BARAN Piotr dit Pierre

Par Daniel Grason

Né le 1er juin 1900 à Wysoka (Pologne), mort le 12 novembre 1945 à Dora (Allemagne) ; tréfileur ; syndicaliste CGT ; militant de la Fédération des Émigrés Polonais ; militant communiste ; déporté politique.

Fils de Jacob et de Sophie, née Fiolek, Piotr Baran vint en France en 1923 porteur d’un passeport polonais délivré le 28 juin 1923 à Katowice. Il épousa le 13 octobre 1928 Anne Piech, une compatriote, en mairie d’Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis), le couple habitait dans la ville au 22 rue des Sablons. De 1928 à 1934, puis de nouveau à partir de 1937 il exerça la profession de tréfileur aux usines Mouton 204, rue du Président Wilson à Aubervilliers. Entre 1934 et 1937 il connut une période de chômage pendant laquelle il travailla par période dans une usine d’Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis).
La Fédération des Émigrés Polonais avait été créée en 1932 par la CGTU, la CGT réunifiée poursuivit la même orientation, le siège national de la Fédération des Émigrés Polonais était 211 rue La Fayette à Paris (Xe arr.) avec les organisations confédérées, un siège était dans bassin minier du Nord, Pas-de-Calais, enfin il y avait des antennes locales dans certaines villes. Piotr Baran adhéra également à Toworsystwa Université Robotnika (TUR). En 1935, il était le responsable du Secours Rouge International (SRI) d’Aubervilliers.
Le Front populaire suscita beaucoup d’espoirs chez les ouvriers et bien au-delà, Piotr Baran adhéra à la Fédération des Émigrés Polonais qui avait un siège dans la ville au 13 rue Pasteur, il en devint le secrétaire de la quinzaine d’adhérents. La Fédération faisait connaître la culture polonaise dans l’immigration, organisait des rencontres de football avec des équipes composées de jeunes enfants et adolescents.
En 1938 la famille Baran changea de domicile et s’installa 1 rue Bisson. Patriote polonais, il s’engagea en 1939 dès la déclaration de guerre, il fut mobilisé en avril 1940 dans un régiment polonais en formation, et démobilisé en juin.
Le triangle de direction des communistes polonais était composé de Joseph Spiro. Boleslaw Maslankiewicz dit Bolek et François Sobocki Ce dernier fut interpellé par la police allemande, la police judiciaire française eut l’autorisation de l’interroger. Sur le procès-verbal d’une vingtaine de pages dactylographiées de son interrogatoire des 9 et 10 décembre 1941, il cita Piotr Baran, précisa « que j’ai connu comme secrétaire de la Fédération des Émigrés Polonais », il affirma qu’il avait participé à une réunion en 1941 à Saint-Denis avec des communistes polonais.
Piotr Baran fut interpellé le 1er février 1942 par des policiers, son arrestation créa la surprise dans le quartier. Une pétition sur papier timbré circula, le texte dactylographié fut signée par trente-quatre hommes et femmes qui déclaraient, il : « ne s’est jamais mêlé de politique […] il n’a jamais essayé de faire de propagande pour le parti communiste. […] C’est un homme qui a toujours travaillé comme tréfileur. […] M. Baran et sa famille jouissent à notre connaissance de la meilleure moralité. Les poursuites actuelles contre Baran pour propagande communiste ne peuvent certainement avoir été que le résultat d’une erreur ou d’une dénonciation calomnieuse ».
Interrogé le 5 février 1942 par le commissaire de la 1ère Brigade régionale mobile, Piotr Baran nia toute appartenance à une organisation communiste : « À aucun moment je n’ai adhéré au parti communiste du temps de sa légalité, j’allais de temps en temps aux réunions de ce parti et j’achetais le journal l’Humanité. Je lisais également les journaux polonais Narodowiec, Wiarus Polski et Dziennik Ludowny (Le Quotidien du Peuple) ». Il déclara avoir rencontré François Sobocki dans des réunions de la CGT en 1938 et 1939, mais qu’il ne l’avait pas vu depuis mai 1939.
Il affirma qu’il ne connaissait ni Maslankiewicz ni Spiro ni Kotas ni Koslakowki ni Hermann. « Sobocki ment lorsqu’il dit dans sa déposition que je suis le responsable de la banlieue nord pour le Parti communiste polonais en France ». Des papiers furent saisis par les policiers, certains calaient des photographies familiales dans des cadres, Piotr Baran fit remarquer qu’il y avait aussi un prospectus de la Maison André. Un ticket de la TCRP sur lequel était écrit « Sobocki » sans autre indication laissa un doute.
Le 16 février 1942 il comparut devant un juge d’instruction, Piotr Baran réfuta à nouveau l’accusation d’activité communiste clandestine. Il déclara : « Je proteste énergiquement contre les dénonciations du nommé Sobocki […] Je ne m’explique pas pourquoi cet individu m’a mis en cause et m’a accusé de faire partie, comme responsable de la banlieue Nord de l’organisation communiste clandestine Polonaise ». Il réfuta dans les mêmes termes les preuves saisies par les policiers.
Le nom de Stanislas G… de Nogent-sur-Oise figurait sur l’un des papiers saisis, le 9 mars 1942 les policiers l’auditionnèrent. Père de quatre enfants, il travaillait en qualité de cordonnier à la Kommandantur de Creil (Oise). Sur photographie, il reconnut Baran, témoigna ainsi, il : « était membre directeur de la CGT (section polonaise), à ce titre il est venu plusieurs fois à Creil pour assister à des bals qui étaient organisés par la CGT.
Lorsqu’il était ici, souvent il abordait la question politique, mais le lui est toujours fait sentir qu’il ne devait pas en faire ici. Il déclarait que les communistes faisaient ceci ou cela ; il était lui-même communiste.
Jamais je n’ai appartenu au Parti communiste. Je n’ai pas eu de rendez-vous avec Pierre Baran depuis avant la guerre de 1939, et je ne l’ai jamais revu ».
Entendu le 16 avril 1942 par le Juge d’Instruction, Piotr Baran confirma qu’il n’avait pas rencontré Stanislas G… depuis l’avant-guerre. Quatre jours plus tard, il demanda sa mise en liberté provisoire. Le Juge répondit que son maintien en détention était nécessaire à la manifestation de la vérité. Le 5 octobre 1942 la Section spéciale de la cour d’Appel de Paris condamna Piotr Baran à six ans de travaux forcés. Il réintégra la prison.
Le 12 mai 1944, il était dans le convoi de 2073 détenus qui arriva le 14 mai à Buchenwald (Allemagne). Après avoir été immatriculé, Piotr Baran a été transféré au camp de Dora où il travailla à des travaux de terrassement. Matricule 51787, il mourut le 12 janvier 1945.
Par arrêté du 4 mai 1987, le Secrétariat d’État aux Anciens combattants attribua à Piotr Baran la mention « Mort en déportation » qui fut mentionnée sur son acte de décès. Le Bureau résistance l’homologua au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article180053, notice BARAN Piotr dit Pierre par Daniel Grason, version mise en ligne le 25 avril 2016, dernière modification le 26 avril 2016.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z/4/63/B (dossier 431). – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Bureau résistance : GR 16 P 30933. – JO du 27 juin 1987.

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