VERRET Alexandre

Par Gilles Morin

Né le 17 octobre 1902 à Féchain (Nord), mort accidentellement le 29 juillet 1963 à Mulhouse (Haut-Rhin) ; employé du ministère de l’Agriculture puis haut fonctionnaire ; mlitant socialiste, directeur général du Conseil national de Résistance, secrétaire de Louis Saillant ; conseiller général du Nord ; membre de divers cabinets ministériels socialistes comme expert économique de la SFIO ; président des Charbonnages de France ; membre du Conseil économique et social.

Originaire d’un bourg rural du Nord de la France, Alexandre Verret eut son enfance marquée par les combats de la Grande Guerre. Il commença ses études au lycée de Douai puis les continua au lycée Louis-le-Grand à Paris. Élève de l’École nationale vétérinaire d’Alfortville, il obtint le grade de docteur-vétérinaire, spécialisé dans les recherches biologiques. Il choisit le service public. Il entra au ministère de l’Agriculture où il fit toute sa carrière avant la guerre de 1939-1945. Directeur départemental des services vétérinaires en 1930, il fut chef-adjoint du cabinet du ministre de l’Agriculture du Front populaire, Georges Monnet. Il militait déjà activement au Parti socialiste SFIO. Grand sportif, il avait été classé second d’une course Paris-Roubaix.
Mobilisé dans la cavalerie en 1939, Alexandre Verret participa aux combats de 1940. Résistant, sous le pseudonyme de Marcus, il prit en charge le secteur de Paris-Sud du mouvement Libération-Nord, dont il était membre du Comité directeur clandestin, et s’occupa du service des pièces d’identité. Il recruta rapidement vers les milieux qu’il connaissait le mieux, enseignants et fonctionnaires. À la Libération, il siégea au Comité parisien de la Libération où il demeura jusqu’à sa désignation comme directeur général du Conseil national de la Résistance et directeur du cabinet de Louis Saillant. Il s’occupa notamment des relations entre le CNR et l’Assemblée consultative et fut nommé président de la commission d’épuration des ministères de l’agriculture et du ravitaillement. Il présenta le rapport sur la politique extérieure au congrès de Libération-Nord du 8 avril 1945. Il devait encore suivre Saillant un temps à la Fédération syndicale mondiale, en qualité de directeur des services économiques et sociaux.
Inspecteur général des services vétérinaires en 1945, il fut nommé aux difficiles fonctions de directeur général du Ravitaillement. L’année suivante, il était désigné parmi les premiers membres du nouveau corps des Inspecteurs généraux de l’Économie nationale.
Retrouvant un lien avec ses terres natales, Alexandre Verret fut élu conseiller général SFIO de Marquion (Pas-de-Calais) en septembre 1945. Mais ne se représenta pas au renouvellement en octobre 1951 et ce fut son seul mandat électif. Très actif dans la SFIO, il fut candidat au Comité directeur aux congrès nationaux de 1947 et 1948 (étant le deuxième non élu à ce dernier). Il intervenait peu dans les assemblées du parti mais était très présent dans ses commissions d’études. Avec Albert Gazier, il devait diriger la commission économique du parti durant près de vingt ans. Il présenta ainsi le rapport sur “l’unification économique de l’Europe lors de la semaine d’études internationale de la SFIO à Saint-Brieuc, les 25 juillet-1er août 1948. Il participa encore à la rédaction du rapport de la délégation française à la “ Conférence des Partis socialistes ayant accepté le principe de l’aide américaine ” en mars 1948.
Depuis 1946, Alexandre Verret avait entamé une nouvelle carrière dans les services publics, cumulant ou alternant les postes dans les cabinets ministériels et dans la haute administration. Tout d’abord chef de Cabinet de Guy Mollet, ministre d’État du gouvernement intérimaire dirigé par Léon Blum en décembre 1946-janvier 1947, il était ensuite directeur adjoint de cabinet d’André Philip au ministère de l’Économie nationale en juillet 1947 et appartint aussi, comme conseiller technique au cabinet de Guy Mollet, ministre d’État chargé du Conseil de l’Europe, en 1950. Il devait devenir un intime et un « conseiller personnel » du secrétaire général de la SFIO. Désigné en 1947 comme Directeur de la coordination économique et du contrôle des entreprises publiques au ministère des Affaires économiques de 1947 à 1954 (où il devint directeur honoraire), Verret organisa les rapports entre les pouvoirs publics et les entreprises nouvellement nationalisées, comme l’électricité, le gaz et les Charbonnages. C’est alors qu’il s’investit principalement dans l’industrie houillère. Le 17 octobre 1948, il figurait sur les listes socialistes pour l’élection du Conseil de la République dans la Seine.
