Né en octobre 1896, mort le 27 août 1989 à Pékin ; notable du Xinjiang devenu gouverneur de cette province jusqu’en 1955, il a ensuite joué un rôle important dans les associations tournées vers l’étranger.

La carrière de Burhan offre un exemple d’utilisation par le P.C.C. des élites issues de minorités nationales. Ce Tatar musulman a grandi dans une famille aisée de Kazan. Après des études en Allemagne, il entreprend vers 1918 une carrière politico-commerciale dans un Xinjiang qui restera longtemps sous l’influence du voisin russe. Haut fonctionnaire du gouvernement provincial de 1919 à 1929, il est ensuite son agent commercial en Allemagne (1929-1933), puis sert d’intermédiaire dans les échanges avec l’U.R.S.S. (1933-1937). Ce rôle s’avère dangereux : jusqu’en 1944, Burhan reste emprisonné pour « trotskysme » par le gouverneur prosoviétique Sheng Shicai. Le G.M.D. cherche ensuite à l’utiliser dans sa lutte contre la république autonomiste de Kuldja : Burhan est vice-gouverneur du Xinjiang en 1946 et gouverneur en décembre 1948. Mais en 1949, il passe aux communistes.
Le nouveau régime va utiliser la collaboration de ce notable. Jusqu’en 1955, Burhan conserve son poste de gouverneur provincial et reçoit des postes honorifiques au plan régional et national (il sera membre du Comité permanent de la C.P.C.P.C. de 1953 à 1964). Sa collaboration locale apparaît sans doute moins utile dès lors que l’ordre est assuré et qu’une administration stable est établie. Après la fondation de la région autonome ouïghoure du Xinjiang (octobre 1955), Burhan est appelé à Pékin où il reçoit de nombreuses fonctions de représentation. Il devient en 1956 vice-président de la Commission des nationalités de l’A.N.P. et joue un grand rôle dans des organisations de masse tournées vers l’étranger comme l’Association islamique chinoise, qu’il préside de 1953 à 1966, et une multitude d’associations d’amitié (par exemple avec l’Indonésie, avec la République arabe unie et l’Afrique) ou de comités (comme le Comité chinois pour la paix). A ces titres divers, il entreprend de nombreux voyages (par exemple dans dix pays du Moyen-Orient en 1956) et participe aux fréquentes manifestations du Conseil mondial de la paix. Burhan est donc un de ceux qui présentent à l’extérieur la vitrine pacifiste et « tiers-mondiste » de la diplomatie chinoise. Son âge et sans doute aussi le durcissement de la stratégie de Pékin expliquent qu’à partir de 1961 (date de son dernier voyage à l’étranger) l’activité de Burhan ait été considérablement réduite. Il a été critiqué pendant la Révolution culturelle et n’est réapparu depuis qu’à des postes secondaires : vice-président de la C.P.C.P.C. (1978) et président honoraire de l’Association islamique chinoise (1980).

SOURCES : Outre KC et WWCC, voir sur le problème de l’utilisation des élites issues de minorités nationales par le P.C.C. l’article de Dreyer in Scalapino (1972). — Sur l’intervention communiste au Xinjiang, Whiting et Sheng Shi-ts’ai (Sheng Shicai) (1958) et dans ce volume les biographies de Deng Fa et Chen Tanqiu.

Jean-Luc Domenach

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