Née le 18 octobre 1935 à Brazzaville ; enseignante ; écrivaine ; militante FEANF. ; députée à l’Assemblée nationale révolutionnaire (ANR) ; directrice générale de l’enseignement ; adjointe au maire de Pointe-Noire ; ministre de la culture ; secrétaire générale du parti pour l’alternance démocratique (PAD).

Aimée Mambou Gnali est née le 18 octobre 1935 à Brazzaville. Elle est par son père, Mapako Hervé Gnali, d’une grande famille Vili, et ses ancêtres paternels sont parmi les fondateurs du royaume du Loango. Son père a fait des études à Libreville puis au Sénégal, à l’école William Ponty. Il est embauché comme comptable à la SIA (Société industrielle et agricole du Niari) et s’installe avec sa famille à Brazzaville. C’est durant ce séjour brazzavillois qu’Aimée Mambou Gnali est née. Elle y a très peu vécu car son père a été rapidement muté à N’Kayi (troisième ville du pays). Elle fait ses deux premières années d’école à Pointe-Noire, où elle loge chez un oncle maternel. A partir du cours élémentaire, elle est mise en pension chez les sœurs de Saint-Joseph de Cluny, à Brazzaville, dans l’établissement qui fut un temps réservé aux petites métisses, le pensionnat Monseigneur Augouard (actuellement Javouhey). Sur les conseils de son oncle Jean-Félix Tchicaya, député du Gabon et du Moyen-Congo, elle est, dès 1947, envoyée en France, pour étudier au lycée Jeanne d’Arc à Orléans. Ses parents, qui payent intégralement les études de leurs enfants, y envoient avec elle une de ses sœurs, puis, un an plus tard, un de ses frères.
Aimée Mambou reste en France jusqu’à la classe de seconde où elle est renvoyée du lycée, à cause de son tempérament rebelle. Ce renvoi s’effectue de façon, d’ailleurs, assez irrégulière, car elle n’a pas été convoquée en conseil de discipline. C’était une décision de la chef d’établissement et il est possible qu’elle ait été victime du racisme car la directrice cherchait également noise aux deux métisses vietnamiennes de l’établissement. Aimée Mambou garde, cependant, de bons souvenirs de ce séjour à Orléans où elle est traitée comme une reine par ses camarades de classe et invitée partout.
Elle rentre donc au Congo en mars 1952 et continue une seconde au lycée Savorgnan de Brazza. Elle sera ainsi la première bachelière sur le territoire de l’AEF.
Après ce succès, elle repart en France où elle fait d’abord les classes préparatoires au lycée Fénelon puis des études de lettres modernes en Sorbonne. Elle retrouve Lazare Matsocota, qu’elle a connu à Savorgnan de Brazza et à qui elle dédiera un livre-hommage : Beto na Beto : le poids de la tribu. Lazare Matsocota, outre la consoler de sa rupture avec Aidara, le père de sa fille, il l’initie au marxisme et la convainc d’entrer à la FEANF, où elle occupe, au Comité Exécutif de 1960, le poste de vice-présidente aux Affaires culturelles. Assez rétive aux théories marxistes qui l’ennuient, Aimée Mambou possède un caractère bien trempé qui lui a permis d’être une des rares femmes au Comité exécutif de la FEANF.
Elle rentre au Congo en septembre 1963, après avoir obtenu le CAPES, un mois seulement après la révolution des « Trois Glorieuses ». Elle était, en effet, en voyage en Chine, de juillet à septembre avec une délégation de la FEANF. Un voyage dont elle garde un excellent souvenir, persuadée qu’il y avait une vraie solidarité de la part des Chinois et un sentiment d’égalité et de respect vis-à-vis des peuples africains. On leur a montré, par exemple, au cours de ce voyage, non seulement les réussites, mais aussi les difficultés du régime communiste.
Une fois rentrée au Congo, elle enseigne, d’abord, au lycée Victor Augagneur de Pointe-Noire. Mais elle est aussi élue à l’Assemblée nationale Révolutionnaire en décembre 1963 où elle restera jusqu’à sa dissolution en 1968 (malgré l’envoi d’une lettre de démission dont on ne lui accuse jamais réception). Pour ne pas porter préjudice à ses élèves et pour assister aux sessions de l’Assemblée, elle demande un poste à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Brazzaville. Mais l’ENS, ouverte en 1965, est sous le parrainage de l’UNESCO et pour y enseigner, il faut connaître autre chose que le système éducatif français. Ainsi, Aimée Mambou Gnali repart à l’étranger pour étudier mais cette fois-ci aux Etats-Unis où elle suit des cours successivement à l’Université Lawrence du Kansas puis à celle de Saint-Louis (Missouri) et enfin à Columbia. C’est aussi à New-York qu’elle s’initie au Swahili. Elle va d’ailleurs passer trois mois dans la Tanzanie de Julius Nyerere pour mettre en pratique ses nouvelles connaissances. Après son séjour aux Etats-Unis, elle reste trois mois en France où elle conforte sa connaissance des méthodes d’enseignement du français comme langue étrangère.
Elle rentre au Congo en 1967, et elle est nommée directrice générale de l’enseignement en 1968-1969, succédant à Henri Lopes. Elle enseigne à l’ENS jusqu’en 1971, année à partir de laquelle elle obtient un poste à l’UNESCO, d’abord à Paris où elle est chargée des questions d’éducation pour le Cameroun, le Tchad , la République centrafricaine, le Maroc et la Somalie, puis des questions féminines au Burkina-Faso. Après sept ans dans la capitale française, l’UNESCO la conduit à Dakar où elle reste treize ans.
Elle démissionne en août 1978 et rentre au Congo.
En 1992, elle est élue conseillère municipale à Pointe-Noire. A partir de 1995, elle est première adjointe au maire chargée de l’urbanisme.
En 1997, à la fin de la première guerre du Congo, Denis Sassou-Nguesso la nomme ministre de la Culture. Cela la passionne mais elle se sent impuissante du fait du peu de moyens mis à sa disposition. Elle envoie à Sassou une lettre de démission dès la deuxième année, alors que les bruits de guerre au Congo mettent en échec ses tentatives pour organiser le Fespam (festival panafricain de musique) à Brazzaville, ce dont Sassou l’avait pourtant chargé. Elle est finalement convaincue de rester. Elle démissionne vraiment, en 2002.
Elle se retrouve donc dans l’opposition. Elle est, en 2007, cofondatrice du Parti pour l’alternance démocratique (PAD) et en est secrétaire générale. Elle écrit de nombreux articles polémiques, mais reprend aussi la plume pour écrire, bien des années après Beto na Beto, un roman, L’Or des femmes, publié également chez Gallimard. Quand elle était ministre, elle a fondé une école qui rencontre un succès certain. Elle a également présidé une association de femmes qui ne survit pas aux antagonismes de guerre.
Intellectuelle congolaise de talent, enseignante, femme politique et fonctionnaire internationale, Aimée Mambou Gnali est aussi une femme libre qui, bien qu’elle ait eu de nombreuses aventures dont celle qu’elle a relatée avec Lazare Matsocota, elle ne s’est jamais mariée, résistant aux pressions sociales. Elle est, à tous égards, une personnalité exceptionnelle, à l’itinéraire tout aussi exceptionnel.

OEUVRES : Beto na Beto : le poids de la tribu Paris, Gallimard, 2001 ; L’Or des femmes, Paris, Gallimard, 2016.

SOURCE : Entretien avec Aimée Mambou Gnali, Pointe-Noire, février 2016

Françoise Blum

Version imprimable de cet article Version imprimable