Née le 2 mars 1932 à Périgueux (Dordogne) ; chanteuse, interprète ; militante communiste (1945-1968, 1971-…) ; syndicaliste du Syndicat français des artistes interprètes (SFA-CGT) ; figure majeure de la chanson française à texte dite « chanson Rive-gauche ».

Biographie nouvelle

Fille de Pierre Solleville et de Lidia Campolonghi, pianiste italienne née à Florence en 1907, Francesca Solleville – à qui l’état civil avait imposé un prénom francisé qu’elle n’utilisa jamais – était, par sa mère, la petite-fille de Luigi Campolonghi, socialiste, antifasciste italien, animateur de la Ligue des droits de l’Homme, et l’arrière-petite-fille de Carlo Cassola, l’un des compagnons de Garibaldi et acteur de l’unification italienne. Avant la Première Guerre mondiale, sa mère avait fréquenté en Italie les milieux anarchistes, puis avait adhéré au Parti socialiste. Les Campolonghi vinrent en France dans les années 1920, suite à la prise de pouvoir par Benito Mussolini.
Née en Dordogne, Francesca Solleville passa son enfance dans le XVIIe arrondissement de Paris. Jeune adolescente, il y vécut ses premières mobilisations, notamment en 1936 où elle prit part avec sa mère, place Clichy, à une manifestation contre le général Franco et en soutien aux républicains espagnols.
La guerre contraint la famille à suivre les routes de l’Exode et Francesca Solleville passa plusieurs années dans la région de Marmande (Lot-et-Garonne). En 1944, à la Libération, elle y prit sa carte du Parti communiste dans une école de la ville servant de siège provisoire au PCF local. Cette adhésion ne fut pas sans surprendre les habitants et les militants communistes eux-mêmes car Francesca Solleville était issue, par son père, d’une famille de notables conservateurs bien connue dans la région. Son grand-père paternel, avocat, affichait pendant la guerre des positions ouvertement collaborationnistes qu’il défendit notamment dans Gringoire. Selon le témoignage de Francesca Solleville, il avait dénoncé sa belle-fille Lidia, mère de Francesca, pour son action dans la Résistance.
Après son baccalauréat, Francesca Solleville suivit, en Sorbonne, une licence de Lettres. Dans le même temps, elle reçut une formation de chant classique dispensée par la cantatrice Marya Freund. Elle devint alors choriste à Radio-France, obtint des bourses pour aller chanter à Venise et Salzbourg, et fréquenta quelque temps des milieux extrêmement bourgeois dont elle conserva un souvenir aussi ému que lucide.
L’année 1959 marqua un tournant dans la carrière de Francesca Solleville. Sur invitation de Gérard Philipe, elle se produisit à la Mutualité, à l’occasion de la présentation par Louis Aragon de son livre La Semaine sainte. Elle y interpréta deux textes du poète, « Un homme passe sous la fenêtre » et « La rose du premier de l’an ». La salle lui fit un accueil extrêmement chaleureux, si bien qu’elle affirma par la suite qu’elle avait décidé, ce soir-là, de se consacrer à ce type de publics. À l’issue de la soirée, elle rencontra Léo Ferré, qui avait assisté au spectacle. Elle lui demanda de lui écrire une chanson ; après l’avoir invité à venir le voir chez lui le lendemain, il lui en confia dix. Francesca Solleville passa alors une audition à « La Colombe », où elle fut engagée. Elle chanta également, dans la même période, à « l’Écluse », avec Barbara, à « La Contrescarpe », où Aragon et Elsa Triolet vinrent l’écouter, ainsi qu’au « Port du Salut », où elle rencontra Pia Colombo, Maurice Fanon et Christine Sèvres.
Francesca Solleville s’était mariée le 15 juin 1959 à Paris (XIVe arr.) avec Louis André Loyseau de Grandmaison, peintre issu d’une famille extrêmement aisée qui le déshérita lorsqu’il épousa, par provocation, cette « chanteuse de cabaret ».
Elle habitait alors à Montmartre, où elle fit également la connaissance de Pierre Mac Orlan, qui lui écrivit quatre chansons. Deux ans plus tard, en 1961, elle lia connaissance avec Jean Ferrat, dont elle reprit la chanson « J’entends, j’entends » (texte d’Aragon qu’il avait mit en musique). La même année, elle partit pour sa première tournée à travers la Bretagne, en compagnie de Cora Vocaire.
