BRUDER Raymond

Par Claude Cuenot

Né le 8 janvier 1913 à Constance (Allemagne), mort le 26 septembre 1973 à Montbéliard (Doubs) ; ouvrier métallurgiste puis employé à Montbéliard (Doubs) ; syndicaliste CGT et communiste ; secrétaire de l’Union locale CGT de Montbéliard, membre du bureau fédéral de la fédération communiste du Doubs.

Raymond Bruder était le fils d’Alfred Bruder, graveur sur bois puis métallurgiste et de Mathilde Bay. Ses parents, originaires de Mulhouse, vécurent quelques années en Allemagne. Son père fut secrétaire d’une section socialiste à Constance avant 1914. Au début des années 1920, il était permanent syndical à Mulhouse et fut quelque temps secrétaire d’Auguste Vicky*, maire de cette ville à partir de 1925. Buveur, Alfred Bruder quitta ces fonctions et s’installa avec sa famille à Arbouans (Doubs) près de Montbéliard, probablement en 1926. Un des enfants, René Bruder, 1908-1937, fut un kominternien, agent de l’OMS.

Titulaire du certificat d’études primaires, Raymond Bruder commença à travailler à l’âge de treize ans, aux côtés de son père et de son frère aîné, comme fraiseur à l’usine métallurgique SMA de ce village comptant alors 150 ouvriers. Son frère René (né à Mulhouse en 1908) militait au Parti communiste et fut délégué au 7e congrès en 1932 et fit à Moscou une « école de radio. » pour travailler à l’OMS de 1933 à son décès en URSS en 1937. Les trois ouvriers de la famille Bruder furent licenciés en décembre 1927 sous prétexte de ralentissement du travail et de grève. Ils travaillèrent ensuite dans une usine mécanique d’une trentaine d’ouvriers dans le village voisin d’Etupes (Doubs), où le patron manifestait une certaine bienveillance envers les militants. Raymond Bruder fit un cours passage chez Peugeot à Sochaux avant d’être licencié, parce que son frère René militait au parti communiste. Entre 1926 et 1938, Raymond Bruder travailla ainsi dans huit entreprises de mécanique des environs de Montbéliard.

Au début de l’année 1936, Raymond Bruder était secrétaire du syndicat unitaire des métaux de Vieux-Charmont (Doubs) où il était outilleur. La CGTU ne comptait alors que deux minuscules syndicats dans la métallurgie du Pays de Montbéliard et sur le plan départemental, le rapport de force entre tendances au moment de la réunification était de un à six en faveur des confédérés. La croissance de la CGT fut très nette dans le Nord du département avec 16 000 adhérents en 1937 répartis dans 16 syndicats des métaux, dont plus de 8 000 pour celui de Sochaux (usine Peugeot). Participant aux diverses grèves de l’été 1936 avec Gaston Genin*, Raymond Bruder se révéla rapidement un militant syndical de premier plan.

L’influence du Parti communiste se développa aussi dans le Doubs, passant de 60 adhérents au début de l’année 1936 à 1 500 en 1937, majoritairement dans le pays de Montbéliard. Mais les cadres manquaient grandement autour du secrétaire régional Marius Jacquemard*, comme en témoigne l’itinéraire de Raymond Bruder. Adhérent en mars 1936, il devint sans délai secrétaire de la cellule d’Etupes, membre du bureau de la section de Montbéliard et du bureau régional (attaché aux questions économiques), ceci sans avoir vraiment lu d’ouvrages marxistes. Il fut aussi délégué à la conférence nationale de juillet 1936 puis au congrès d’Arles en 1937. Les faiblesses organisationnelles étaient d’autant plus graves que les secrétaires de cellules et de sections, apparus le plus souvent durant l’été 1936, se retrouvaient une ou deux années plus tard à la tête de syndicats importants voire d’Unions locales. En effet, la poussée syndicale se traduisit par la mise en minorité des ex-confédérés du syndicat de Sochaux, puis de l’Union locale de Montbéliard en mars 1938 : Raymond Bruder, à vingt-cinq ans, remplaça Robert Loueilh, employé socialiste, comme secrétaire permanent de cette Union. En revanche, en mai suivant, lors du congrès de l’Union départementale, les ex-confédérés, conduits par le secrétaire général Adrien Jeannin*, écartèrent tous les militants ex-unitaires (dont Raymond Bruder, Léon Nicod et Gaston Genin : voir ces noms) de la commission administrative de l’Union départementale.

