Née en 1935 ou 1936 ; ancienne esclave devenue une dirigeante du Tibet ; membre du C.C. du P.C.C. depuis 1973.

La vie de Basang est significative des efforts du régime communiste chinois pour transformer le Tibet et pour promouvoir une élite indigène de dirigeants loyalistes, si possible féminins, dans des zones de minorités où il a rencontré de graves difficultés. Basang naît dans une famille de serfs du district de Konka, au Tibet. Sa mère et son jeune frère meurent de faim. A neuf ans, elle est l’esclave d’un seigneur, à onze ans la domestique de sa femme. Quoique libéré en 1950, le Tibet n’a pas encore bénéficié des grandes réformes appliquées dans le reste de la Chine : la vie de Basang est faite de misère et de mauvais traitements, jusqu’au jour de juillet 1956 où elle s’enfuit.
Recueillie par l’A.P.L., Basang est placée dans une usine puis dans une école de cadres locaux. Sans doute montre-t-elle des aptitudes et une docilité particulières, car, dans l’automne 1957, on l’envoie en Chine proprement dite étudier dans un institut pour les minorités. Elle reçoit alors une formation complète de cadre et est admise en mai 1959 au P.C.C.
A l’époque, la révolte du Dalai Lama et l’application au Tibet des « réformes démocratiques » nécessitent une nouvelle transfusion de cadres loyalistes. Basang rentre donc au pays dans l’été 1959 et y reçoit la présidence de l’Association des femmes puis la vice-présidence du district de Langxian. La légende officielle rapporte qu’en 1965 elle dirigea un chantier routier de 1 500 ouvriers.
Il est difficile de déterminer si sa spectaculaire promotion à l’issue de la Révolution culturelle s’explique par ses aptitudes, sa docilité politique ou une décision publicitaire de Pékin. On sait seulement que Basang a rencontré cinq fois Mao Tse-tung (毛澤東) et qu’elle a agi ou été considérée pendant la Révolution culturelle comme une dirigeante des « organisations de masse » au Tibet. Et elle a été promue successivement aux postes de vice- présidente du comité révolutionnaire (1968), secrétaire du comité du Parti (1971) et présidente de l’Association des femmes (1973) du Tibet. Elle est membre du C.C. depuis 1973. Basang a joué un rôle particulièrement public dans le mouvement de critique de Lin Biao (林彪) et Confucius en 1974. Depuis la chute des Quatre (voir Jiang Qing (江青)), son personnage n’est plus guère vanté par les médias. Cependant, malgré ses liens passés avec le clan « gauchiste », elle paraît avoir conservé tous ses postes, notamment ceux de membre du C.C. (septembre 1982) et de secrétaire du comité du P.C.C. pour le Tibet (mars 1983).

SOURCES : Outre WWCC, voir : China Directory (1981 et 1983). — SWB, 31 mars 1983. — Biographical Service, n° 1696. — Un article autobiographique publié par Basang dans le recueil New Women in New China (1972) et RMRB, 6 août, 30 août, 29 décembre 1973, 18 mars, 6 septembre, 29 septembre 1975, ainsi que South China Morning Post, 17 novembre 1977.

Jean-Luc Domenach

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