Le 15 décembre 1948, Alexandre Verret fut nommé administrateur des Charbonnages de France, puis enfin des Houillères du bassin d’Aquitaine en 1949, puis de celles du bassin du Nord et du Pas-de-Calais en 1951. Trois ans plus tard, en février 1954, il était porté à la présidence du Conseil d’administration, de ce dernier bassin.
Par ailleurs, depuis 1951, Alexandre Verret siégeait au Conseil économique (devenu Conseil économique et social en 1959). Il y représentait les entreprises nationalisées et les houillères. Il fut porté au bureau de cette Assemblée par 120 voix sur 150 membres et présida la commission des Affaires économiques puis la section du Plan et des investissements. À ce titre, il fut désigné comme rapporteur de grands dossiers, dont le rapport annuel sur l’application du traité instituant la CECA et le rapport sur le plan d’expansion économique de 1954. Cette même année 1951, il instruisit un rapport sur le marché de la viande.
Guy Mollet devenu du président du conseil en 1956, appela Alexandre Verret une nouvelle fois à ses côtés, comme chargé de mission pour les questions économiques, financières et sociales, il y demeura jusqu’à sa chute en juin 1957. En décembre 1956, il avait été nommé président du Conseil d’administration des Charbonnages de France.
Après le retour au pouvoir du général de Gaulle Alexandre Verret poursuivit ses fonctions de grand serviteur de l’État. Il appartint au Comité institué par le décret du 13 novembre 1959, sous la présidence du Premier ministre, avec Louis Armand et Rueff, en vue d’étudier les obstacles à l’expansion économique. Comme président des Charbonnages de France, il avertissait régulièrement le gouvernement des risques d’explosion sociale et, lorsque la grève des mineurs éclata dans l’hiver 1962-1963, il s’efforça de concilier les intérêts de l’État, des charbonnages et des salariés. Le gouvernement rendit hommage à son action, mais son mandat ne fut pas renouvelé fin 1963. Selon Guy Mollet, il en aurait éprouvé une « sorte de libération ».
Alexandre Verret resta un expert écouté de la SFIO. Il fut ainsi membre de la commission chargée d’étudier les problèmes de politique économique et sociale au Conseil national des 3/4 mai 1958 ; il dirigea la commission de “gestion de l’entreprise“ des Journées nationales d’études des 7 au 10 mai 1959.
Il appartint par ailleurs au Conseil supérieur du Plan, siégea comme administrateur d’Ammonia et de la société des Huilles, Goudrons et dérivés. Il fut encore membre du Conseil supérieur de l’Aviation marchande et du Conseil de perfectionnement de l’École Supérieure des Mines de Paris.
Alexandre Verret décéda le 29 juillet 1963 à Mulhouse des suites d’un accident de voiture. Il venait d’avoir 60 ans. Il fut enterré dans son village natal. Après son décès ses collègues et amis rédigèrent une plaquette d’hommage. Ses collègues des Charbonnages, son successeur aux Houillères du Nord et du Pas-de-Calais et ami de la Résistance, Yvon Morandat, mais aussi Guy Mollet, Roger Deniau et Albert Gazier évoquèrent son caractère, ses colères légendaires, mais surtout ses qualités et l’amitié profonde qui les liait à un compagnon de combat de plus de vingt-cinq années. Albert Gazier, lui-même bourreau de travail et modèle de rigueur, évoqua par ailleurs sa puissance de travail – aidée par avec une capacité de dormir trois à quatre heures par nuit –, son goût des débats entre spécialistes, sa gêne lorsqu’il devait prendre la parole en public et sa fidélité en amitié.
Alexandre Verret avait été décoré de la Croix de guerre avec palmes (1939-1945), de la médaille de la Résistance avec rosette. Il fut fait Commandeur de la Légion d’honneur.
Il était le père du philosophe Michel Verret.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article180754, notice VERRET Alexandre par Gilles Morin, version mise en ligne le 16 mai 2016, dernière modification le 23 janvier 2018.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F7/15747, n° 13682 ; F/1a/3228 ; F/1cII/244, 285. – Arch. PPo, BA2/1965. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 27, 31, 35, 41 103, 111, 113. — Archives de l’OURS, fonds GM 138. — Journal officiel, 17 février 1956. — Correspondance économique, 30 juillet 193. — Alexandre Verret, 1902-1963, plaquette d’hommage des Charbonnages de France, 1965, 48 p.

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