VENNIN Bruno

Par Jean-Paul Martin, Jean-Michel Steiner

Né le 27 octobre 1936 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; économiste ; responsable du PSU puis du PS dans la Loire ; conseiller général de la Loire (1976-2001) ; adjoint au maire de Saint-Étienne (1977-1983) ; député socialiste de la Loire (1981-1986) ; conseiller régional Rhône-Alpes (1981-1998).

Issu d’une famille bourgeoise et catholique – son père était officier de carrière, ses grands-pères étaient l’un ingénieur, l’autre directeur à la Banque de France - Bruno Vennin vécut la plus grande partie de son enfance au Maroc où il fit ses études secondaires (lycée Poeymirau à Meknès, lycée Gouraud à Rabat), terminées par un baccalauréat philosophie obtenu à Nancy. Il s’engagea aux Scouts de France de 1948 à 1957, et prit des responsabilités actives notamment dans la branche aînée du Mouvement, en contact avec Paul Rendu, qui en était alors le responsable. Il représenta les Scouts de France au Festival Mondial de la Jeunesse et des Etudiants à Moscou à l’été 1957. Étudiant et diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (1954 - 1957), il obtint sa licence en droit en 1958.
Ses études supérieures ont coïncidé avec le début de la guerre d’Algérie, rythmant son initiation à l’engagement politique. Il se lia alors d’amitié avec Claude Domenach, frère cadet du directeur de la revue Esprit Jean-Marie Domenach, ses futurs beaux-frères. Claude Domenach (1938-1991), plus tard directeur de l’IEP de Grenoble (entre 1971 et 1981), était à l’époque vice-président national de l’UNEF. Ces fréquentations furent aussi l’occasion d’une prise de contact avec la pensée d’Emmanuel Mounier et le milieu culturel du christianisme « de gauche », contact qui fournira le premier cadre d’une démarche militante en référence à la phrase de Mounier : « ... l’événement sera notre maître intérieur ».
Sous-lieutenant de réserve, Bruno Vennin accomplit un service militaire de 28 mois entre janvier 1959 et avril 1961, dont 14 passés en Algérie dans des unités opérationnelles. Cette expérience a profondément marqué sa vie, ses engagements, ses convictions. À son retour il épousa (en mai 1961) Françoise Domenach (1935 - 2014), avec qui il partagea ensuite ses principaux engagements. Trois enfants sont nés de cette union.
Le couple s’installa à Saint-Étienne également en 1961, où Bruno Vennin fut recruté comme chargé d’études d’un Bureau d’Études Économiques, le CRESAL (Centre de recherches et d’études sociologiques appliquées de la Loire). Constitué sous forme d’association, celui-ci était l’émanation d’un groupe affilié à Économie et Humanisme, mouvement et revue créés dans les années 1940 par le dominicain Louis Joseph Lebret. Les fondateurs du Centre étaient des « ingénieurs sociaux » attachés à la collecte, la quantification et la modélisation scientifique des données sociales, afin d’expliciter leur rapport à la société et en tirer des conséquences politiques. Ils s’intéressaient particulièrement à l’aménagement du territoire et à la « planification à la française », alors en plein essor.
En 1962-1963, Bruno Vennin obtint un Diplôme d’études supérieures (DES) de sciences économiques à l’Université de Lyon. Il devint en 1964 directeur du CRESAL. Sous sa direction, le Bureau d’études s’engagea dans le champ de la recherche en sciences sociales, en lien constant avec des études de terrain pour expliciter leurs conséquences dans les politiques d’aménagement des années 1960-1970. Dans la mouvance de mai 1968, le CRESAL fonctionnait « en autogestion ». Il fut d’abord « associé au CNRS » (1974) puis le personnel intégré au CNRS (1977) : Bruno Vennin fut alors nommé directeur de recherches.
Sa femme, de formation juridique, devint assistante, puis maître de conférence en droit privé de la nouvelle université de Saint-Étienne. Les époux Vennin fréquentaient assidument le mouvement Vie Nouvelle largement inspiré de la pensée d’Emmanuel Mounier et dont beaucoup de membres étaient passés par le scoutisme. Dès leur arrivée à Saint-Étienne, ils adhérèrent au PSU, dont Bruno Vennin fut rapidement un des responsables de la fédération de la Loire aux côtés de Marcel Pierre, d’Huguette Bouchardeau et Marc Bouchardeau et d’André Garnier. Il devint ensuite membre de la Commission exécutive fédérale de la Loire, puis de la Direction Politique Nationale. Il fut l’un des animateurs du Centre d’Études Socialistes (CES) de Saint-Etienne et intervint lors de la rencontre socialiste de Grenoble en 1966, autour de Pierre Mendès-France, et lors du colloque socialiste régional d’Oullins en 1967. Très présent dans le mouvement de mai 68 sur le plan local, il se murmurait alors qu’il avait toutes les qualités requises pour être préfet de la Loire en cas de vacance du pouvoir gaulliste…
