WALGER François, Raymond

Par Gérard Leidet

Né le 30 janvier 1937 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; instituteur spécialisé ; militant syndicaliste dans les Bouches-du-Rhône ; secrétaire général de la section départementale du SNI (1974-1980), secrétaire général de la section départementale de la FEN (1980-1992) puis de la FSU (1993-1994) ; militant communiste depuis 1956, premier adjoint au maire de Tourves (Var) (1995-2001).

Les parents de François Walger étaient tous deux militants du Parti communiste, de la CGT et du Secours rouge.

Son père, Raymond Vincent, élève de l’École léniniste internationale de Moscou en 1930, combattant des Brigades internationales en 1938, fut à l’origine de la création des premiers Groupes francs des MUR (Mouvements unis de Résistance) dans les Bouches-du-Rhône, et mourut le 21 septembre 1943 après avoir été grièvement blessé par balle lors de son arrestation par la Gestapo.

A son arrivée en France, sa mère, Rébecca Rosner*, juive d’origine roumaine, avait contracté un mariage blanc avec Eugène Walger, militant communiste, fait prisonnier par les Allemands et porté disparu sur le front russe. Durant la guerre, elle s’échappa avec ses deux enfants grâce à la filière protestante de Marseille et de Carcassonne (Aude) et fut abritée dans une ferme située dans le hameau des Escoussols, à Cuxac-Cabardès (Aude). Elle accoucha de son troisième fils, Daniel, le 18 septembre 1943, trois jours seulement avant l’exécution de son compagnon, Raymond Vincent. Cachée avec son bébé dans les cliniques de Carcassonne et de Quillan (Aude), elle parvint à placer les deux aînés, François et Jean-Pierre Rosner, à Font-Romeu (Pyrénées-Orientales) dans un préventorium. Le reste de sa famille, notamment son frère, médecin à Paris, devait mourir en déportation.
Après la guerre, elle milita activement à la CGT et fut employée comme secrétaire par l’Union départementale.

François Walger vécut à partir de 1942 en maison d’enfants et pensions d’où il revenait à chaque période de vacances pour aller voir sa mère. De 1945 à 1955, il fut pensionnaire au Centre Espéranza à Marseille (XIIe arr.), créé par Raymond Aubrac, Commissaire de la République à la Libération, afin d’y accueillir les pupilles de la Nation. L’éducation de cet établissement, dirigé par un instituteur, Georges Chapus, le marqua durablement. Ce fut pour lui un lieu d’apprentissage de la citoyenneté, de la paix et de la responsabilité personnelle ; la communauté d’enfants (de 5 à 18 ans) était organisée en « République » inspirée des modèles pédagogiques développés par Célestin Freinet à Saint-Paul-de-Vence, les Jullien à Moulin-Vieux ( Isère), du Village de Pestalozzi en Suisse ou Makarenko en URSS. François Walger présida ainsi très jeune le « Comité d’honneur de la République d’enfants ».

Tout en restant pensionnaire d’Espéranza il prolongea ensuite ses études au cours complémentaire des Chartreux (IVe arr.), où il eut comme maîtres [Ernest Vollaire*] et M. Pinatel (le frère de Charlotte Pinatel), puis en classe de seconde au lycée Pierre Puget (VIe arr.), où il réussit le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs d’Aix-en-Provence.

François Walger fut un des animateurs de la fronde des élèves-maîtres contre l’autoritarisme du directeur de l’ENI, Paul Juif. Avec les adhérents du Syndicat national des instituteurs, il fit remplir des cahiers de doléances « contre le port de la blouse », « contre le mouchardage organisé », « pour l’obtention d’autorisations de sortie supplémentaires »…En fait contre une « infantilisation » anormale des élèves maitres… Il anima la grève contre le licenciement d’un jeune surveillant très estimé des élèves-maîtres, Edmond Der Krikorian, qui fit partie ensuite du bureau du SNI puis de la direction de la MAE.

Sorti premier de l’ENI en 1959, François Walger, après une année de propédeutique en Lettres modernes, ne fut pas intéressé par la possibilité de devenir maître de CEG. Il n’avait qu’un seul souhait : retourner au centre Espéranza. Son classement de sortie lui permit d’y obtenir en 1959 un poste d’instituteur, qui devint spécialisé par la suite, pour une prise en charge éducative des enfants dits « cas sociaux », affectés de troubles du comportement, et/ou de déficiences intellectuelles. Ce fut sa seule affectation professionnelle.

