L’un des principaux responsables du syndicalisme « jaune » à Shanghai dans les années 1930.

Il est alors le secrétaire général du syndicat de la plus grande usine de cigarettes fondée en Chine par des entrepreneurs étrangers, la B.A.T. (British American Tobacco Corporation). Ce syndicat était un des « sept grands syndicats » qui encadraient tant bien que mal le mouvement ouvrier de Shanghai pendant les premières années de la « décennie de Nankin » (1927-1937). Les autres étaient : le syndicat des employés des postes de Shanghai (voir Lu Jingshi (陸京士)), le syndicat de la Compagnie chinoise d’électricité, le syndicat de l’usine (chinoise) de cigarettes Nanyang (voir Tang Junqing (唐俊清)), le syndicat des ouvriers et des employés des presses commerciales, le syndicat des employés et des cheminots du Shanghai-Ningbo et le syndicat des travailleurs de la presse. Le syndicat de la B.A.T. comptait 6 000 adhérents dans les deux usines de la firme à Pudong. Il avait un local, une subvention patronale et une structure en apparence démocratique de délégués d’ateliers qui, réunis en conseil central de vingt membres environ, élisaient un bureau de sept membres appointés et dégagés de la production. De fait, ce syndicat a su mener du 30 septembre 1927 au 17 janvier 1928 une dure grève qui arracha au Patronat britannique un accord sur les salaires et les conditions d’embauche et de travail et qui, de plus, soutint la politique du ministre des Finances T.V. Song cherchant à imposer aux entreprises étrangères les mêmes taxes qu’aux usines chinoises.
Mais, de plus en plus souvent dans les années 1930, Chen Peide fut du coté des autorités de Nankin contre les revendications ouvrières, aidant à dénoncer à la police comme « agitateurs communistes » et « contre- révolutionnaires » les ouvriers les plus combatifs et brisant les grèves de la B.A.T. C’est ainsi que nous le présente Harold R. Isaacs dans une série d’articles publiés en 1932 et 1933 dans sa revue China Forum. Il le dépeint, lors d’une interview, sous les traits d’un homme corpulent, vêtu à l’européenne, vivant dans un bel appartement loué 90 dollars par mois, alors que le salaire d’un ouvrier de la B.A.T. n’atteignait pas 10 dollars. Ses déclarations sont nettes : « Nous sommes contre cette grève (il s’agit d’une grève suivie par 7 000 ouvriers de la B.A.T. pour s’opposer à l’instauration par le patronat de la semaine de 3 jours). Nous traversons une période de crise ; le gouvernement ne veut pas de grève. Le syndicat va faire en sorte que cette grève ne s’étende pas et que les ouvriers reprennent le travail. D’ailleurs le syndicat doit se tenir aux côtés du gouvernement. » Isaacs affirme, avec quelque vraisemblance, que l’assurance de Chen Peide provient de son appartenance à la Bande verte du célèbre gangster Du Yuesheng (voir Zhu Xuefan (朱學範)). Progressivement, à partir de 1934, Chen Peide cherche à transférer ses activités vers le Guomindang et le Syndicat général de Shanghai. Il n’y joue cependant qu’un rôle modeste. En novembre 1945 il est chef du Département de la propagande du Syndicat général réorganisé de Shangai et membre du comité du travail du Guomindang local. Il n’apparaît pas dans l’Annuaire du travail de Shanghai publié en 1948.

SOURCES : Gedi gonghui diaocha (Rapport central d’enquête sur les syndicats ouvriers de toute la Chine), 1934, p. 21. — The China Forum, Vol. I, mai 1932 et vol. II, n° 6, 29 mai 1933. — « Wuyi Yundong » (Le Mouvement du 1er mai), in International Labour Information, vol. II, 1932, n° 3-4, mars-avril 1932 (discours de Chen Peide pour le Syndicat général de Shanghai lors du 1er mai 1932). Dépêche du consulat général américain de Shanghai, n° 35 du 4 décembre 1945.

Alain Roux

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