BRUGIÉ Jean

Par Isabelle Sommier

Né le 23 février 1926 à Strasbourg (Bas-Rhin), mort dans la nuit du 17 au 18 juin 2009 ; officier de carrière dans l’armée française ; résistant ; militant communiste puis de la gauche pacifiste et alternative ; maire adjoint d’Arcueil (Val-de-Marne).

Jean Brugié
Jean Brugié
Cliché fourni par la mairie d’Arcueil

Fils d’un officier d’active (ancien séminariste) et d’une institutrice, tous deux originaires des milieux ruraux de l’Aveyron, Jean Brugié rejoignit, en 1943, un maquis de l’Aveyron, à la ferme Monteillet, maquis de Durenque. Son groupe devint l’Oma, organisation militaires armée affiliée à l’ORA. À la Libération, il s’engage au 1er bataillon FFI de l’Aveyron. De fin août 1944 à mai 1945, il se bat contre l’Allemagne comme caporal-chef de la brigade légère du Languedoc (BLL) qui sera transformée en régiment d’infanterie, le 80e RI.

Sergent, il entra, sur concours, en 1947, à l’École d’élèves officiers de Saint-Cyr-Coëtquidan (Seine-et-Oise, Yvelines). Marqué par le rôle de l’Armée rouge dans la victoire et de celui du PCF dans la Résistance, sympathisant communiste, il fit la connaissance d’un lieutenant communiste, en 1949, dans le corps où il était affecté, à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines). Il fut communiste publiquement pendant un an, puis clandestinement. Dès 1949, l’aspirant, puis lieutenant, puis capitaine Brugié fut surveillé de près par la sécurité militaire, tandis que la guerre froide exacerbait les tensions dans l’armée.

Il fut marqué par le travail militant avec Henri Rol-Tanguy. Combattant en Indochine à partir de janvier 1951 et jusqu’en août 1953, puis basé à Bizerte (Tunisie) en août 1954, il revint en France en 1957, fut envoyé en Allemagne en 1958, puis en Algérie en janvier 1959 suivre le stage de guerre contre-révolutionnaire du CIPCG d’Arzew. Il fut affecté dans différents régiments jusqu’en novembre 1961.

Non sans hésitation, il crut au travail dans l’armée de métier, même colonialiste. Jean Brugié faisait passer régulièrement de précieuses informations au PCF. Cependant, sur le terrain, les marges furent très étroites. Il fit prendre position à son unité pour la légalité républicaine en mai 1958 et lors du putsch de 1961.

Affecté au 11e BCA à Barcelonnette, il retrouva Anouilh, un ancien FTP, ancien prisonnier d’Indochine. Enmars 1964, il arriva au 76e BI, comme chargé de l’instruction des officiers de réserve, avec le capitaine Gavelle, ancien résistant. Avec d’autres (sous l’impulsion de Rol Tanguy) du DCI (dépôt central des isolés) de Rueil Malmaison (Seine, Hauts-de-Seine), il participa à partir de l’été à des études et réflexions sur l’armée. Le général Buis, compagnon de la Libération, lui conseilla de profiter de la loi de dégagement des cadres en préparation pour quitter l’armée. Jean Brugié démissionna de l’armée le 1er octobre 1966, à quarante ans et après vingt-deux ans de service. Une nomination dans les réserves et l’honorariat lui furent refusés.

Revenu à la vie civile en 1966, désormais membre au grand jour du PCF, adjoint à la culture de la municipalité communiste d’Arcueil (Seine, Val-de-Marne), il participa à plusieurs commissions du comité central comme spécialiste reconnu des questions de défense nationale, négocia ce point du programme commun aux côtés de Jean Kanapa*.

Attaché d’administration à la jeunesse et aux sports, responsable du service des colonies de vacances pour la région parisienne puis directeur adjoint du service des relations avec les mouvements de jeunesse et les associations d’éducation populaire. Rencontre avec Marcel Trigon qui lui demande de venir habiter Arcueil et de se présenter aux municipales sur sa liste. Maire adjoint d’Arcueil chargé de la culture, de la jeunesse, des sports et des loisirs. Ce qui lui vaut d’être mis au placard à la direction de la jeunesse et des sports. Il donne sa démission en 1970.

Il suivit ensuite, en 1970, la session régionale de l’Institut des hautes études militaires sous le commandement du général Buis. Il n’a toutefois pas accès aux dossiers secret-confidentiel ni ne peut participer aux visites de Taverny et l’Ile Longue où se trouvent les installations nucléaires.

Il rompit lorsqu’il apprit par la presse, en mai 1977, l’acceptation de la force de frappe nucléaire par le PCF, sans qu’il ait participé au moindre débat. Cela lui vaudra l’exclusion, dans les conditions classiques du rituel bureaucratique.

Directeur de Formation-démocratie, organisme de formation d’acteurs culturels pour les municipalités, les comités d’entreprise et des associations, il lui fut reproché de trop recruter des personnes en difficulté avec le parti. Il fut licencié pour raisons économiques en 1975. Considérant que c’était pour raisons politiques, il attaqua aux Prud’hommes et gagna en 1980.

Jean Brugié travailla ensuite, de 1981 à 1987, avec Jean Elleinstein* pour le Forum International de Politique et la revue Cosmopolitiques, puis milita dans les comités Juquin.

En 1992, il participa à la création du Helsinki Citizen Assembly, à Prague (assemblée européenne des citoyens).

Militant au Centre international des cultures populaires, il s’y occupa particulièrement de la formation des élus de collectivités territoriales et du réseau Alerte contre le FN.

Jean Brugié se reconnut dans la gauche alternative.

Marié, il eut une fille en 1962.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18049, notice BRUGIÉ Jean par Isabelle Sommier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 11 août 2015.

Par Isabelle Sommier

Jean Brugié
Jean Brugié
Cliché fourni par la mairie d’Arcueil

SOURCES : Isabelle Sommier, Jean Brugié, Officier et communiste dans les guerres coloniales, Flammarion, 2005. — De la Résistance aux guerres coloniales : des officiers républicains témoignent, Marc Chervel et autres, L’Harmattan, 2001.

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