Née en 1902 dans le Hubei ; militante communiste de 1922 à 1929, devient ensuite l’une des dirigeantes du mouvement trotskyste chinois. Femme de Peng Shuzhi, exilée depuis 1948.

Issue d’une famille de lettrés et de propriétaires fonciers, Chen Bilan étudie à l’École normale de jeunes filles du Hubei lorsqu’un discours de Li Hanjun (李漢俊) sur la condition féminine fait de cette étudiante radicale et féministe une révolutionnaire. Elle adhère à la Ligue des Jeunesses socialistes en avril 1922 et six mois plus tard au P.C.C. Elle s’oppose à sa famille (moins à son père, ancien étudiant au Japon d’idées réformistes, qu’à ses oncles et cousins) et écrit une nouvelle sur la rupture de fiançailles arrangées afin de convaincre son fiancé de rompre. Elle combat plus vivement encore le directeur de l’École normale de jeunes filles, qui finit par démissionner en raison de son incapacité à calmer l’agitation étudiante. En 1923, Chen Bilan va étudier la sociologie et le russe à Shangda (voir Qu Qiubai (瞿秋白)). L’année suivante, le Parti l’envoie à Moscou suivre un cours de trois ans à l’Université communiste des travailleurs de l’Orient (voir Peng Shuzhi (彭述之)), mais dès août 1925, il la rappelle en Chine : dans cette phase d’expansion rapide consécutive au mouvement du 30 mai 1925, le besoin immédiat de cadres l’emporte sur le souci de leur formation. Chen Bilan rentre avec six autres jeunes communistes, tous anciens étudiants-ouvriers en France, dans une Chine en pleine effervescence révolutionnaire.
Trois jours après son retour à Shanghai, Chen est envoyée dans le Henan, où elle fait de la propagande et de l’agitation sous la direction d’un autre ancien de l’Université communiste des travailleurs de l’Orient, Wang Ruofei (王若飛). Sur les conseils de Wang, Chen se fait passer pour une étudiante retour de France, car un retour d’U.R.S.S. serait mal accepté. Elle soutient les ouvrières de filatures de Zhengzhou en grève et parle de la question féminine, du mouvement étudiant et de l’impérialisme dans divers établissements d’enseignement de Kaifeng. Contrainte de se cacher dans la résidence d’un conseiller soviétique du général Yue Weijun, Chen y découvre l’étendue de l’aide soviétique à Feng Yuxiang (dont Yue Weijun, commandant de la seconde Guominjun, est le subordonné). C’est l’importance des crédits alloués par l’U.R.S.S. qui contraint le général Yue à tolérer l’activité de ce jeune conseiller soviétique qui s’emploie à développer le mouvement ouvrier au Henan.
Rappelée à Shanghai en octobre 1925, Chen Bilan est chargée des questions féminines au Comité régional quwei) du Parti. Elle assiste d’abord Xiang Jingyu (向警予) dans la rédaction de Funü zhoubao (L’Hebdomadaire des femmes), supplément hebdomadaire féminin du Minguo ribao (La République, organe du G.M.D.), puis devient éditrice d’un périodique contrôlé par le P.C.C. et lancé en décembre 1925 : Zhongguo funü (Femmes de Chine). A la fin du même mois, elle épouse Peng Shuzhi dont elle avait fait la connaissance en octobre, mais dont le nom lui était déjà familier grâce aux articles de Peng publiés dans Xiangdao (Le Guide). (Refusant la formalité « bourgeoise » du mariage, Chen et Peng se contentent d’annoncer à quelques camarades invités au restaurant qu’ils ont décidé de vivre ensemble.)
Depuis 1926, Chen et Peng ont mené le même combat d’abord à l’intérieur du Parti, ensuite au sein du mouvement trotskyste. En avril 1926, tous deux se rendent à Canton (elle comme déléguée au IIIe congrès national du travail, lui comme envoyé spécial du C.C. à la suite du coup du 20 mars (voir Borodine)) ; ils entendent avec stupeur Borodine justifier la politique de soutien à Chiang Kai-shek. De retour à Shanghai, Chen Bilan vit la nuit du 21 au 22 mars 1927 à l’état-major de l’insurrection victorieuse. Elle quitte Shanghai à l’aube du 12 avril, en compagnie de Ren Bishi (任弼時), Chen Qiaonian et quelques autres : tous se rendent au Ve congrès du P.C.C. à Wuhan sans soupçonner le massacre auquel ils échappent. Quand Chen avait quitté Wuhan quatre ans plus tôt, il n’y avait qu’une centaine de communistes dans toute la province du Hubei : on en comptait maintenant cent fois plus, dont plus de quatre mille (et mainte vieille connaissance de Chen) dans la seule agglomération de Wuhan. La défaite du P.C.C. et le reflux de la révolution n’en étaient pas moins déjà consommés ; du même coup s’achevait la brève période pendant laquelle Peng Shuzhi fut l’un des plus influents dirigeants du P.C.C.
A l’automne 1927, la nouvelle direction du P.C.C. représentée par Qu Qiubai (瞿秋白) rogne, puis suspend l’allocation versée au couple Peng-Chen : désormais, les difficultés financières seront presque constantes pour ces révolutionnaires professionnels coupés de l’organisation. En décembre 1929, Chen Bilan est l’un des 81 signataires du manifeste de l’Opposition (voir Peng Shuzhi). Aussitôt exclue du Parti, elle milite dans le mouvement trotskyste chinois dès sa fondation. Son appartement devient le lieu de rendez-vous des trotskystes et oppositionnels à l’intérieur du P.C.C. Pendant la captivité de Peng (de 1932 à 1937), Chen enseigne et collabore sous le pseudonyme de Chen Biyun à Dongfang zazhi (L’Orient). Ses articles sur la question féminine seront plus tard réédités en deux volumes. Chen anime également, avec d’autres écrivains de gauche, un front antijaponais qui regroupe nombre d’intellectuels shanghaïens. Durant la guerre sino-japonaise, Chen Bilan devient membre du B.P. de la Ligue communiste (la principale organisation trotskyste, dirigée par Peng Shuzhi). De 1946 à 1948, elle est rédactrice en chef d’une des deux revues mensuelles éditées par la Ligue (l’autre, plus théorique, étant dirigée par Peng lui-même). A la fin de l’année 1948, quand la victoire communiste ne fait plus de doute, Chen se réfugie avec Peng à Hong Kong, puis à Saigon : brèves étapes avant l’exil en Occident.

Hong Kong, puis à Saigon : brèves étapes avant l’exil en Occident.
ŒUVRE : Funü wenti lunwen ji (Recueil d’essais sur la question féminine), 2 volumes, Édi¬tions de l’Y.M.C.A., Shanghai. — Articles de Zhongguofunü (Femmes de Chine) et Funü zhoubao (L’Hebdomadaire des femmes). — « Looking back over my Years with Peng Shu- tse », The Chínese Révolution, I (1972). — « Rebel in a Chinese Girls School », Interna¬tional Socialist Review, octobre 1977. — « How Stalin Betrayed the Second Chinese Révolution », ibid. novembre 1977).

SOURCES : Cadart/Cheng (1983) et interviews de Chen Bilan et de Peng Shuzhi. — P’eng Shu-tse (Peng Shuzhi) (1980). — Peng Shu-tse and Peng Pi-lan (Chen Bilan), I et III (1972).

Lucien Bianco

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