Né en septembre 1906 dans le Hubei, mort le 30 juillet 1967 ; membre du groupe des Vingt-huit Bolcheviks, l’un des dirigeants de la base soviétique d’Eyuwan de 1931 à 1934, commissaire politique des troupes de Zhang Guotao pendant la longue Marche.

C’est dans sa province natale, à Hankou, que Chen devait faire ses premières armes de militant communiste comme membre de la L.J.C., puis du P.C.C. Envoyé à l’Université Sun Yat-sen de Moscou après les défaites de 1927, il s’agrège au groupe des bons élèves et des bons staliniens parrainés par Mif : les « Vingt-huit Bolcheviks », avec lesquels il rentre en Chine en 1930 afin de recueillir la succession de Li Lisan (李立三). Chargé de reprendre en main les organisations de jeunesse, il entre au C.C. de la L.J.C. Ce n’est pas à Shanghai, toutefois, mais aux confins du Hubei, du Henan et du Anhui, dans le soviet établi par Xu Xiangqian (徐向前) et Xu Haidong (徐海東) — le soviet d’Eyuwan —, qu’il épure la L.J.C., en tant que membre d’une équipe dirigée par Zhang Guotao (張囯燾) et chargée par le Centre de la reprise en main du soviet. Supervisée par le Bureau central des régions soviétiques (voir Xiang Ying (項英)), cette politique d’épuration s’applique à toutes les bases rouges, coupables de méconnaître l’autorité des « retours de Moscou » (nous dirions « parachutés ») : Deng Zhongxia (鄧中夏) en fait les frais dans le soviet de Xiang’exi dirigé par He Long (賀龍) et Mao Tse-tung (毛澤東) y perdra le pouvoir dans « son » soviet du Jiangxi. Dans le soviet d’Eyuwan, où Chen Changhao devient secrétaire des Jeunesses communistes et commissaire politique des troupes commandées par Xu Xiangqian, la reprise en main dont il partage la responsabilité avec les trois autres dirigeants du soviet (Zhang Guotao, Xu Xiangqian et Shen Zemin (沈澤民)) atteint une ampleur considérable : plus de mille officiers et cadres politiques de l’Armée rouge sont éliminés.
Cette saignée sert moins le pouvoir « central » des dirigeants du C.C., qui se sont installés au Jiangxi, que le pouvoir local de Zhang Guotao. Oubliant ses allégeances moscovites, Chen Changhao devient le fidèle second d’un Zhang aux dents longues que les vicissitudes des soviets mettent à même de briguer la première place dans le P.C.C. En effet, la répression s’est plus vite abattue sur le soviet d’Eyuwan, plus proche que ceux du Jiangxi des grands centres urbains du moyen Yangzi. La IVe Armée de front (nom des troupes commandées par Zhang et Xu) fait retraite vers l’ouest dès la fin de l’année 1932, établissant de nouvelles guérillas dans le Sichuan. Aussi, lorsque les soviets du Jiangxi sont forcés en octobre 1934, et que l’armée de Mao et Zhu De (朱德) doit fuir à son tour, en direction du sud-ouest puis du Sichuan, la rencontre qui a lieu au Sichuan occidental au printemps 1935 met-elle en présence deux forces très inégales : décimée et harassée, l’armée de Mao est inférieure à celle de Zhang, lequel conteste les décisions de Zunyi (c’est-à-dire la suprématie de Mao) et l’orientation que ce dernier veut imprimer à la retraite (en direction du Shenxi). Un amalgame des troupes et une nouvelle répartition du commandement n’empêchent pas la rupture, Zhang poursuivant sans Mao en direction de l’ouest. Chen Changhao, qui le suit dans cette équipée- scission, devient le « conseiller politique » (faut-il dire ange gardien ?) de Zhu De qui, tout comme Liu Bocheng (劉伯承), s’est « rallié » à Zhang Guotao dans des conditions mal connues. En 1936, les forces de Zhang Guotao sont presque entièrement anéanties dans le corridor du Gansu. Leur chef impute cet échec décisif (qui devait le conduire à rompre avec le P.C.C. puis à quitter la Chine) aux fautes commises par son commissaire politique. Chen Changhao, qui s’enfuit à Hankou après la défaite, ne rejoint Yan’an qu’en 1938. Il y est sévèrement critiqué mais choisit le parti de l’obscurité plutôt que celui de la rupture. Après 1949, son excellente connaissance du russe lui a valu d’être employé par le nouveau régime dans des fonctions techniques auprès du C.C.

ŒUVRE : Un article de Chen Changhao est, avec les mémoires de Zhang Guotao, la principale source sur l’épuration du soviet d’Eyuwan en 1931 : « Eyuwan suqu sufan de weida nengli » (La grande victoire de la répression de la contre-révolution dans la zone soviétique d’Eyuwan), Hongqi zhoubao, n° 48, 18 janvier 1932.

SOURCES : Outre KC, voir : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), II (1972). — Hsiao Tso-liang (1961). — Hu Chi-hsi (1982).

Yves Chevrier

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