré, il donna une impulsion décisive puisque la Fédération soutint non seulement le projet de loi, mais fit très rapidement le choix du contrat d’association : il souhaitait absolument que les enseignants puissent devenir indépendants de l’Église. Il pensait qu’il fallait progresser par étape. L’intégration dans la fonction publique, dans leur propre établissement des enseignants de l’enseignement privé, intégration prévue dans les textes d’application de la loi Debré de 1960, lui paraissait, à titre personnel, un gage d’indépendance : une petite centaine d’enseignants en profitèrent, finalement, par peur des représailles de la part des responsables de l’enseignement privé. Il développait l’idée d’un contrat personnel entre le maître et l’État, et non le maître et l’établissement, selon les termes de la loi Debré.
Charles Brunold sera le représentant des syndicats de l’enseignement privé à la commission d’études des problèmes du corps enseignant, créée par le Secrétariat général de l’enseignement catholique en 1962. Par ailleurs et dans la même logique d’un rapprochement avec les autres salariés, en 1949, il œuvra pour que l’enseignement catholique quitte ses caisses de retraite de « bienfaisance » pour adhérer à l’AGRIRC (enseignement secondaire), puis ultérieurement (en 1970) à l’ARRCO (totalité de l’enseignement catholique). Il joua également un rôle non négligeable dans la transformation de la CFTC en CFDT puisque la Fédération de l’enseignement chrétien l’accepta dans son ensemble en 1964. Par ailleurs, lorsque des tensions très vives traversèrent la FEP au moment où elle fit le choix d’accepter le processus de nationalisation, il joua un rôle temporisateur et dut rester en fonction au-delà même de ce qu’il souhaitait puisqu’il ne quitta la fédération qu’en 1972.
Président d’honneur de 1972 à 1983, il n’interviendra plus dans la vie de la Fédération. Il mourut à Versailles, le 2 mars 1983, « muni des sacrements de l’Église » et fut inhumé au cimetière de Quingey dans le Doubs.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18117, notice BRUNOLD Charles, Robert, Marie par Bruno Poucet, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 29 août 2018.

Par Bruno Poucet

SOURCES : Arch. FEP-CFDT, 13Y2 — Bulletin mensuel du syndicat de l’enseignement libre ; L’Enseignement libre, n° 390, juillet 1956 ; Syndicalisme CFDT enseignement privé, n° 612/4, 31 mars 1983. — Bruno POUCET, Entre l’Église et la République, une histoire de la Fédération de la Formation et de l’Enseignement Privés CFDT, Paris Éditions de l’Atelier, 1998, 252 p. ; Histoire et mémoire de la FEP-CFDT, Paris, Éditions de L’Harmattan, 1999, 226 p. — « Les syndicats de l’enseignement privé, éléments pour une histoire », Le mouvement social, n°195, avril-juin 2001.

Iconographie : Bruno POUCET, Histoire et mémoire de la FEP-CFDT, Paris, Éditions de L’Harmattan, 1999, p. III.

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