Sous le pseudonyme de Laurent Trenac, que rendaient nécessaires ses fonctions à la tête d’un laboratoire spécialisé en études économiques et aménagement du territoire travaillant sur contrat pour le compte de l’Etat et des collectivités territoriales, Bruno Vennin rédigea au cours des années 1960 et 1970 de nombreux articles critiques sur l’évolution économique et sociale de la région stéphanoise notamment dans Loire Informations, la revue du CES. C’est un thème qu’il travaillait simultanément sur les modes militants et de recherche en sciences sociales et auquel il consacra aussi bon nombre de ses travaux d’économiste. Ses principales publications portèrent sur les questions d’organisation de la production industrielle (évolutions sectorielles, sous-traitance, restructurations des unités de production, rôle des PME-PMI, technique et technologie, normes et qualité), et leurs rapports avec les dimensions spatiales (en particulier évolution des bassins industriels de Rhône-Alpes). Il a notamment contribué aux études d’aménagement de l’espace de la métropole lyonnaise en gestation (le PADOG de Lyon, la Part Dieu, la ville nouvelle de l’Isle d’Abeau). En 1980 il soutint une thèse de doctorat d’État en sciences économiques sur travaux (« Restructuration industrielle et articulation des unités de production »), à l’Université de Lyon II, faisant suite à l’intégration au CNRS de l’équipe du CRESAL, qu’il continua à diriger jusqu’à la fin des années 1970. Ces travaux étaient à la fois profondément politiques et en quête d’une rationalisation économique et, au second degré, d’une orientation en direction du « socialisme en pratique », dans le style justement des Rencontres de Grenoble.
Avec l’immense majorité des militants PSU de la Loire, Bruno Vennin rejoignit le PS en 1974, lors des Assises du Socialisme et fit d’abord le choix de militer au CERES, suivant en cela la ligne politique tracée par André Garnier. Il prit des responsabilités dans la fédération de la Loire, à la Commission exécutive fédérale et au bureau fédéral dans un contexte difficile, marqué par des luttes entre courants, et entre « anciens » et « nouveaux ». Il rompit avec le CERES en 1979, après la Convention du PS sur l’Europe, supportant mal son orientation anti-européenne et ses méthodes bureaucratiques, et se retrouva quelque temps avec d’autres militants de la Loire dans le courant animé nationalement par Christian Pierret.
Il fut élu conseiller général du canton de Saint-Étienne sud-est 1 pour la première fois en 1976, et réélu en 1982, 1988 et 1994. L’élection de 1976 lui permit de battre nettement au second tour Marie Josèphe Dorne, la conseillère sortante (RI), par 4 910 voix contre 2 774 voix (15 775 inscrits et 8 357 suffrages exprimés). Mais elle marqua aussi, pour la première fois depuis 1932, la suprématie du candidat socialiste sur le candidat communiste dans ce secteur : au premier tour Bruno Vennin obtenait 2 137 voix contre 1 716 à Claudine Chavanne. En 1982, sa réélection fut plus serrée. Au second tour, Bruno Vennin obtenait 5 716 voix face au candidat de la droite unie Georges Theillac (5 682 voix pour 18 277 inscrits et 11 398 suffrages exprimés). Il retrouva ce candidat RPR-UDF en 1988 et l’emporta à nouveau au second tour (3 403 voix contre 3 171, pour 18 146 inscrits et 6 574 suffrages exprimés). Entre les deux tours, il anticipa sur les scrutins à venir en déclarant : « toute la gauche doit se rassembler et au-delà. Les électeurs favorables à la politique menée par François Mitterrand et Michel Rocard doivent se manifester. La droite dans ce département a tous les pouvoirs, à Saint-Étienne en particulier, il y a deux députés et deux sénateurs de droite ainsi que la majorité au conseil municipal. Il nous appartient d’assurer le pluralisme et de préparer l’alternance, notamment au niveau municipal ».
Premier des socialistes à figurer en 1977 sur la liste d’union de la gauche conduite par Joseph Sanguedolce et dominée par les communistes, qui battit le maire sortant Michel Durafour, Bruno Vennin occupa les fonctions de deuxième adjoint au maire de Saint-Etienne, chargé des Affaires sociales jusqu’en 1983. Désigné comme administrateur de la société Manufrance dès cette élection, il eut à faire face à un conflit social et économique très emblématique de l’époque qui s’acheva par la liquidation de l’entreprise en 1979-80. De 1983 à 1989, il fut conseiller municipal d’opposition, et président du groupe socialiste. En 1989, il conduisit au premier tour une liste socialiste (13 310 voix pour 120 189 inscrits et 70 938 suffrages exprimés) concurrente de celle de Joseph Sanguedolce (PC, 14 354 voix) : une division des anciens alliés qui profita au maire sortant RPR-UDF, François Dubanchet (30 373 voix). Bruno Vennin refusa de figurer au second tour sur la liste d’union, n’acceptant pas les conditions posées par les communistes mais appela néanmoins à la discipline républicaine. Joseph Sanguedolce n’ayant obtenu au second tour que 28 874 voix, le rendit responsable de son échec.
