BRULEY Édouard, Louis, Charles

Par Alain Dalançon

Né le 27 février 1891 à Paris (Xe arr.), mort le 17 mars 1978 à Clamart (Hauts-de-Seine) ; professeur agrégé d’histoire-géographie ; président de l’Union nationale des membres de l’enseignement public, président la Société des professeurs d’histoire et de géographie (1944-1957).

Fils de Charles, René Bruley, employé, et de Caroline Henneguy, sans profession, Édouard Bruley fut élève au collège Chaptal de la Ville de Paris. Bachelier en 1908, il réussit le concours d’entrée à l’École normale supérieure de garçons de Saint-Cloud en 1910. Licencié ès lettres en 1911, titulaire du certificat d’aptitude au professorat des écoles primaires supérieures et des écoles normales, puis du diplôme d’études supérieures en 1913, il fut reçu à l’agrégation d’histoire-géographie en 1914 (9e sur 31).

Mobilisé à l’arrière jusqu’en 1917, puis dans le service de santé auxiliaire de 1917 à 1919, il commença à enseigner en octobre 1919 au lycée de Cherbourg (Manche). Puis il exerça au lycée Pothier d’Orléans (Loiret) de 1920 à 1933, avant d’être nommé au petit lycée Condorcet à Paris, puis au grand lycée jusqu’à sa retraite en 1957.

Il épousa le 20 juillet 1920 à Pouru-Saint-Rémy (Ardennes), Anne, Marie, Josée Henry avec laquelle il eut quatre enfants.

Très chrétien, Édouard Bruley présidait en 1932 l’Union nationale des membres de l’enseignement public fondée en 1925, qui groupait alors 1 800 adhérents. Attaqué aussi bien par le Syndicat national des professeurs de lycée et de l’enseignement secondaire féminin (S3) que par la Section des professeurs des second et troisième degrés de la Fédération unitaire (CGTU), présentant l’Union comme un groupement confessionnel belliciste, il s’en défendait : « Nous ne sommes ni une association politique ni une association confessionnelle, nous ne sommes inféodés à aucun parti, nous comprenons des catholiques, des protestants, des israélites et des libres penseurs, nous sommes une association de braves gens qui croient encore à la famille, à la patrie, et aux valeurs morales. »

Le congrès de l’Union à Nantes aux vacances de Pâques 1934 (quelques semaines après le 6 février) eut droit à un long compte-rendu élogieux par Robert-Pimienta (Moïse), militant de droite « anti-moscoutaire », collaborateur du journal l’Ordre, exclu du S3 ; cet article sur ce « retentissant congrès » suscita l’inquiétude dans L’Université syndicaliste, organe de la Section des professeurs de la FU, dont Jean Bruhat était le secrétaire.

Au même moment, la désignation du candidat des agrégés d’histoire au Conseil supérieur de l’Instruction publique par la Société des professeurs d’histoire et géographie fut l’occasion d’une véritable « affaire ». Charles-André Jullien, professeur au lycée Janson-de-Sailly, arriva en tête (107 voix sur 244 exprimées) devant Albert Troux (105 voix) et Robert-Pimienta (32 voix). Mais ce professeur engagé à gauche, dont le livre Histoire de l’Afrique du Nord, défendu par Lucien Febvre, prenait à rebours l’histoire coloniale traditionnelle mise en exergue à l’Exposition coloniale de 1931, et dont la candidature était soutenue également par Jean Bruhat, fut battu au second tour par Troux grâce au retrait de la candidature de Robert-Pimienta et au soutien du bureau, toujours présidé par Georges Morizet, et de Bruley. Après l’accession à la présidence en 1936 de Henri Boucau, Édouard Bruley était membre du comité de la SPHG où il se trouvait encore en 1940.

À la Libération, grâce à sa personnalité acceptée aussi bien par ses collègues de droite que de gauche, et grâce son ancienneté dans la SPHG, il put être la cheville ouvrière de la reconstitution de la Société qui avait été supprimée par le gouvernement de Vichy. Il la présida à partir de décembre 1944 jusqu’à sa prise de retraite.