En 1963, Francesca Solleville fit une apparition au cinéma, dans un film de Jacques Baratier, Dragées au poivre. L’année suivante, forte d’un répertoire qui comptait de nombreux textes de poètes (Guillaume Apollinaire, Paul Fort, Jean Genet, Louis Aragon) mis en musique par des artistes tels que Léo Ferré, Jean Ferrat, ou Hélène Martin, Francesca Solleville obtint le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros. En 1964, toujours, elle se rendit pour la première fois, avec Jean Ferrat, dans un village ardéchois, Antraigues-sur-Volane. Jean Ferrat y fit l’acquisition d’une maison trois ans plus tard et Francesca Solleville l’imita alors, achetant une « ruine » qu’elle fit aménager.
En 1968, avec « Camarade Vietnam » (texte de Jean-Max Brua), elle s’engagea contre l’intervention américaine en Orient. La même année, elle interpréta un autre texte de Jean-Max Brua qui fit longtemps date dans son répertoire, « 200 mètres (Mexico 1968) ». Après que les troupes soviétiques eurent écrasé, à l’été, le Printemps de Prague, Francesca Solleville ne renouvela pas son adhésion au Parti communiste, en guise de protestation. Elle reprit sa carte trois ans plus tard, en 1971, à la Fête de l’Humanité. Elle en était toujours adhérente en 2016. Avec Mouloudji et Armand Mestral, elle enregistra La Commune en chantant, album hommage au soulèvement parisien qui avait eu lieu un siècle plus tôt et dont on célébrait alors l’anniversaire.
L’année 1973 fut, dans l’engagement artistique de Francesca Solleville, un moment inoubliable et un souvenir heureux. En soutien aux mineurs, elle chanta à plusieurs reprises, notamment au fond d’une mine, « pour leur donner du courage ». L’activité militante de la chanteuse était alors intense, et elle organisa de nombreux piquets de grève, incitant les autres interprètes à l’imiter. Programmée à la radio dans l’émission de Jacques Chancel, elle se refusa à passer à l’antenne un jour de grève, et ne fut plus jamais invitée. En 1975, avec Claude Vinci et Marc Ogeret, Francesca Solleville s’engagea dans le Syndicat français des artistes-interprètes (SFA), affilié à la Confédération générale du travail (CGT) et qui avait été par le passé présidé par Gérard Philipe.
Vers 1980, elle se rendit, dans une semi-clandestinité, dans le Chili de Pinochet. N’ayant jamais voulu d’enfants, elle y adopta une fille, née en 1977. Un temps ivryenne, elle se lia d’amitié avec le maire communiste de la ville, Pierre Gosnat, puis emménagea à Malakoff où elle vivait toujours en 2016.
À l’été 1981, en vacances à Antraigues-sur-Volane, Francesca Solleville fit la connaissance d’Allain Leprest, qui lui portait depuis longtemps une forte admiration. Lorsqu’il lui proposa, quelques années plus tard, de lui composer une chanson, elle lui en demanda douze, qu’il lui écrivit en deux semaines, avec Gérard Pierron. En 1988, à l’occasion des préparatifs du bicentenaire de la Révolution française, elle sortit un album intitulé Musique, citoyennes !
Elle poursuivit, dans les années 1990 et 2000, son engagement dans la chanson, se produisant à de nombreuses reprises auprès de ses amis artistes, parmi lesquels Allain Leprest et Anne Sylvestre. En 2004, elle publia, en collaboration avec le journaliste Marc Legras, une autobiographie intitulée A piena voce. En 2009, elle fêta ses cinquante ans de carrière. Elle rendit de vibrants hommages à ses amis disparus les années suivantes : Jean Ferrat, dont elle interpréta « Ma France » ou Allain Leprest pour qui elle chanta un bouleversant « Chante encore Leprest ». Elle chanta pour la Ligue des droits de l’Homme et pour de nombreuses associations citoyennes. Le 30 novembre 2015, elle fit partie des signataires de l’Appel des 58, « Nous manifesterons pendant l’état d’urgence ».
Francesca Solleville avait une sœur, Marie-Claire (1927-1991), qui fit carrière dans le cinéma italien d’après-guerre comme scénariste puis qui exerça le métier de traductrice.

SOURCES : Sites internet. – Revues de presse. – Entretien avec Francesca Solleville, 13 mai 2016. – Notes de Claude Pennetier.

Julien Lucchini

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