Prolongeant l’élan amorcé lors des cantonales de 1976, Bruno Vennin fut élu député de la deuxième circonscription de la Loire (Saint-Étienne sud) dans la « vague rose » de juin 1981. Au premier tour (pour 77 330 inscrits et 46 437 suffrages exprimés) il arriva en seconde place avec 15 497 voix contre 21 099 au député gaulliste sortant Lucien Neuwirth, loin devant le communiste François Tomas (7 960 voix). Au second tour, il l’emporta grâce aux reports des voix des candidats de gauche et à une mobilisation renforcée obtenant 28 025 voix contre 25 611 à Neuwirth, pour 53 636 suffrages exprimés. À l’Assemblée nationale, il siégea à la Commission des Affaires Sociales, puis à la Commission de la Production et des Échanges. Il s’intéressa à l’œuvre de décentralisation avec les « lois Defferre » dont il était un actif partisan pour renouveler la démocratie et donner des chances d’adaptation au tissu géo-économique et social du pays, suivant les débats puis travaillant à la mise en œuvre des nouveaux pouvoirs. Mais il ne fut pas réélu en 1986. Pour cette élection au scrutin de liste départemental, Bruno Vennin figurait en 3e place sur la liste socialiste, laquelle avec 102 806 voix (pour 479 305 inscrits et 344 209 suffrages exprimés) fut devancée par la liste RPR-UDF et n’obtint que deux des sept sièges attribués à la Loire. En 1988, avec le rétablissement du scrutin majoritaire uninominal, Bruno Vennin fit partie des socialistes qui ne profitèrent pas du contexte de la réélection de François Mitterrand. Candidat dans la 2° circonscription (Saint-Étienne sud) il n’obtint que 17 992 voix (pour 59 737 inscrits et 37 648 suffrages exprimés) et échoua face à Christian Cabal (RPR 1er adjoint du maire, 19 656 voix). Déçu, il déclara à la presse : « Nous n’avons pas su mobiliser toute la gauche et rassembler une partie de l’électorat centriste qui avait choisi F. Mitterrand. ». Candidat en 1997, toujours contre le même candidat, il fut battu dans une triangulaire serrée. Au second tour (2 juin 1997) Bruno Vennin obtenait 14 592 voix (pour 54 149 inscrits et 30 381 suffrages exprimés) contre 14 788 à Christian Cabal et 5 539 à Michèle Bracciano (Front National).
Bruno Vennin siégea au Conseil Régional Rhône-Alpes, d’abord en tant que député de 1981 à 1986, puis de 1986 à 1992 ayant été élu au suffrage universel comme tête de liste du PS dans la Loire. En 1992, il se présenta à la tête d’une liste autonome, dont il fut le seul élu : profondément déçu par le congrès de Rennes du PS en octobre 1991, et évincé de la liste socialiste par une manœuvre d’appareil, il avait alors rompu avec le PS et fondé le club politique "À Gauche Autrement". La liste concurrente qu’il suscita rencontra aussi un écho dans les autres départements de la région. Pendant la campagne il s’était notamment engagé à conduire une « action sur le plan géographique », constatant : « il y a dans cette région un déséquilibre Est-Ouest qui constitue un handicap auquel il faut remédier. » Il proposa la mise en place « d’un plan pluriannuel entre la région d’une part et la Loire, l’Ardèche et la Drôme pour privilégier la croissance et équilibrer les communications, favoriser la recherche et la formation supérieure, la formation professionnelle et les espaces ruraux fragiles ». Au cours de la campagne il se prononça explicitement pour le projet d’une nouvelle autoroute – A 45 – entre Lyon et Saint-Étienne, toujours en débat en 2016. Pendant son mandat, jusqu’en 1998, il présida le groupe constitué au Conseil régional sous le nom de "Solidarité".
Le club "À Gauche Autrement" rassembla sur le plan local des socialistes déçus par l’évolution de leur Parti, dont beaucoup d’anciens PSU et des syndicalistes. Il compta jusqu’à 150 adhérents, engagea un travail de réflexion et prit position sur de nombreux sujets. Il s’engagea aussi sur le plan électoral, comptant à un moment donné trois conseillers généraux, une dizaine de maires et une vingtaine de conseillers municipaux. En 1995, il apporta notamment son soutien à la candidature de Gérard Lindeperg (PS) à la mairie de Saint-Étienne, mais celui-ci ne fut pas élu. Le club a poursuivi ses activités et ses interventions sur les plans local et national.
Au cours de ses divers mandats, Bruno Vennin attacha une attention toute particulière aux questions d’action sociale, notamment au conseil général (RMI, prévention de la délinquance, emplois jeunes). Il acquit ainsi une connaissance approfondie des enjeux du travail social et de la vie associative. Après sa sortie de la politique active, c’est sur ce terrain qu’il orienta son action. Alerté notamment sur la difficulté de nombreuses associations à assumer une fonction employeur, il proposa la création d’une structure de réflexion et de formation sur les enjeux de la vie associative, qui naquit en 2000 sous le nom d’Université de la Vie Associative (UVA) avec le concours d’acteurs locaux de ce secteur, dont celui d’Alain Bonnassieux, président de la Fédération des Œuvres Laïques de la Loire, et de Maurice Vincent, à l’époque président de l’Université de Saint-Étienne (et futur maire socialiste de la ville entre 2008 et 2014). Dans la foulée, Bruno Vennin fut coopté en 2002 au CA de la Ligue de l’enseignement de la Loire, où il siégeait encore en 2016. Il assuma également (2005-2011) la présidence de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme, dont il était membre depuis 1983.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181084, notice VENNIN Bruno par Jean-Paul Martin, Jean-Michel Steiner, version mise en ligne le 24 mai 2016, dernière modification le 24 mai 2016.

