TRUGNAN Roger [né TRUGMANN Roger, d’après l’acte de naissance]

Par Claude Willard

Né le 18 avril 1923 à Paris (XIIe arr.) ; dessinateur projeteur ; déporté-résistant ; membre du bureau fédéral de l’UJRF de la Seine ; membre du comité fédéral du PCF de Paris (1961-1972) ; collaborateur de la Polex (de 1970 aux années 2000).

Le père de Roger Trugman, David-Ghers Trugmann, d’origine juive moldave, venu en France en 1910 suite aux pogroms en Bessarabie, était ébéniste dans le faubourg Saint-Antoine ; sa mère, Haïca née Cerman, était couturière. Ils eurent deux enfants : Roger et Germaine. Ils avaient tous deux adhéré en 1928 au PCF et, le 31 octobre 1932, emmené leur fils au meeting de la salle Bullier où discouraient Thälmann, Cachin et Thorez ; ce fut son baptême politique. Il participa au pionniers du XIe arr. et avec Paulette Szlifke-Sarcey, il vendit, foulard rouge au cou, Mon camarade le journal illustré du mouvement. Dans les années 1930, ce furent leurs premières vacances à La Couarde-sur-Mer dans l’Île de Ré, colonie organisée par le Secours Rouge, « les Vacances Populaires Enfantines ». En 1937-1938, ils séjournèrent dans une colonie qui s’ouvrait à Berck Plage, organisée par les Amis de la MOI. Dès 1934, Roger Trugnan vécut, l’arrivée de réfugiés fuyant le régime nazi. Sa famille en hébergea.

