Né en février 1907 au Shanxi, mort le 15 janvier 2007 ; à la suite d’une carrière originale dans le mouvement communiste chinois, est devenu un des grands économistes de la Chine populaire avant d’être démis lors de la Révolution culturelle. Réhabilité en décembre 1978, il est vice-premier ministre de juillet 1979 à mars 1982 et, depuis septembre 1982, vice-président de la Commission des conseillers du C.C.

Originaire du Shanxi, Bo Yibo est au nombre des étudiants de Taiyuan qui, vers 1926-1927, rejoignent le Parti communiste. Après la défaite, il ne se rend pas dans les bases rouges mais continue à militer dans les zones blanches du nord de la Chine. Arrêté en 1932 pour avoir organisé des manifestations contre la pénétration japonaise en Mandchourie, il reste emprisonné à Pékin jusqu’en 1936. Suivant les consignes du Parti, il abjure le communisme pour être relâché. Il rentre alors dans sa province natale et joue un rôle actif dans l’entourage du seigneur de la guerre Yan Xishan qui a choisi de résister au Japon. Bo mobilise des étudiants et forme une organisation patriotique, la Ligue du sacrifice, dont l’expression militaire est le Corps des risque-la-mort. Il joue très habilement de sa position ambiguë, se présentant aux autorités locales comme un agent officiel mais collaborant avec les bataillons communistes de Liu Bocheng (劉伯承) et Deng Xiaoping (鄧小平) basés dans les monts Taihang. Cette situation dure de 1937 à 1939 : rompant avec Yan, ses troupes rejoignent alors les communistes. Bo continue ensuite à exercer des responsabilités militaires et, comme son action l’a mis en valeur, il sera l’un des rares non-participants à la Longue Marche élus membres du C.C. par le VIIe congrès du P.C.C. (1945).
Mais en fait, depuis quelque temps, Bo Yibo exprime principalement ses qualités dans le domaine économique et administratif. Nommé en 1941 vice-président de la région frontière Shanxi-Hebei-Shandong-Henan, il rencontre à ce titre les journalistes américains A.L. Strong (1946) et J. Belden (1947). Il devient ensuite commissaire politique de la Chine du Nord-Est et premier vice-président de son gouvernement régional.
Sa voie est trouvée : Bo Yibo n’est pas un « politique » mais un gestionnaire. Jusqu’en 1966, il va collectionner les postes de responsabilité économique. En 1949, il est nommé, entre autres, vice-président du Comité économique et financier du Conseil des affaires d’Etat, ministre des Finances (jusqu’en 1953) et président de la Fédération panchinoise des coopératives. Il prend donc une part notable à la remise en ordre de l’économie et des finances du pays. En 1954, il reçoit la direction du troisième Bureau du Conseil des affaires d’État, qui « coiffe » l’industrie lourde et la construction : le voilà donc à la tête du secteur le plus dynamique de l’économie nationale en cette période de premier plan quinquennal. Son rapport sur « les relations entre l’accumulation et la consommation dans la construction socialiste » prononcé devant le VIIIe congrès du P.C.C. sera très remarqué. En 1956, Bo Yibo compte déjà parmi les plus importants économistes du régime, au niveau des Chen Yun (陳雲), Li Fuchun (李富春) et Li Xiannian (李先念). Il faut toutefois noter qu’après avoir fraîchement accueilli l’accélération soudaine de la collectivisation en 1955 (mais, comme Li Fuchun, Li Xiannian et Chen Yi (陳毅), il dut à une autocritique précoce d’être élevé au B.P. lors du VIIIe congrès), Bo Yibo, à la différence d’un Chen Yun, n’a plus pris nettement parti dans le débat sur la stratégie économique et devient sans réticences apparentes l’un des ingénieurs du Grand Bond en avant. Il dirige alors la Commission économique d’État et lors du plénum de Lushan, durant lequel Peng Dehuai (彭德懷) dénonce le Bond, il s’abstient en prononçant un discours fort éloigné du texte très critique que Xue Muqiao et Sun Yefang (孫冶方) lui ont préparé. L’efficacité avec laquelle il agit au lendemain du Bond pour réorganiser et relancer l’économie sur des bases plus prudentes laisse supposer qu’il n’avait servi qu’à contrecœur, quoique avec discipline, la politique de mobilisation précédente.
Parce qu’il avait appliqué toutes les politiques économiques suivies depuis 1949, Bo Yibo devait se trouver dans une position particulièrement vulnérable pendant la Révolution culturelle. De fait, le clan maoïste lui reprocha alors non seulement son reniement de 1936 et ses liens avec les anciens dirigeants des « zones blanches », Liu Shaoqi (劉少奇) et Peng Zhen (彭真), mais aussi la modération de son action au début des années 1950 et 1960. Ainsi parut s’achever dans l’opprobre la carrière pourtant symbolique et fidèle de cet agitateur politique devenu grand commis d’État. L’ascension de Deng Xiaoping et la victoire des partisans de la modération économique ont entraîné sa réhabilitation à la fin de l’année 1978 puis sa nomination en juillet 1979 au poste de vice-premier ministre. Il ne joue cependant pas un rôle de premier plan et va être progressivement mis sur la touche. En mars 1982, il perd son poste de vice-premier ministre et reçoit, en échange, celui de conseiller d’État (qu’il perdra lors du remaniement de juin 1983). En septembre 1982, à l’issue du XIIe congrès du P.C.C., il figure parmi les vétérans que Deng Xiaoping parvient à mettre à l’écart dans une nouvelle Commission des conseillers du C.C. Bo Yibo devient l’un des quatre vice-présidents de cet organisme. A ce titre, il est nommé à la commission chargée de superviser la rectification du parti par le 2e plénum du XIIe C.C.(octobre 1983).

ŒUVRE : Bo Yibo ayant beaucoup écrit, l’inventaire de ses articles serait celui des différentes politiques économiques suivies par Pékin. Particulièrement significatifs sont ceux publiés dans le RMRB, 29 juin 1951. — People’s China, 16 octobre 1953. — La contribution à Dix Grandes années, 1960. — Les articles du Hongqi (Drapeau rouge), 1959, n° 1, I960, n° 10, 1961, n° 3-4 et 1962, n° 13.

SOURCES : Outre KC, WWCC et China Directory (1983), voir MacFarquhar (1974) et (1983).

Jean-Luc Domenach

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