Édouard Bruley s’adressa en effet à la rentrée scolaire 1944 aux élèves du lycée Condorcet au nom de tous les professeurs groupés dans le Front national universitaire, « qui s’était donné pour but d’organiser la Résistance active à l’asservissement de la France », mais son nom ne figurait pas dans la liste des membres du FNU de son lycée avant le début de la libération de Paris. Son discours pour la remise des prix en juillet 1945 était fondé sur l’appel aux jeunes générations pour relever la France, comme elle avait su le faire après toutes les guerres (Guerre de Cent ans, Guerre de 1870-1871, Première Guerre mondiale) et se terminait par un hymne aux vers de Péguy qu’il avait cités à ses élèves aux jours sombres de l’Occupation : « Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre / Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés. »

Pourtant, dans son intense activité pour réorganiser l’enseignement de l’Histoire en France, sans jamais être membre du Conseil supérieur de l’Éducation nationale, il s’efforça d’en éliminer toute perspective nationaliste. Ainsi, dans la continuité du travail entrepris par Georges Morizet à la tête de la SPHG durant l’entre-deux guerres, avec son collègue allemand Georg Eckert, il proposa en 1951 une approche partagée de l’histoire européenne dans un manuel commun, mais sans succès. Il siégea dans la commission française de l’UNESCO et fut désigné comme expert au Conseil de l’Europe. Il participa à la plupart des réunions internationales et, avec divers enseignants d’autres pays, à la rédaction d’ouvrages, Une histoire de l’Europe ? (1960), L’enseignement de l’histoire et la révision des manuels d’histoire (1967).

Édouard Bruley s’attacha à fournir à ses collègues les matériels nécessaires à l’enseignement de leurs disciplines : il participa à la rédaction de plusieurs manuels scolaires, à l’édition de nombreuses cartes murales et, pionnier de l’audio-visuel, il produisit de 1954 à 1967 neuf films diffusés par le CNDP (Centre national de la Documentation pédagogique).

Quand il était professeur à Orléans, il fut également durant quelques années secrétaire de la SAHO (Société Archéologique et Historique de l’Orléanais). On peut, à l’aide de ses mémoires et de ses travaux, dont sa participation à Visages de l’Orléanais (1951), mieux comprendre ce qui l’attacha à une région « intermédiaire entre les deux moitiés de la France », intermédiaire qu’il s’était efforcé d’être également dans un autre registre, à la tête de la SPHG.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18064, notice BRULEY Édouard, Louis, Charles par Alain Dalançon, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 10 janvier 2016.

Par Alain Dalançon

ŒUVRE : Parmi les manuels : Seine-et-Oise, Albin Michel, 1928. — Géographie des pays de la Loire, Rieder, collection « La France », 1937. — (avec Crozet René), Visages de l’Orléanais, Horizons de France, 1951. — (avec de Grosdidier de Matons M. et Leiritz A.), Géographie physique, la vie à la surface du globe, Hatier, 1938 ; Le monde moins l’Europe (classe de 5e), Hatier, 1957. — (avec Bossuat A.) Histoire contemporaine après 1789 (Classe de 3° classique et moderne), Hatier, 1949.
Ouvrages de « sciences religieuses » : Le Bon-Pasteur d’Angers, Spes, 1931. — Architecture gothique, Bloud et Gay, 1932.
Parmi les productions audio-visuelles : Richelieu. — Le Roi-Soleil. — Le Fascisme en Italie, Paris, Société nouvelle Pathé Cinéma, 1956. — (avec Herbuveaux Georges), Vingt ans de problèmes économiques (1919-1939), Société nouvelle Pathé cinéma, 1959. — (avec Herbuveaux Georges, Dupâquier Jacques), Hitler et l’hitlérisme (2), Paris : Société nouvelle Pathé Cinéma, 1963. — Images de la grande guerre (1914-1918), CNDP, 1957.

SOURCES : Arch. Nat., F17/26844. — Article nécrologique dans Historiens et Géographes, de Jean-Marie d’Hoop, mai 1978. — Paul Gerbod, « Le syndicalisme universitaire (1929-1937) », Le Mouvement social, n° 73, 1970, p. 79-110. — Suzanne Citron, « Positivisme, corporatisme et pouvoir dans la Société des professeurs d’histoire-géographie », Revue française de science politique, 1977, vol. 27, n° 4, p. 691-716. — Kévin Dubos, La Société des Professeurs d’Histoire et de Géographie de l’enseignement public, de sa fondation à la veille de la Seconde Guerre mondiale (1910-1939), master 2, Paris I, 2015. — Edouard Bruley, conférence par Françoise Michaud-Fréjaville, SAHO, 14 décembre 2012. — Discours d’Édouard Bruley au lycée Condorcet en octobre 1944 et à la distribution des prix en juillet 1945 (site internet de l’APHG). — État civil de Paris. — Notes de Jacques Girault.

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