WOSIKOWSKI Irène

Par Michèle Bitton

Née en février 1910 à Dantzig (Allemagne), guillotinée après condamnation le 27 octobre 1944 à Berlin ; militante communiste en Allemagne jusqu’en 1934, en Russie et en Tchécoslovaquie avant d’être envoyée en France en 1938 ; résistante en France, à Marseille, dans le cadre du « Travail allemand » organisation de propagande anti-nazie auprès des soldats allemands.

Fille d’ouvriers, Irène Wosikowski adhéra très jeune à l’Association des jeunes communistes puis au Parti Communiste Allemand (KDP). Elle était sténo-dactylographe de formation et travailla de 1928 à 1932 comme secrétaire à la représentation soviétique à Hambourg puis à Berlin. En 1933, sous le nom d’Helga Rühler, elle fut envoyée à Moscou à l’école Léniniste, l’école internationale des cadres du Komintern. C’est l’année de la montée au pouvoir d’Hitler, de la dissolution du KDP et de l’arrestation de milliers de ses militants. Sa mère Alice Wosikowski (1886-1949) militante communiste en Allemagne, y fut arrêtée dès 1933 et internée durant toute la guerre. Irène Wosikowski ne revint en Allemagne que pour y mourir.
Après la Russie et un séjour en République Tchèque, elle fut envoyée en 1938 par son parti en France, à Paris, où elle travaille pour le journal Deutschen Volks-Zeitung qui fut interdit en 1939.
À la déclaration de la guerre, à l’instar de tous les Allemands résidant en France, elle fut internée comme ressortissante de pays étranger ennemi. Elle séjourna au camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques) où étaient rassemblées de nombreuses femmes allemandes. Elle sortie de Gurs en juin 1940 après l’armistice franco-allemand.
Elle alla d’abord à Toulouse où se trouvait le siège du KDP clandestin avant d’être envoyée à Marseille poursuivre son travail politique avec d’autres communistes allemands. Mais elle fut arrêté à la gare Saint-Charles dès son arrivée à Marseille et incarcérée à la prison des Baumettes sous sa véritable identité jusqu’en 1941. À sa libération de prison, elle resta clandestinement à Marseille sous de fausses identités françaises, Paulette Monier et plus souvent Marie-Louise Durand et travailla notamment à l’Unitarian Social Committee (organisation d’aide aux réfugiés européens créée en 1930 aux États-Unis par les protestants unitariens) dirigé par Noël Field Haviland. Après l’occupation allemande de la zone Sud en novembre 1942, elle fut affectée au Travail Allemand dont les missions particulièrement dangereuses de prise de contact avec des soldats pour sonder leur éventuelle capacité à diffuser des tracts et des journaux anti-nazis au sein de leurs unités étaient le plus souvent confiées à des femmes. Avant Irène Wosikowski, Mindla Djament fut une des premières victimes de la mise en place du Travail Allemand ; arrêtée en juillet 1942 sur la ligne de démarcation à Chalon-sur-Saône alors qu’elle transportait des tracts, elle fut transférée en Allemagne et exécutée à Breslau le 3 juillet 1944.
À Marseille, Irène Wosikowski fut en contact avec un marin allemand, Herman Frischalowski, qui se déclara prêt à diffuser des tracts anti-nazis. Ayant été autorisée par sa hiérarchie à lui en remettre, elle se munit aussi de plusieurs exemplaires du journal Soldat am Mittlemeer (Soldat en Méditerranée) publié en France en direction des soldats allemands d’occupation et se rendit au rendez-vous qu’il lui avait fixé le 26 juillet 1943 près du zoo de Marseille. Le marin l’avait en fait trahie et elle fut arrêtée par les forces allemandes de police et de sécurité (Sipo-SD).
Après de longues séances d’interrogatoires et de tortures au siège du SD à Marseille, rue Paradis, durant lesquelles elle ne livra aucun nom, elle fut transférée en région parisienne à la prison de Fresnes puis en Allemagne à la prison de Hambourg-Fuhsbüthe le 30 octobre 1943. Mise en accusation pour haute-trahison, atteinte au moral de l’armée et agissements en faveur de l’ennemi, elle fut condamnée à mort par le Tribunal populaire, Volksgerichtshof, de Berlin le 13 septembre 1944 et guillotinée le 27 octobre suivant à la prison de Berlin-Plötzensee.
Le 13 janvier 1948, sa mère Alice Wokisowski porta plainte devant le tribunal de Hambourg contre le matelot Herman Frischalowski, plainte qui ne fut pas reçue par les tribunaux allemands au motif que ce soldat avait fait son devoir contre les forces de démoralistaion de l’armée. Sa mort prématurée en 1949 ne lui laissa pas le temps de faire appel contre ce refus de juger l’homme qui avait livré Irène Wokisowski aux forces allemandes à Marseille.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article180204, notice WOSIKOWSKI Irène par Michèle Bitton, version mise en ligne le 30 avril 2016, dernière modification le 9 février 2019.

Par Michèle Bitton

SOURCES : Florimond Bonte, Les Antifacistes allemands dans la Résistance, Paris, les Éditions sociales, 1969, particulièrement pages 303-306, le paragraphe « Louise, Thea, Helga » consacré à trois femmes engagées dans le Travail Allemand en France, Louise Kraushaar que Florimond Bonte rencontra à Berlin où elle travaillait alors à la Section d’Histoire du Marxisme-Léninisme, Thea Saefkow et Helga, un des prénoms de résistante d’Irène Wokisowski.. — Grégoire Georges-Picot, L’innocence et la ruse. Des étrangers dans la Résistance en Provence 1940-1944, Paris, éd. Tirésias, 2000, particulièrement pages 127-130, les témoignages de Louise Kraushaar (Berlin, 1957) et Fritz Fugmann (Berlin, 1973).. — Mechtild Gilzmer, Christine Levisse-Touzé, Stefan Martens (sous la dir. de), Les femmes dans la Résistance en France (actes de colloque), Paris, Tallandier, 2003, particulièrement pages 240 et sq. — Claude Collin, Le « Travail allemand », une organisation de résistance au sein de la Wehrmacht : Articles et témoignages, Paris : Les Indes savantes, 2013, 143 p., p. 29.

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