Par Jean-Paul Martin, Jean-Michel Steiner

ŒUVRE : Parmi un grand nombre de rapports d’enquêtes, d’articles et d’études sur les questions d’aménagement du territoire en Rhône Alpes (notamment à Lyon Grenoble et Saint-Étienne) : Les relations Lyon-Saint-Étienne. Rapport de synthèse et annexes, Ministère de l’Equipement Ed Cresal, multigraphié, 1968. — L’enseignement supérieur à Saint-Étienne. Ed Cresal, multigraphié 1968. — Pratiques et signification de la sous-traitance dans l’industrie automobile en France. Article in Revue Économique, Vol XXVI Mars 1975. — Restructuration industrielle et articulation des unités de production. Thèse de doctorat d’Etat sur Travaux, Université de Lyon II 1980. — Mouvement d’abstraction de la technologie et transformation des structures productives. Article in ADEFI Les mutations technologiques (colloque, Université de Paris XIII) Ed Economica 1981. — L’industrie de la machine-outil. Rapport d’information à la Commission de la production et des échanges de l’Assemblée Nationale. 18 04 1985, N°2621. — Nouvelles PMI : l’entrepreneur et son espace de relations. Actes du Congrès International francophone de la PME. 1995, ENST. — Patrons et salariés, même combat ? En collaboration avec E de Banville. Article in Revue de l’IRES, N°20 hiver 1996. — Associations et Politique, une construction démocratique ? En collaboration avec Maryvonne Chaffois, Bernard Arnaud, Alain Bonnassieux, Paul Maguin. Séminaire de l’UVA, Saint-Étienne, Collection Université de la Vie Associative, 2013 (postface de Jacques Ion)

SOURCES : Renseignements biographiques communiqués par l’intéressé et entretiens ; entretien de Bruno Vennin avec Karima Guezzou (2008)., — Archives municipales de Saint-Étienne ; élections législatives : 7K29 (1981), 6248W30 (1986), élections cantonales 9K24 (1976), 9K30 (1982) ; élections municipales : 11K26-30, 5836W12, 6248W5. — La Tribune – Le Progrès 13 juin, 25 septembre & 3 octobre 1988 ; 13 et 20 mars 1989 ; 19 & 24 mars 1992, 26 mai 1997.

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