Les contacts qu’il noua avec des militants communistes de l’ENI – élèves-maîtres, comme Vincent Porelli et Georges Thorrand) ; enseignants, notamment Fernand Jassaud, « remarquable professeur de Français », ou intendant comme Jacques Perrot, dit « le rouge », futur maire communiste d’Arles (Bouches-du-Rhône) – nourrirent ses réflexions politiques et sociales. Il adhéra au Parti communiste français en 1955. Entre 1956 et 1958 « période délicate » il participa à la défense du siège de la section du PCF à Aix, et avec l’Union des étudiants communistes il fit le coup de poing face aux groupuscules néo-fascistes de la faculté.

Le 19 août 1959, il épousa Ginette Raspail (sœur d’Emile Raspail Militant EDF Isère), qu’il avait rencontrée au centre Espéranza. Née en mars 1934, au terme d’une enfance douloureuse, prise en charge par un couple d’éducateurs communistes formateurs des CEMEA, les Romanet (André Romanet distingué « Juste »), elle était devenue éducatrice en maison d’enfants puis elle fut employée des Mutuelles de Provence et de la Sécurité Sociale. Elle décéda en 2008.
Ils eurent deux enfants : Roland, futur président de l’UNEF à Marseille, puis cadre aux mutuelles de France ; Marilyne, devenue professeure d’économie au lycée Jean Perrin de Marseille.

Appelé à remplir ses obligations militaires en 1961-1962, François Walger ne partit pas en Algérie car pupille de la Nation et père d’un enfant. Il participa dans le port de Marseille au convoiement des cercueils des soldats tués dans une guerre qu’il avait combattue depuis l’ouverture des hostilités.

Entre 1966 et 1970, il fut secrétaire de la section communiste des Chutes-Lavie (un des quatre quartiers composant le IVe arrondissement de Marseille). Après avoir suivi une école fédérale, il entra au comité de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône en 1970. Membre de la commission des intellectuels de la fédération, il suivait les questions de l’enfance handicapée. Militant très aguerri, il fut pressenti pour être conseiller général en remplacement de Yvon Guichard. Après son refus, plusieurs dirigeants du Parti, dont Pascal Posado, le convainquirent d’investir de façon militante son milieu professionnel : il commença alors son parcours de militant syndical et de dirigeant du SNI.

Militant « Unité et Action », il entra au bureau de la section des Bouches-du-Rhône en 1968, responsable de la commission « Enfance handicapée ». Il devint ensuite secrétaire général de la section départementale de 1974 à 1980. Responsabilité qu’il assuma en communion étroite avec Marcel Bally*, précédent secrétaire du SNI, son « véritable porte-parole pour intervenir à la radio ou à la télévision régionale ». Il fut élu à la commission administrative paritaire départementale (CAPD) des instituteurs (1968-1992) ; et siégea au comité technique paritaire (CTP) et au comité technique paritaire académique (CTPA) après 1983.

Comme la plupart des secrétaires du SNI, il fut ensuite délégué académique de la Fédération de l’Éducation nationale puis devint secrétaire général de la section départementale de 1980 à 1992. À ce titre, il fut le dernier secrétaire départemental de la FEN et le premier secrétaire général de la section départementale de la Fédération syndicale unitaire à sa création en 1993, durant les quelques mois qui précédèrent sa retraite. Il fut ensuite remplacé à cette fonction par Pierre Giovanazzi, secrétaire-adjoint de la section départementale de la FEN lorsqu’il en était le secrétaire général.

François Walger évoquait volontiers les batailles gagnées, notamment celle qui permit le processus et la titularisation des instituteurs dits suppléants. Avec Jacques Pommatau, secrétaire général de la FEN entre 1981 et 1987, ils négocièrent avec l’inspecteur d’académie et le recteur pour finaliser ce qui apparut comme une des premières victoires syndicales sur ce dossier en France. Lors de l’hiver 1987, il mena aussi la lutte victorieuse contre le projet de décret de "maître-directeur" du ministre de l’Éducation nationale, René Monory, visant à installer un supérieur hiérarchique dans chaque école, conçu comme "le représentant direct du ministère dans les écoles". Les militants se souvinrent longtemps de François Walger, déguisé en militaire, lors des manifestations qui se multiplièrent dans le département. Mais il se souvenait aussi de la défaite laïque de juin 1984, « la plus mortifiante » selon lui, avec l’abandon du projet de Service public unifié de l’Éducation nationale : « on en paie encore aujourd’hui les conséquences avec la confessionnalisation du privé et le consumérisme scolaire sans bornes, véritable marché éhonté de l’éducation ! » précisait-il en mai 2016.

