Né en 1902 à Bao’an près de Canton (Guangdong), mort en mars 1974 ; dirigeant du mouvement ouvrier dans les années 1920-1930 qui retrouve une certaine importance après 1949, d’abord comme responsable central des syndicats, ensuite, à partir de 1956, comme responsable politique de premier plan dans la province de Canton et la Chine du Sud.

Ce marin adhéra fort jeune au G.M.D. et participa à la grande grève des marins animée par Su Zhaozheng (蔌兆症) de janvier à mars 1922. Devenu l’un des principaux dirigeants du syndicat des marins (voir Chen Bingsheng (陳炳生) et Lin Weimin), il fut l’un des lieutenants de Su Zhaozheng lors de la grève-boycott de Canton-Hong Kong en 1925-1926. Entre-temps, il était devenu membre du P.C.C. et responsable du comité du parti pour la province de Canton, dirigé par Chen Yannian (陳延年). Il participa à la « commune de Canton » en décembre 1927 (voir Zhang Tailei (張太雷)). Élu suppléant du C.C. lors du VIe congrès du P.C.C. durant l’été 1928, il se rapprocha vers 1930 de la « tendance ouvrière » au sein de la direction du P.C.C. (voir He Mengxiong (何夢雄)), qui lutta contre Wang Ming (王明) et les « internationalistes » (surnommés « les Vingt-huit bolcheviks » : voir Mif). Il semble alors très lié à He Mengxiong et à Luo Zhanglong (羅章龍). En janvier 1931, il fit partie des vaincus du 4e plénum du VIe C.C. du P.C.C. : secrétaire de la fraction communiste au sein du syndicat des marins, il se trouva bien placé pour juger de la déroute des forces communistes dans ce secteur. C’est néanmoins lui qui dut écrire le 3 février 1931 son autocritique sous la dictée de Zhou Enlai (周恩來) : il y dénonçait ses amis politiques de la veille et reconnaissait l’autorité de Wang Ming. Peut-être entra-t-il au B.P. en ce temps où la « bolchevisation » du P.C.C. imposait qu’il y eût dix ouvriers sur les seize membres de cet organisme ? En avril 1931, il partit étudier en U.R.S.S.
Plus tard, on le retrouve à Yan’an aux côtés de Chen Yun (陳雲) : il est alors un spécialiste assez effacé des questions économiques. C’est à partir de 1945 qu’il retrouve une responsabilité nationale : élu suppléant du C.C. au VIIe congrès en 1945, il contribue à réorganiser le mouvement ouvrier dans les « zones libérées » de Chine du Nord, puis en Mandchourie. A ce titre, il prononce un important discours devant le VIe congrès pan-chinois du travail réuni à Harbine en août 1948. Élu membre du Comité exécutif de la Fédération pan-chinoise du travail, il garde ce poste jusqu’en 1957. Il exerce parallèlement des responsabilités dans le domaine économique, comme adjoint de Chen Yun : ministre de l’Énergie dès 1949, il est ministre des Charbonnages de 1955 à 1957.
A partir de cette date, devenu membre titulaire du C.C. du P.C.C. lors du VIIIe congrès en septembre 1956, il consacre l’essentiel de ses activités à sa province natale : en août 1957, il remplace Tao Zhu (陶鑄) comme gouverneur du Guangdong, alors que Pékin tente de restaurer un certain équilibre entre les cadres locaux et les administrateurs « venus de l’extérieur ». Ses anciennes attaches cantonaises et le profil de cadre central de sa carrière depuis 1931 font de Chen Yu un bon candidat au rôle d’arbitre. Il collabore sans difficulté avec Tao Zhu, qui conserve sa primauté dans le Parti pour le Guangdong et la Chine du Sud. En octobre 1961, Chen devient l’un des secrétaires du puissant bureau du P.C.C. pour la région du Centre-Sud que dirige Tao Zhu. Chen Yu accorde un soutien jugé plus tard inopportun aux grèves anti-britanniques de Hong Kong en 1967 et traverse sans difficulté la Révolution culturelle : on le retrouve vice-président du comité révolutionnaire de la province de Canton le 21 février 1968 et quatrième secrétaire du comité du Parti pour cette province le 26 décembre 1970. Il est réélu au C.C. du P.C.C. lors des IXe et Xe congrès. Cependant son rôle semble se réduire à des activités officielles : il préside les foires de Canton de 1968 à 1973.
Lors de ses obsèques le 26 mars 1974, ce vétéran du mouvement ouvrier chinois est honoré d’envois de fleurs des plus hauts dirigeants, de la présence de la quasi-totalité des membres du B.P. et d’un très grand nombre de dirigeants provinciaux.

SOURCES : Outre KC, voir : Kuo, II (1968). — Li Kuang (1948), pp. 59 sq. — Vogel (1969).

Alain Roux

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