MBEMBA Jean-Martin

Par Françoise Blum

Né le 13 août 1942 à Brazzaville ; avocat ; ministre ; député ; président de la commission des droits de l’homme ; membre de l’Association des Scolaires du Congo (ASCO) ; président de la FEANF ; membre fondateur de l’Union pour le progrès (UP).

Jean-Martin Mbemba est né le 13 août 1942, à Brazzaville. Son père est propriétaire terrien au sud de Brazzaville (Mfoa) et tailleur dans le quartier de Poto-Poto où il a son domicile. Il meurt quand Jean-Martin n’a que sept ans et celui-ci est alors élevé par sa mère et la soeur aînée de celle-ci, Céline Rosalie Nsélé -elles aussi propriétaires terriennes au nord de Brazzaville ; elles sont membres de la lignée royale de la monarchie téké de Mbé. L’oncle maternel de Jean-Martin Mbemba, Kiélé Tenard a été le représentant du Roi Makoko auprès de André Grenard Matsoua au sein de l’Association "Amicale des originaires de l’AEF" fondée à Paris en 1936 ; déporté au Tchad par les autorités coloniales dans le cadre de la répression des dirigeants de l’Association matsouaniste, il y trouve la mort en 1942. L’ancienne localité "Gare Simon" porte depuis son nom. Jean-Martin a quatre sœurs et un frère de deux lits différents. Il va à l’école publique de Poto-Poto jusqu’au CE2, puis, à l’école catholique, dans le quartier de Ouenzé jusqu’au CM2.

Après son certificat d’études, il fait ses études secondaires au lycée technique de Brazzaville, où il subit des brimades (en particulier notation dégradée), suite à la contestation menée pour protester contre le fait que le lycée n’ait pas de classes de terminale. Le lycée technique en effet s’arrête à la première et ses élèves fournissent alors les cadres moyens des compagnies françaises au Congo. Mais Jean-Martin Mbemba fréquente l’Association scolaire du Congo (ASCO), créée sous l’impulsion de l’association des étudiants congolais en France (AEC), section de la FEANF. Ceux qui dominent alors l’association sont des élèves du lycée Savorgnan de Brazza, comme son premier président, Kimbouala-Nkaya, qui se préparent à poursuivre leurs études en France. Ces brimades que Jean-Martin Mbemba subit avec un de ses camarades suscitent une grève tant au lycée technique qu’à Savorgnan de Brazza.

Jean-Martin Mbemba se renseigne auprès des lycées techniques de France et s’inscrit à Nancy. Il paie lui-même son voyage (il se souvient qu’en quatrième classe c’était alors 40 000 francs CFA). ll arrive donc en France en 1964, redouble sa première au lycée technique de Nancy - ce qui lui a laissé le temps de s’inscrire parallèlement aux cours du soir de Capacité en droit à la Faculté de droit et des sciences économique. Puis il y fait sa terminale au lycée en vue de la préparation du brevet supérieur d’études commerciales (équivalent du bac) en même temps qu’il obtient son diplôme de
Capacité en droit, mention très bien, proclamé meilleur étudiant de sa promotion. Au sortir du lycée, il poursuit ses études à la faculté de droit de Nancy – il y a Jack Lang comme maître de travaux dirigés – jusqu’à la licence qu’il obtient en 1968, après une « formidable » année où il fait du stop avec ses camarades pour aller manifester à Paris. Parallèlement à la licence, il prépare le CAPA (Certificat d’aptitude à la profession d’avocat) à l’Institut d’études judiciaires. Il l’obtient en novembre 1968.
Il est alors sollicité pour prendre la présidence de l’AEC, qu’il garde pour deux mandats et va donc à Paris pour ce faire. C’est lui qui organise en 1969 un congrès extraordinaire qui prend nettement position contre Marien Ngouabi, alors président du Congo, dont le congrès conteste la légitimité. Il est parallèlement inscrit à l’Institut du barreau et à l’université Paris1. Il obtient, malgré de lourdes activités militantes, un DES de sciences politiques en 1970. Il a fait des stages chez Raymond Fardin, chez le fils de l’ancien ministre des colonies Marius Moutet , chez le bâtonnier Brunois. Après son DES, il tente de prendre un peu de recul pour achever une thèse consacrée aux Institutions politiques du Congo, mais on l’appelle de nouveau, en 1971 , cette fois au Comité exécutif de la FEANF dont il devient ainsi président. Comme tout bon militant de ces années-là, il a fait le voyage en Chine, deux fois, en pleine révolution culturelle. Il a donc vu, avec ses camarades, les défilés de gardes rouges devant Mao sur la place Tien An Men.