Incarnant avec d’autres la tendance Unité et Action qui avait pris racine dans le département des Bouches-du-Rhône, François Walger fut marqué par la personnalité de deux militants enseignants marseillais : Alfred Bizot - tout en s’opposant souvent à lui - , et Marcel Bally, qui fut son complice pendant tous ses mandats syndicaux. Par ailleurs, il restait « ulcéré » par le comportement des majoritaires « Unité, Indépendance et Démocratie » au moment de la scission de la FEN en 1992 par exclusion des syndicats à direction UA : « Les enseignants eurent conscience alors qu’UID et ses représentants dans les Bouches-du-Rhône (Alain Caratini pour le SNI) avaient trahi l’unité de la corporation, cassé son outil historique pour servir une stratégie politicienne, ». Redoutant que les militants U-A du SNI-Pegc soient eux-aussi exclus et la Section FEN départementale dissoute, il déposa alors les statuts d’une « FEN-13 Unitaire », avant même la création de la FSU.

Durant son parcours syndical, François Walger compléta son engagement en militant dans de nombreuses associations. Il fut élu au conseil d’administration de la section départementale de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, à la Caisse de prévoyance des instituteurs publics, et à la Coopérative de l’enseignement qui diffusait à Marseille, depuis 1934, les éditions du SUDEL. Il fut aussi, durant plusieurs années, président du comité d’intérêt de quartier (CIQ) des Chutes-Lavie.

Il resta toute sa vie attaché au Centre Espéranza. Quand la Maison d’enfants ferma en 1973, faute de nouveaux Pupilles de la Nation, il se battit avec Georges Chapus pour que l’établissement demeure un lieu dédié à l’enfance en difficulté. Avec l’appui du syndicat il fut reconverti en Ecole autonome de perfectionnement jusqu’en 2014, pour devenir, sur un projet que F Walger a accompagné, une structure polyvalente prenant en charge des enfants atteints de troubles autistiques. .Une réalisation qui a bénéficié d’un engagement associatif en défense de la continuité de l’idée première d’Espéranza et d’un partenariat original entre l’Education nationale, le Ministère de la Santé et la Ville de Marseille,.

François Walger était devenu au cours des années 1990 un militant communiste critique, proche des thèses exprimées alors par Guy Hermier et Roger Martelli au sein du courant des Refondateurs animé dans le département par Marcel Tassy, Danielle Carbuccia – qu’il avait connue au SNES et à la FEN 13 – Jean Tardito… Mais par fidélité à ses parents, il ne songea jamais à quitter son parti : « Ç’aurait été une trahison ».

Il participa ensuite à la vie du PCF puis du Front de gauche à Tourves (Var) où il s’était retiré après sa prise de retraite. Il en devint conseiller municipal, puis deuxième adjoint au maire PCF Maurice Constans : il fut chargé du personnel, de l’emploi et du développement durant un mandat (1995-2001). En novembre 1997, sensible depuis toujours aux questions sociales, il créa et dirigea une association affiliée à l’ADMR, prestataire d’aides à domicile et d’accompagnements culturels collectifs.

Il était aussi le secrétaire de l’association des « Gueules Rouges du Var » initiatrice du Musée des Gueules Rouges et de la bauxite de Tourves, un projet lancé par la municipalité alors qu’il était élu. Fédérant les volontés de la municipalité, du syndicat CGT de la mine, et des anciens mineurs, avec en 2016 la tutelle de la Communauté des communes du bassin brignolais, ce musée porte la mémoire d’un siècle d’exploitation minière qui, entre la fin du XIXe siècle et les années 1980, s’établit sur le principal gisement de bauxite français
La galerie de portraits des « Gueules Rouges » qui constitue une des originalités du Musée a été réalisée par le Club photo de Tourves que François Walger présidait

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article181032, notice WALGER François, Raymond par Gérard Leidet, version mise en ligne le 23 mai 2016, dernière modification le 18 novembre 2018.

Par Gérard Leidet

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Arch. de la fédération des Bouches-du-Rhône du PCF. — Bulletin de la section des Bouches-du-Rhône du syndicat national des instituteurs (1956-1968). — http://www.museedesgueulesrouges.fr/histoiremusee-mine-bauxite-tourves.html – Réponse du militant au questionnaire du 17 mai 2014 et entretien avec le militant le 4 mai 2016. — Notices DBMOMS de Raymond Vincent et de Jean-Pierre Rosner. — Robert Mencherini, Résistance et Occupation, 1940-1944. Midi rouge, Ombres et lumières. Histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône, 1930 – 1950, tome 3, Paris, Syllepse, 2011. — Notes de Micheline Abours, de Pierre Giovanazzi et de Jacques Girault.

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