Né en 1892 à Canton (Guangdong), exécuté en juin 1946 à Suzhou (Jiangsu) ; membre fondateur du P.C.C. et importante personnalité du comité du Parti dans le Guangdong ; exclu en 1923, se rallia par la suite à Wang Jingwei en collaborant avec le Japon.

Le court passage de Chen Gongbo dans le comité provincial du Guangdong en 1921 et 1922 fut marqué par le premier exemple de scission interne de l’histoire du P.C.C. Cet épisode témoigne de la faiblesse des structures du Parti au cours des premières années de son existence.
Le père de Chen Gongbo, petit lettré d’origine Hakka, était un des chefs de la Triade (Sanhehui), la plus importante des sociétés secrètes de Chine méridionale. Son fils pratiqua les rituels de la société tout en recevant une éducation plus traditionnelle. Il entre en 1914 à la Faculté de Droit de Canton. Trois ans plus tard, Chen partit pour la capitale. Nous ignorons presque tout de ses activités à l’Université de Pékin (Beida) entre 1917 et 1920, en particulier de son rôle pendant le mouvement du 4 mai. Une chose est certaine, c’est au cours de ses études de philosophie à Beida qu’il rencontra deux compatriotes auxquels son destin politique resta lié pendant de longues années : Tan Pingshan (譚平山) et Tan Zhitang. Tous trois rentrèrent à Canton en 1920 pour y fonder un journal destiné à la diffusion des idées réformistes : le Guangdong qunbao (Les Masses cantonaises).
En 1920, la province du Guangdong était l’enjeu de rivalités entre seigneurs de la guerre. L’un d’entre eux, Chen Jiongming, allié de Sun Yat-sen (孫逸仙), s’était taillé la réputation d’un administrateur habile, aux idées progressistes. Il s’assura très tôt le contrôle du journal par le biais d’un soutien financier régulier. La collaboration entre les deux hommes se renforça même lorsque, en décembre 1920, Chen Gongbo devint chef du Bureau de la propagande dans le gouvernement fondé par le général cantonais. A ce poste, il dépendait directement du commissaire provincial chargé des questions d’éducation, Chen Duxiu (陳獨秀), dont l’objectif était de créer un important noyau communiste dans la province. On ignore les conditions dans lesquelles Chen Gongbo vint au marxisme, mais l’influence de Chen Duxiu ne dut pas être négligeable. Son orthodoxie reste sujette à caution ; quelques années plus tard, il devait même renier totalement son allégeance au marxisme. Le fait est que les premiers communistes chinois étaient loin de représenter une parfaite homogénéité de pensée. Lors du congrès inaugural de Shanghai en juillet 1921, Chen Gongbo, alors délégué de Canton, représentait avec Li Hanjun (李漢俊) la « minorité démocratique » des marxistes légaux hostiles à toute action violente immédiate et favorables à un développement préalable du Parti dans la légalité. De même, Zhou Fohai (周佛海), représentant des étudiants chinois au Japon, s’opposait à la révolution de type bolchevik souhaitée Par Zhang Guotao (張囯燾). A la suite du premier congrès, Chen prit en charge le Département de l’organisation du P.C.C. dans le Guangdong. Tan Pingshan était nommé secrétaire du comité provincial et Tan Zhitang, directeur de la propagande. Les fonctions de Chen, en raison du rôle des syndicats ouvriers dans les grands ports de Chine méridionale, étaient particulièrement importantes. C’est ainsi qu’il fut l’un des organisateurs de la grève des marins de Hong Kong, en janvier-mars 1922 qui, bien que déclenchée sur ordre du G.M.D., n’en représente pas moins une des premières tentatives de prise en main du mouvement ouvrier par le nouveau Parti (voir Lin Weimin (林偉民)).
Au printemps 1922 eut lieu la rupture entre Sun Yat-sen et Chen Jiongming. Ce dernier, conscient de sa forte position personnelle dans le Guangdong, favorable à une plus grande autonomie provinciale et moins soucieux que Sun de se lancer dans une entreprise de rassemblement national, refusa d’envisager une expédition vers le Nord. Deux camps se formèrent. Chen Duxiu hésita quelque temps avant de se prononcer en faveur de Sun Yat-sen, suivant les directives de l’I.C. Le comité provincial choisit délibérément le parti adverse : les liens personnels entre Chen Jiongming et la rédaction du Guangdong qunbao pesèrent d’un plus grand poids que les injonctions du C.C. La rupture fut définitive en juillet 1922. Le C.C. expulsa Tan Zhitang et suspendit de leurs fonctions Chen Gongbo et Tan Pinghshan. Chen fut définitivement exclu six mois plus tard. Dans ce cas précis, il semble qu’une solidarité de clientèle bien plus qu’un véritable choix politique ait poussé la direction du comité de Guangdong dans le camp de Chen Jiongming. Ce dernier représentait cependant, pour bien des contemporains, une solution tout aussi réaliste que celle de Sun Yat-sen. L’hésitation du P.C.C. est révélatrice : c’est sur un ordre de Moscou qu’il se rallia au G.M.D. La tendance au sein du parti n’était pas favorable à une collaboration avec Sun Yat-sen. Chen Gongbo rapporte dans ses souvenirs, écrits en 1925, que la majorité du 1er congrès était franchement hostile en juillet 1921 à tout compromis avec le G.M.D. et que Maring dut forcer la main du C.C.
Chen partit pour les États-Unis à la fin de l’année 1922. Il séjourna deux années à l’Université Columbia. A son retour en Chine en 1925, il rejoignit le G.M.D. et travailla avec Liao Zhongkai (廖仲愷), l’un des principaux artisans de l’établissement du premier Front uni. Après l’assassinat de celui-ci, il se rapprocha de Wang Jingwei (汪精衛) et de l’aile gauche du G.M.D. Il devait par la suite animer avec Wang le clan des « réorganisateurs » (hostile à Chiang Kai-shek pendant la « décennie de Nankin ») puis participer au gouvernement pro-japonais de Wang Jingwei à Nankin pendant la guerre sino-japonaise. C’est d’ailleurs lui qui, en prit la direction du « mouvement pour la paix » après la disparition de Wang Jingwei. S’étant réfugié au Japon en août 1945, il fut rapatrié en octobre, jugé à Nankin puis transféré, condamné et exécuté à Suzhou pour haute trahison (le 3 juin 1946).

ŒUVRE : The Communist Movement in China, Thèse de l’Université Columbia à New York (1925). Publiée en 1966 par C.M. Wilbur, op. cit. — Chen Gongbo et Zhou Fohai, Chen Gongbo Zhou Fohai huiyi lu hepian (Mémoires conjoints de Chen Gongbo et Zhou Fohai), Hong Kong, 1967.

SOURCES : Outre BH, voir Chang Kuo-tao (Zhang Guotao), I (1971). — Chen Gongbo et Zhou Fohai (1967). — Wilbur et Chen Kung-po (Chen Gongbo), (1966).

Jacques Manent

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