Jean-Martin Mbemba quitte la présidence de la FEANF en décembre 1971 et exerce son métier d’avocat dans le cabinet du bâtonnier Brunois. Il s’est marié, également en 1971, avec une camarade congolaise étudiante en biologie. Le mariage a lieu à Levallois-Perret, où il habite alors. Tout au long de la suite de son existence il va plaider dans de grands procès, en Afrique, – celui d’Abdoulaye Wade à Dakar, de Nicolas Tiangaye à Bangui et ceux de Jean-Pierre Thystère Tchicaya, Ndalla Graille, du colonel David Moutsaka à Brazzaville – mais aussi en France à celui de Klaus Barbie, pour lequel il a été sollicité, entre autre, par Jacques Vergès.

A son retour à Brazzaville, Jean-Martin Mbemba s’associe à un avocat français qui exerce au Congo et crée alors avec d’autres avocats de la sous-région (Zaïre, Tchad, Cameroun, RCA, Gabon), en 1988, l’Union des avocats d’Afrique centrale (UNAAC), dont il est élu secrétaire général dès la création. Il est également membre d’un parti clandestin (car c’est alors le règne du PCT, Parti congolais du travail, et parti unique) où l’on retrouve d’autres anciens de la FEANF, Mathias Dzon , Elo Dacy, André Ganfina , Omer Defoundoux, Joseph Milandou). Lors de la conférence nationale, en 1991, il est élu président de la commission de rédaction du règlement intérieur. Le règlement intérieur stipule la souveraineté de la conférence, ce qui signifie de facto la fin du régime en place. Après la conférence et l’élection d’André Milongo comme Premier ministre et chef du gouvernement, Jean-Martin Mbemba est nommé ministre de la justice dans un gouvernement dont quatre des membres sont des anciens de Nancy : André Milongo, Édouard Ebouka-Babackas, ministre des finances et Alexi Gabou, ministre de l’intérieur. Jean-Martin Mbemba a créé dans la foulée de la conférence le parti Union pour le progrès (UP). Puis, élu député, il démissionne du gouvernement. En tant que député, il est de ceux qui votent la motion de censure contre le gouvernement de Bongo Nouara. Le Président Pascal Lissouba dissout alors l’assemblée. Jean-Martin Mbemba va présider la commission d’organisation des élections pour le compte de l’opposition, en janvier 1993. Toujours en 1993, il est réélu député. Après la fin du mandat de Pascal Lissouba et l’élection de Denis Sassou-Nguesso à la Présidence de la République, Jean-Martin Mbemba est nommé ministre du travail puis ministre de la justice, et enfin ministre d’État de la fonction publique, et ce, jusqu’à octobre 2009. Mais il se brouille avec Denis Sassou-Nguesso avec qui il a de nombreux différends et se retrouve bientôt en but à la vindicte du régime. On tente de lui mettre des accusations sur le dos, alors même qu’il a été élu Président de la Commission des Droits de l’homme. Il part se faire soigner à Paris et y reste jusqu’en mars 2016 puis retourne au Congo.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article179587, notice MBEMBA Jean-Martin par Françoise Blum, version mise en ligne le 24 mars 2016, dernière modification le 24 mai 2016.

Par Françoise Blum

Bibliographie : L’autre mémoire du crime contre l’humanité, Paris, Présence africaine, 2000 ; L ’autre mémoire Codes d’audience-Recueil de codes et textes
usuels en République du Congo
, Editions Giraf , Paris, ACCT, 2001.

SOURCES : Entretien avec Jean-Martin Mbemba, novembre 2015 ; Organisation internationale de la francophonie, De Dakar à Dakar, Bruxelles, Ed. Bruylant, 2015 , p. 412 et 422 ; https://en.wikipedia.org/wiki/Jean-Martin_Mbemba

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