Mobilisé puis prisonnier de guerre, Raymond Bruder s’évada puis vécu à Lyon, retrouvant là-bas d’autres militants montbéliardais. Il fit l’objet d’un mandat d’arrêt du juge d’instruction de Montbéliard le 23 avril 1942, pour action illégale. À la Libération, il tarda ensuite à revenir à Montbéliard, ce qui déplut à certains militants accaparés par les tâches de l’heure.

À son retour en juillet 1945, Raymond Bruder réorganisa d’abord l’Union locale retrouvant son poste de secrétaire semi-permanent. Mais il contribua surtout à la mise en place de la caisse primaire de sécurité sociale de Montbéliard qu’il présida, et il participa au conseil d’administration de la caisse régionale Bourgogne-Franche-Comté. Le Doubs était fortement représenté dans cette instance puisqu’il comptait à lui seul 5 membres sur les 14 désignés par la CGT. L’établissement de ces caisses fut difficile : il fallut d’abord trouver de nouveaux locaux et de nouveaux employés puisque ceux des anciennes assurances sociales, contrôlées par la société Peugeot, étaient invités par ses cadres à s’écarter de la nouvelle institution.

À partir de mai 1946, Raymond Bruder devint au sein de l’Union départementale secrétaire semi-permanent pour le nord du département, mais les ex-unitaires demeuraient malgré tout minoritaires à la direction de la CGT du Doubs. Il occupa donc un poste de permanent syndical à part entière avec l’Union locale. Dans ce cadre, il s’opposait régulièrement au trotskiste Émile Mouhot*.

Sur le plan politique, Raymond Bruder fut aussi candidat du Parti communiste aux élections législatives en 1946, avec Léon Nicod*, Mathilde Filloz* et Robert Charles*. Il siégea au comité fédéral de 1945 à 1948.

Ne supportant pas d’avoir été personnellement mis en cause pour son action à la présidence de la caisse primaire de sécurité sociale où il licencia un autre communiste secrétaire du syndicat, Raymond Bruder démissionna en février 1949 de toutes ses responsabilités tant syndicales que politiques. Certains témoins s’interrogent aussi sur des désaccords politiques liés au tournant d’octobre 1947. En 1939, il écrivait déjà : « alors que j’étais sympathisant, je détestais le sectarisme de certains, qui n’admettaient que les révolutionnaires à 100 % ». Il était certainement moins actif depuis la scission syndicale et il apparaît très peu lors de la grève des usines Peugeot en septembre-octobre 1948. Il reste difficile de saisir la portée d’éventuelles divergences, peut-être doublées de rivalités entre personnes.
L’ancien permanent syndical travailla ensuite comme employé à l’usine SMA d’Arbouans, sans se mêler à la vie du syndicat très actif dans les années 1950 autour de Serge Paganelli*. Bien que Raymond Bruder ait joué un rôle important pour le mouvement ouvrier dans la région de Montbéliard, la coupure fut dès lors définitive avec la CGT et le PCF. Son départ, qui suivait ceux d’Émile Cattin et surtout de Gaston Genin, marqua la fin d’une génération de syndicalistes communistes formés lors de la période 1936-1938.

Raymond Bruder se maria en premières noces avec Juliette Prost-Dumont, divorcée, fille d’ouvriers socialistes de Saint-Claude (Jura), avec laquelle il eut une fille. Ouvrière d’usine, son épouse militait au parti communiste et à la CGT. Raymond Bruder épousa en secondes noces Marie Joséphine Apel. Contactée à plusieurs reprises, cette dernière refusa de témoigner sur la vie de son mari.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18046, notice BRUDER Raymond par Claude Cuenot, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 3 août 2017.

Par Claude Cuenot

SOURCES : RGASPI 495 270 3441, autobiographie du 12 mai 1938 (classée A2), 495 270 5939, autobiographie du 1er janvier 1939 (classée A1). — Arch. Nat. F7/14 798, CAC/94 434, art. 650, 54 420. — Arch. Dép. Doubs, 95 J (fonds CGT), commission administrative et bureau de l’Union départementale. — Témoignages de Robert Charles, Georges Gauchet, Serge Paganelli, Oreste Pintucci et Robert Roth. — État civil de la mairie de Montbéliard. — Claude Cuenot La CGT dans le Doubs : l’Union départementale de 1944 à 1950, mémoire de maîtrise, Besançon, 1990. — Claude Cuenot, Ouvriers et mouvement ouvrier dans le Doubs de la fin de la première guerre mondiale au début des années 1950, thèse histoire, Dijon, 2000.

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