Né en 1891 à Wichita (Kansas), mort en 1973 à Princeton (New Jersey) ; dirigeant communiste américain de 1930 à 1945. Membre, avec Tom Mann et Jacques Doriot, d’une mission envoyée par le Profintern en Chine (1927-1928) ; l’un des fondateurs du Secrétariat syndical pan-pacifique ; exclu du mouvement communiste américain en 1945.

Militant au Socialist Party et dans les syndicats de Kansas City dès le plus jeune âge, Browder fut emprisonné en 1917 pour s’être opposé à l’entrée en guerre des U.S.A. En 1921, année de son adhésion au parti communiste américain (W.P.A. : Workers Party of America), il dirigea la délégation américaine au congrès fondateur du Profintern (Internationale syndicale rouge) à Moscou. Devenu l’un des premiers dirigeants du W.P.A., il entretint des liens suivis avec l’internationale. En 1927, le Profintern le chargea, avec Tom Mann et Jacques Doriot, d’une mission d’information en Chine. La mission se rendit à Wuhan en compagnie de Su Zhaozheng (蔌兆症). Browder prit part ensuite à la fondation du Secrétariat syndical pan-pacifique, dont il prit la tête tout en assurant la rédaction en chef du Pan-Pacific Worker, organe du Secrétariat.
Après avoir assisté au VIe congrès de l’I.C. à Moscou (été 1928), il fut choisi par Staline en personne pour mettre fin aux luttes factionnelles qui divisaient le communisme américain. Secrétaire général du P.C.U.S.A. dès 1930, il ne s’imposa vraiment qu’à partir de 1934. Porté par la Dépression et la dynamique sociale du New Deal, le P.C.U.S.A. connut alors ses plus belles heures. Sous la férule de Browder, qui fut l’homme de 1’« américanisation » et du Front uni, il s’ouvrit et devint un parti de masse comptant plus de 100 000 adhérents. Browder n’en rompit pas moins avec Roosevelt lors du pacte germano-soviétique et fit campagne, en 1940, contre l’homme du New Deal et son adversaire républicain à l’élection présidentielle. Condamné à quatre ans d’emprisonnement, il fut gracié après Pearl Harbor et la conclusion de la Grande Alliance.
Persuadé que le rapprochement des trois Grands disqualifiait la stratégie et l’organisation révolutionnaires en Amérique, Browder remplaça le P.C.U.S.A. par une Association politique communiste (1944), suivant en cela l’exemple du Komintern qui s’était dissous en 1943... Mais dès avril 1945, Jacques Duclos (dans une lettre ouverte « écrite au Kremlin », suivant Browder) brandissait les foudres du révisionnisme et du « liquidationnisme ». Après quelques mois d’une intense lutte interne, les communistes américains choisirent le giron moscovite et se défirent de leur chef (juillet 1945). Browder prit le chemin de Moscou pour se justifier mais aussi pour demander des explications. Ses questions, franchement indécentes à l’heure des prodromes de la Guerre froide, demeurèrent sans réponse. En revanche, il dut à la bienveillance de Molotov de représenter l’édition soviétique aux U.S.A., au grand dam de ses ex-camarades. Mal payé cependant, il finit par démissionner en 1950. Alors que le mac-carthysme décimait le mouvement communiste, Browder approfondit les leçons du Front uni : s’éloignant de Marx, il définit un socialisme démocratique en accord avec la « nouvelle révolution industrielle » dont il fut l’un des premiers à deviner les conséquences sociopolitiques. En 1945, Mao Tse-tung (毛澤東) avait approuvé, mais du bout des lèvres seulement, la condamnation de celui qu’il appelait, en 1937, « le bon ami du peuple chinois et le leader du peuple américain ». « Dans son activité passée, le camarade Browder a rendu à la lutte du peuple chinois bien des services qui méritent notre reconnaissance » (télégramme du C.C. du P.C.C. en date du 29 juillet 1945, in Schram, op. cit., p. 379). Ces nuances ont été soigneusement effacées du texte publié dans les Œuvres choisies...

ŒUVRE : Retenons, fruit de la mission en Chine, Civil War in Nationalist China, Chicago, Labor Unity Publishing Association, 1927. Les documents relatifs à la mission Browder-Mann-Doriot ne sont pas encore publiés.

SOURCES : Outre Starobin (1972), voir : l’interview accordée à A. Whitman en 1971 et publiée dans le New York Times, 28 juin 1973. — Schram (1963).

Yves Chevrier

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