BROSSARD Pierre, Marie, Joseph, Élie. Pseudonyme dans la Résistance « Philibert »

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

Né le 10 avril 1913 à Orléans (Loiret), mort en déportation le 3 mai 1945 à Lubeck (Allemagne) ; ajusteur-outilleur, balancier selon son acte de décès ; domicilié à Fontenay-sous-Bois ; militant et résistant communiste ; responsable des cadres dans la région parisienne sud, puis nationalement dans la clandestinité.

Pierre Brossard.
Pierre Brossard.

Domicilié à Fontenay-sous-Bois (Seine, Val-de-Marne), Pierre Brossard était titulaire du certificat d’études primaires. Il adhéra au Parti communiste en 1937. Il n’eut aucune responsabilité importante avant la guerre ni au début de l’occupation. Mobilisé en 1939 à Fontainebleau (Seine-et-Marne), il fut affecté spécial comme chef d’équipe chez Bréguet à Villacoublay (Yvelines).

De mars à décembre 1941, son action clandestine se déroula sur le plan syndical ; il était alors employé comme ajusteur outilleur dans une usine d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) avant de passer dans la clandestinité en juin 1941. Il accepta un travail de propagande pour le Parti communiste et devint responsable des cadres de la section de Juvisy (Essonne) pendant trois mois avant d’accéder à la responsabilité des cadres de la région parisienne sud jusqu’en décembre 1942. Depuis le début des années trente, le contrôle des cadres avait pris une place importante dans le système communiste ; la guerre en modifiait le fonctionnement tout en renforçant son importance. La direction des cadres avait subi de sérieux revers et une crise majeure en raison de la mise à l’écart de Maurice Tréand, d’Edmond Foeglin et de l’arrestation puis la mort d’Arthur Dallidet. Il fallut faire appel à des hommes nouveaux.

Même si les sources varient lorsqu’elles abordent les responsabilités exactes de Pierre Brossard, les causes et la date de son arrestation, il semble bien qu’il ait été adjoint de Robert Dubois, alias Breton puis son successeur comme responsable national des cadres à partir d’octobre 1942. Le rapport de filature rédigé à l’attention du commissaire David après son arrestation signalait qu’il était membre de la direction du Parti. Dans la demande de carte de Combattant volontaire de la Résistance (CVR) qu’elle rédige en mai 1958, son épouse affirme qu’il avait des responsabilités au sein du Front national en particulier qu’il était responsable aux cadres et qu’il avait mis en place l’appareil de direction de ce mouvement. Selon elle, il aurait été arrêté « le 1er mars à la suite de l’arrestation de Vion dit Charlemagne son adjoint chez qui on avait trouvé des documents ».

Pierre Brossard fut arrêté vraisemblablement le 1er mars 1943 (une autre source donne le 28 février) à son domicile 36, rue Dalayrac où il rentrait presque tous les soirs, sans prendre de précautions selon la police. Cette arrestation est consécutive à celle, la veille, de deux de ses agents de liaison, Lucie Gratadoux, vingt-quatre ans, institutrice publique en disponibilité domiciliée à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine), et Julia Romain, trente-huit ans, couturière domiciliée à Vincennes (Seine, Val-de-Marne).

La police aurait saisi à l’occasion de son arrestation trois ou quatre cents biographies de militants communistes avec, semble-t-il, le code permettant de les déchiffrer. Dans les jours qui suivirent furent arrêtés son adjoint, Gilbert Delhaye, domicilié à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine), Léon Isaac Kammeney, fourreur, « adjoint du responsable technique national chargé des traitements des fonctionnaires communistes » et Roger Payen, artiste peintre domicilié à Vanves (Seine, Hauts-de-Seine), responsable technique national. Toujours selon la même source policière, les documents saisis auraient permis l’arrestation de quarante responsables nationaux, régionaux ou interrégionaux, de deux avocats, et la découverte de deux dépôts d’armes.

À la suite de cette affaire, un groupe de trois militants (Jean Chaumeil, Venise Gosnat et Henri Gourdeaux) fut chargé de réorganiser l’affectation des cadres.

Pierre Brossard fut déporté au camp de Neuengamme, en partant de Royallieu, le 21 mai 1944. Il mourut en baie de Lübeck le 3 mai 1945. Le bruit courut qu’il aurait péri dans un bateau au cours d’un bombardement dans le port de Hambourg. Homologué sous lieutenant FFI à titre posthume à partir du 28 février 1943, il est déclaré comme n’ayant appartenu à aucun mouvement ou réseau de la France combattante et classé dans la catégorie « Isolé ».

Son épouse, Denise, Alphonsine, Renée Lansoy, fut déportée à Ravensbruck puis à Oranienburg-Sachsenhausen. Elle revint des camps et mourut le 12 octobre 1996.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18011, notice BROSSARD Pierre, Marie, Joseph, Élie. Pseudonyme dans la Résistance « Philibert » par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 11 novembre 2017.

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

Pierre Brossard.
Pierre Brossard.

SOURCES : Arch. Paris, 1466 W 6 et 7, BS1 37, BS2 (affaire Quillient) — Simone et Auguste Gillot, Un couple dans la Résistance, op. cit. — Jacques Duclos, Mémoire, op. cit., t. 3, p. 40-42 et 243. — La Résistance, chronique illustrée, 1930-1950, Paris, 1972-1976, t. 5, p. 186. — Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, 1980, p. 358. — Roland Gaucher, Histoire secrète du Parti communiste français, 1974, p. 401. — Mémorial des déportés français à Sachsenhausen, édité par l’Amicale des anciens déportés d’Oranienburg-Sachsenhausen, sd. — État civil de Fontenay-sous-Bois. — Renseignements fournis par Fabrice Bourrée, Emmanuel Debono et Martine Garcin.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 144 cliché du 1er mars 1943.

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