Roger Trugman fit ses études primaires à l’école de la rue des Taillandiers, puis rue Keller dans le XIe arr. ; après son brevet BEPC, en 1939, il fut embauché au central téléphonique de Paris, transféré en juin 1940 à La Réole (Gironde).
En août 1940, à l’incitation d’Albert Youdine*, aidé par Marcel Rayman et Maurice Lubezanski, Roger Trugman organisa dans le XIe arr. les premiers groupes de trois (les “ triangles ») de la JC, qui commencèrent , 15 février 1940 à Paris à coller sur les murs des papillons communistes. Un des trois dirigeants de la MOI, Louis Grojnowski (en contact régulier avec Jacques Duclos), le sollicita pour améliorer style et orthographe des tracts, articles et brochures de la MOI, notamment d’une brochure, commandée par la direction du PCF, parue en novembre 1941 : L’Antisémitisme, le racisme, la question juive.
En juillet 1942, Roger Trugman partit voir ses parents réfugiés en zone libre ; il passa quelques semaines avec eux à Lyon. Il ne les reverra plus : père, mère, sœur, déportés, furent massacrés au début 1944.
Roger Trugman ne put renouer les liens avec la Résistance qu’en février 1943, par l’intermédiaire d’Henri Krasucki. Mais, le 23 mars 1943, une trentaine de JC MOI (dont Trugman et Krasucki) furent arrêtés, torturés, puis déportés le 23 juin 1943 à Auschwitz-Birkenau. une sélection désigna un certain nombre de déportés pour le sous-camp de Jawischowitz. Roger Trugnan, Henri Krasucki et Samuel Radzinski en firent partie et furent versés dans un commando pour travailler dans une mine de Charbon. À l’approche des armées soviétiques, après une longue “ marche de la mort ”, les déportés furent transférés à Buchenwald. Ce fut à ce moment qu’il modifia son nom, de Trugman en Trugnan (nom qu’il fit légaliser en 1959), afin d’être plus sûrement dirigé sur le block 31, block de Français non-juifs.
Dans les deux camps, il participa activement à la Résistance clandestine, notamment aux groupes armés qui libérèrent Buchenwald.
Rentré à Paris le 29 avril 1944, après quelques mois de repos, Roger Trugnan suivit une formation professionnelle accélérée et devint dessinateur industriel. Militant communiste du XIe arr. de Paris, membre du comité puis du bureau fédéral de la Seine de l’UJRF, il dirigea plusieurs écoles fédérales ; de 1948 à 1953, il siégea au comité national, organisant les activités culturelles de la délégation française au festival mondial de la jeunesses à Budapest (1949) et participa, en 1951, à une délégation de la jeunesse française en Allemagne de l’Ouest.
Embauché en 1949 au bureau d’études de la SNECMA-Kellermann, Roger Trugnan fut élu délégué syndical et membre du bureau de section XIIIe arr.-SNECMA. Licencié, en septembre 1951, à l’issue d’une grève très dure, il fut embauché d’abord à la SIPA de Suresnes, puis de 1952 à 1960, à l’usine Stein et Roubaix (XVIe arr.) ; secrétaire du comité d’entreprise, il fut, de 1953 à 1956, premier secrétaire de la section communiste XVIe-Auteuil.
Permanent en 1960, Roger Trugnan fut élu au comité fédéral de Paris (7 mai 1961-3 décembre 1972) ; il fut, jusqu’en 1964, responsable de la commission fédérale idéologique, dirigeant les écoles fédérales ; chargé par ailleurs des contacts avec le bureau de l’Amicale des communistes de la police, il participa à la rédaction du fameux tract du 31 octobre 1961, qui, sous le titre : “ Un groupe de policiers républicains ”, dénonçait les massacres d’Algériens opérés par la police parisienne, sous la houlette du préfet Maurice Papon, le 17 octobre. De 1964 à 1970, Roger Trugnan assuma la responsabilité du travail parmi les intellectuels. En 1973, il fut candidat aux élections législatives dans le XIe arr.
Depuis 1970, Roger Trugnan collaborait à la Polex (commission de politique extérieure du Parti communiste) aux côtés de Jean Kanapa, Jacques Denis puis Francis Wurtz : comme coordinateur (1970-1974), puis comme responsable pour l’Europe occidentale (1974-1983), pour l’Afrique (1983-1986), de nouveau pour l’Europe occidentale (1986-1993) ; retraité bénévole depuis 1993, il se consacra uniquement à l’Allemagne. Il s’engagea dans un important travail de mémoire. Il fut aussi à l’origine de la création de l’association parisienne des amis du Musée de la Résistance nationale de Champigny.
Roger Trugnan s’était marié, le 17 mai 1947, avec Annette Kirman, ancienne résistante. Le couple eut un fils, Germain (né en octobre 1951) et quatre petits-enfants.
Il était croix de guerre avec palme et commandeur de la Légion d’honneur par décret du 5 juillet 1999
Roger Trugnan mourut le 15 février 2016 à Paris. Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste Français, rendit hommage à Roger Trugnan au cours de ses obsèques le 22 février 2016. La mairie de Paris valida un vœu du conseil municipal du XIe arrondissement souhaitant faire apposer une plaque en hommage à la famille Trugnan sur l’immeuble où elle habitait, au 144 (devenu le 160) avenue Ledru Rollin.

.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article179605, notice TRUGNAN Roger [né TRUGMANN Roger, d'après l'acte de naissance] par Claude Willard, version mise en ligne le 25 mars 2016, dernière modification le 21 décembre 2018.

Par Claude Willard

ŒUVRE : Outre de nombreux articles dans les Cahiers du communisme, France nouvelle, Révolution, l’Humanité, R. Trugnan participa à l’ouvrage de Louis Grojnowski : Pologne d’hier et d’aujourd’hui, Paris, Éditions sociales, 1946.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Jean Chatain, Pitchipoï via Drancy, Paris, Messidor, 1991. — David Diamant, Les juifs dans la Résistance française, 1940-1944, Paris, le Pavillon, 1971. — David Diamant, Jeune communiste, Paris, L’Harmattan, 1990. — Louis Grojnowski, Le Dernier grand soir, Le Seuil, 1980. — Christian Langeois, Mineurs de charbon à Auschwitz, 2014, Cherche midi. — L’Humanité-dimanche, 17 février 1994, 30 octobre 1997 et 17 février 2016. — Entretien en 1997. — Notes de Robert Endewelt. — Hommage de Pierre Laurent et de Francis Wurtz le 22 février 2016. — La petite place rouge (ou les inaugurations de la Place Henri Krasucki), documentaire réalisé par Tangui Perron (2012, 30 mn).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément