Né le 15 juin 1941 à Nice (Alpes-Maritimes), mort le 14 mars 2017 à Nice ; professeur d’université ; militant du SNESUP ; militant de la JEC puis du PCF ; 
philosophe « marxien-gramscien ».

André Tosel en 1989
André Tosel en 2013.
Fils d’un employé à la compagnie du Gaz, aux idées d’« extrême droite sociale », André Tosel reçut une éducation catholique. Il effectua sa scolarité secondaire au lycée du Parc Impérial à Nice. Après deux années en classe préparationnaire au lycée Masséna à Nice et une année en Khâgne au lycée Louis le Grand à Paris, il fut reçu au concours de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1961.
Pendant toute sa scolarité, et notamment en classe préparationnaire, il fréquenta les groupes de jeunes catholiques et adhéra à la Jeunesse étudiante chrétienne. Engagé depuis son entrée à l’Union nationale des étudiants de France où la JEC jouait un rôle important, il participa aux luttes pour la paix en Algérie. Aussi, à l’ENS, membre des groupes « tala », devint-il membre du bureau national de la JEC en 1962. Inscrit pour préparer une licence de Philosophie et un diplôme d’études supérieures sur Spinoza, il suivit l’enseignement de Louis Althusser avec de nombreux normaliens qui furent influencés par ses réflexions sur la nature première du marxisme, sur le rôle de la recherche théorique. Ces enseignements les rapprochèrent du mouvement politique de l’Union des Jeunesses communistes marxistes-léninistes auquel il n’adhéra pas. Il conserva de ces années l’objectif essentiel de vouloir trouver par la recherche théorique les conditions d’élaboration d’une stratégie politique.
André Tosel se maria en janvier 1964 à Nice avec une native de Nice, élève-professeur, fille d’un secrétaire administratif et d’une employée des postes (téléphoniste). Reçu à l’agrégation en 1965, il fut nommé au lycée de jeunes filles de Nice à partir d’octobre 1966 tandis que son épouse, certifiée d’histoire-géographie, enseignait dans un collège de la ville. Ils eurent deux enfants.
André Tosel, maintenant éloigné des milieux catholiques, adhéra au Syndicat national des enseignements de second degré dans lequel il fut proche de la tendance « École émancipée ».
Militant d’un groupe « pro-chinois », il participa aux actions du comité Vietnam et aux essais de créer une association France-Chine. A partir de 1967, recruté à la Faculté des Lettres de Nice, il vécut, avec les étudiants « gauchistes », les mouvements de mai-juin 1968 dans l’enseignement supérieur. Avec la fin de la révolution culturelle, il s’éloigna des divers groupes influencés par le maoïsme tout en refusant le modèle soviétique et la tentative du parti français de promouvoir une démocratie avancée.
Assistant, puis maître de conférences au département de Philosophie de l’Université de Nice, militant du SNESUP (1967-2003), secrétaire de la section syndicale de Nice-Lettres de 1970 à 1980, il fut élu au Comité national des universités (collège B) de 1971 à 1975. De 1981 à 1988, il devint le vice-président de l’université. Il put alors constater et critiquer les pratiques des socialistes dans les institutions.
Ces années correspondirent à une collaboration à des approches synthétiques dans des ouvrages généraux, ainsi sa participation au tome 3 de la Pléiade sur l’histoire de la Philosophie (1974), son approfondissement des analyses de Gramsci (ouvrage éponyme aux Éditions sociales) ou plus tard les nombreux articles écrits dans le Dictionnaire critique du marxisme (sous la direction de Georges Labica, PUF, 1982). Ces synthèses renforcèrent pour lui, comme l’avait analysé Gramsci, le primat de la recherche théorique dans l’élaboration d’une stratégie politique fondée, entre autres, sur la notion d’hégémonie culturelle et la critique de l’économisme comme alternative au modèle révolutionnaire défini par Lénine puis par Mao-Tse-Toung. Dans la même période, se développait aussi parmi les intellectuels communistes la découverte de ces analyses marxistes tandis que Tosel développait aussi en publiant aux éditions Maspero en 1979, Marx et sa critique de la politique. Des rapprochements avec les collaborateurs de La Nouvelle Critique s’accompagnèrent d’actions diverses sur le plan local par exemple dans la Fédération des conseils de parents d’élèves, lors des discussions autour de l’élaboration du programme commun de la gauche ou sur le plan syndical avec le renforcement de l’influence du courant « Action syndicale » dans le SNESUP. Dans les milieux de la recherche marxiste, il joua un rôle actif dans les réflexions théoriques et collabora à la rédaction d’un Cahier du Centre d’études et de recherches marxistes en 1977, La nouvelle idéologie française : la philosophie française contemporaine depuis 1960, entre les sciences humaines et l’anarchie.
Refusant les approches de la gauche non-communiste, en dépit des critiques qu’il ne manquait pas de dissimuler, André Tosel adhéra au Parti communiste français en octobre 1973 dans lequel il lui semblait possible de travailler à une réforme faite de radicalité et d’ouverture. Secrétaire de la cellule de l’ancienne Faculté des lettres et sciences humaines de Nice de 1975 à 1977, il fut membre du comité de la fédération communiste des Alpes-Maritimes et du bureau fédéral de 1977 à 1986, responsable des questions universitaires. Depuis la fin des années 1970, il s’interrogeait sur les orientations du PCF oscillant entre une ouverture vers la démocratie et un repli défensif, conduisant à une impossibilité de définir une stratégie de transformations révolutionnaires. Il participait intensément aux activités de l’Université nouvelle et s’opposa à sa suppression à Nice en 1975. Devant le discrédit du communisme dans le monde, accentué par les erreurs politiques de la direction française et ses réponses qu’il jugeait “désastreuses“, « je pris progressivement mes distances », estimant que « tout était à refaire et à repenser ». Acceptant les propositions des rénovateurs, il participa à un cercle de réflexions, le « Cercle Contradictions ». En octobre 1988, il quitta le PCF et soutint la candidature à la Présidence de la République Pierre Juquin qui proposait une voie nouvelle. Plus tard, il définissait ainsi son itinéraire : « j’appartiens à la génération des jeunes hommes de cette période […] qui eut alors vivre tout à la fois les espoirs que fit naître la grande révolte étudiante et ouvrière de 1968 et la croyance acquise peu à peu que la stratégie communiste de passage démocratique au socialisme, mise laborieusement au point depuis les années soixante, pouvait permettre de poursuivre cette percée en lui donnant une traduction politique institutionnelle effective. Cette génération eut à éprouver brutalement, en un temps accéléré, l’affirmation et l’échec de cette stratégie. »
André Tosel soutint sa thèse de doctorat d’État en 1981 sur "Religion, politique, philosophie chez Spinoza " à l’Université de Paris I sous la direction d’Yvon Belaval. En 1988, il obtint le poste de professeur à l’Université de Besançon, région où le PCF avait éclaté, la majorité des militants, dont les universitaires, tentaient de construire un communisme démocratique et rénové, qui très vite perdit de son attractivité pour un marxiste tel que Tosel. Aussi se consacra-t-il avant tout à ses tâches universitaires, au laboratoire sur les logiques de l’action et à des associations culturelles. Nommé professeur à l’Université de Paris I-Sorbonne en 1995, il dirigea le Centre d’histoire des systèmes de la Pensée moderne, et livra plusieurs publications à Spinoza. Obtenant un poste de professeur de philosophie à l’Université de Nice-Sophia Antipolis en 1998, où il termina sa carrière en 2003, il y dirigea le Centre de recherches d’histoire des idées.
Pendant cette période, son activité de chercheur connut un nouvel élan. Spécialiste de Gramsci et du marxisme, collaborateur d’Actuel Marx, André Tosel s’imposait aussi par une lecture de Spinoza et de Kant. Il favorisa dans son approche les contacts avec l’Italie avec les spécialistes, comme lui, de la philosophie politique et de la rationalité moderne. La recherche de liens entre le combat des idées et la stratégie politique devenait le motif dominant de ses recherches.
Retraité, habitant Nice, André Tosel militait dans des organisations de culture populaire, comme les Amis de la Liberté ou le cercle Condorcet, sans délaisser l’intervention sur un certain nombre de questions sur la vie politique et ses rapports avec les réflexions théoriques. Intéressé par l’évolution du PCF, il soutenait sa stratégie du Front de Gauche et publiait souvent une partie de ses réflexions sur les aliénations résultant de la mondialisation. Il condamnait l’évolution de la gauche et des socialistes vers le libéralisme dans des articles de l’Humanité ou de La Pensée. Il réadhéra au PCF en 2013 « par fidélité à un engagement de toute une vie, mais sans illusion aucune, pour me situer dans une ville particulièrement xénophobe et sécuritaire, moralement et politiquement odieuse ».
Dans un dossier de l’Humanité pour les 90 ans du PCF, à la fin de 2010, il croisa son point de vue avec Lucien Sève. Dans le Dictionnaire historique et biographique du communisme dans les Alpes-Maritimes, dans un long article, il donnait un sens à son itinéraire. Membre des « Amis de l’Humanité », lors d’une assemblée générale, en 2010, il prononça une conférence sous le titre « Mettre un terme à la guerre infinie du monde fini. La guerre au carré ». Dans l’Humanité du 24 juillet 2015, lors d’un long entretien avec le journaliste Philippe Jérôme, André Tosel définissait ses propositions pour ancrer « dans l’idée d’un “monde commun“ toute pensée de transformation révolutionnaire ». A nouveau dans une tribune de l’Humanité du 18 juillet 2016, il livrait son analyse de l’attentat de la soirée du 14 juillet à Nice et proposait une ligne de conduite « Dans l’horreur, raison garder et exercer ». Il donnait son point de vue sur la « situation politique actuelle pour mieux sortir de cette spirale meurtrière », conséquence d’une « histoire dépourvue de dignité éthique et politique ».


ŒUVRES : Le fichier de la BNF comprenait en 2016, 43 références dont de nombreuses directions de colloques, de collaboration à des ouvrages, des traductions, des préfaces. Parmi la douzaine d’ouvrages à seule signature, citons Spinoza ou le crépuscule de la servitude : Essai sur le Traité théologico-politique, Aubier, 1984. — Praxis. Vers une refondation en philosophie marxiste, Éditions sociales, 1984. — Études sur Marx (et Engels) : Vers un communiste de la finitude, Kimé, 1991. — Démocratie et libéralisme, Kimé, 1995. — Un monde en abîme. Essai sur la mondialisation capitaliste, Kimé, 2008. — Du retour du religieux. Scénarios de la mondialisation culturelle I, Kimé, 2011. — Cultures, civilisations, conflits. Scénarios de la mondialisation culturelle II, Kimé, 2011. — Etudier Gramsci, Kimé 2016.

SOURCES : Dictionnaire historique et biographique du communisme dans les Alpes-Maritimes (XXe siècle), Les Amis de la Liberté, 2011, p. 214-223 (long témoignage autobiographique). — Presse. — Sites Internet, dont plusieurs extraits de conférences. — Renseignements fournis par l’intéressé.

Jacques Girault

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