Un des syndicalistes modérés marqués par le corporatisme professionnel que l’on rencontre en grand nombre au début du mouvement ouvrier chinois.

Chen Bingsheng est un Cantonais, marin sur les vapeurs transocéaniques de la Canadian Pacific Line. C’est sur le paquebot Monteagle qu’en 1914 il établit avec vingt autres marins chinois une branche du Parti révolutionnaire chinois (Zhonghua Gemingdang) de Sun Yat-sen (孫逸仙). (Auparavant, Chen avait dirigé le département des communications de la « Société pour la justice », implantée parmi les marins des grandes lignes internationales.) Cette cellule de base, calquée sur le modèle des sociétés secrètes, s’appelle « la Société des marins pour le bénéfice commun » (Haiguan gongyi she). Des marins d’autres navires se joignent à cette société qui est enregistrée à Hong Kong sous le nom de « Société philanthropique des marins » et qui fonctionne dès 1914 comme une mutuelle des marins de Canton et Hong Kong. L’échec d’une grève provoquant la mise à pied de ces proto-syndicalistes fait décliner l’organisation. Mais en 1920 Sun Yat-sen, qui cherche des appuis politiques dans les milieux ouvriers, aide à la création d’un « Syndicat des marins chinois » qui prend le relais de la société à l’automne : lors de la cérémonie d’inauguration des locaux de syndicat, tenue à Canton le 28 février 1921, il se fait représenter par un de ses secrétaires. Chen Bingsheng est le président de ce syndicat. Au vrai, il est beaucoup plus préoccupé d’intrigues politiciennes en tant que notable du G.M.D. que d’activités proprement syndicales.
La grève des marins de Canton-Hong Kong qui se prépare dès l’été 1920 le repousse à l’arrière-plan tandis que s’affirment des syndicalistes révolutionnaires comme Su Zhaozheng (蔌兆症) et Lin Weimin (林偉民). Lorsque la grève se développe dans toute son ampleur (de janvier à mars 1922), il s’occupe de réunir des fonds de secours : la collecte nationale rapporte 300 000 dollars ; mais une accusation est portée contre lui pour détournement à son profit d’une partie de ces fonds ainsi que pour une affaire de mœurs. Il participe néanmoins en mai 1922 au premier Congrès du travail tenu à Canton et, bien que traité par les syndicalistes révolutionnaires de « traître ouvrier », il devient en 1923-1924 un des principaux responsables du syndicat des marins... mais à Shanghai. Il se mêle bientôt de confus conflits régionalistes : prenant la défense de deux marins cantonais accusés de corruption, il est expulsé en août 1923 de la très modérée Fédération des groupements ouvriers de Shanghai (sections des marins). Néanmoins il demeure actif un certain temps parmi les marins à Shanghai. Ses amis au syndicat des marins de Shanghai sont des maîtres d’équipages, des trafiquants de main-d’œuvre ou des gens qui ne sont pas des marins mais qui tirent profit des marins : ainsi Zhai Hanqi, fabricant de cercueils pour marins qui, en mai 1924, remplace Chen Bingsheng à la tête du syndicat quand celui-ci regagne Canton. Nous perdons sa trace pour le retrouver en 1959 à Taibei (Taiwan) membre d’un « Comité de compilation pour l’histoire du mouvement ouvrier chinois » présidé par Ma Chaojun (馬超俊).

SOURCES : Chesneaux (1962). — Ma Chaojun (1959), I, page hors texte (liste du « Comité de compilation pour l’histoire du mouvement ouvrier chinois »).

Alain Roux

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