TIRATAY Roger, Eugène, Jules, Gérard

Par Gérard Boëldieu

Né le 11 mai 1934 à Chantenay-Villedieu (Sarthe) ; instituteur puis PEGC dans la Sarthe ; membre du Syndicat national des instituteurs ; franc-maçon ; membre de la Libre-Pensée et de la Ligue des droits de l’homme ; adhérent, successivement, de divers partis politiques de gauche ; engagé dans des mouvements culturels et humanitaires.

TIRATAY Roger en 1962
TIRATAY Roger en 1962

Roger Tiratay et sa sœur cadette devinrent orphelins de père en 1937. Ce dernier, né en 1909, incarnait la quatrième génération, se succédant de père en fils, des Tiratay patrons-boulangers à Chantenay-Villedieu, leur commune natale. Leur mère, née Juliette Alinant, fille d’un patron-boulanger installé depuis 1919 à Noyen-sur-Sarthe, commune proche de Chantenay-Villedieu, avait 27 ans à la mort de son mari.

De l’âge de quatre ans à six ans, Roger Tiratay fréquenta l’école maternelle privée catholique de Noyen-sur-Sarthe. Après avoir passé les deux premières années de sa scolarité primaire à l’école annexée au collège Saint-Michel à Loué, il rejoignit, à l’âge de huit ans, l’école publique de garçons de Noyen-sur-Sarthe. Après la visite d’un prédicateur à leur domicile, sa mère aurait accepté de le voir se diriger vers la prêtrise, mais sa grand-mère, toute aussi pieuse jugea qu’il était bien jeune pour prendre une telle voie. À douze ans, encouragé par son directeur d’école, Roger Tiratay passa avec succès le concours des bourses. Titulaire de 5/6e de bourse, il entra en 1946, élève interne, en sixième au lycée de garçons du Mans, dans la section classique. Son séjour au lycée, marqué par une bifurcation vers la section moderne, en rapport avec son goût marqué pour des langues vivantes, particulièrement de l’allemand, par le redoublement des classes de troisième et de philosophie, s’acheva en 1955. Le baccalauréat obtenu, renonçant à son projet de poursuivre des études supérieures d’allemand à l’université de Sarrebruck, Tiratay sollicita un poste d’instituteur-remplaçant dans la circonscription d’inspection de La Flèche. Il enseigna à La Flèche même, ensuite à Précigné et à Clermont-Créans. Il se maria en avril 1957 à Saint-Germain du Val avec Micheline Simon, née le 5 novembre 1937 à Lorient (Morbihan). Institutrice, elle devint PEGC. En juillet 1959, père d’un fils, et sa femme attendant un second enfant (une fille), Roger Tiratay effectua, pendant la guerre d’Algérie, son service militaire au Prytanée de La Flèche jusqu’à la fin d’août 1961. De retour dans l’enseignement primaire, successivement remplaçant puis adjoint-titulaire, Tiratay effectua en 1963-64 un stage à l’université de Caen pour devenir PEGC en histoire-géographie, français et musique. De retour dans la Sarthe, titularisé PEGC en 1966, il exerça à La Flèche, au cours complémentaire Pape-Carpantier de 1964 à 1978, puis au collège Petit-Versailles où il enseigna surtout la musique, jusqu’à sa retraite en 1994.

Dès ses débuts d’instituteur, Roger Tiratay adhéra au Syndicat national des instituteurs. Dans la section de la Sarthe, qui lui proposa alors de représenter en son sein les instituteurs remplaçants, il soutint la majorité « Unité Indépendance et Démocratie », tout en œuvrant à la relance de la tendance « Ecole émancipée », avec André Fertré*, sceptique, lui, sur les chances de succès.

En juin 1961, impressionné par le succès de la fête des écoles laïques de La Flèche, Tiratay, ancien scout de 13 à 18 ans, puis responsable scout au Prytanée, proposa à son inspecteur de lancer localement un groupe d’éclaireurs. Avec l’accord de sa hiérarchie, à cet effet, il suivit un stage dans le Massif central dans les environs de Thiers. Créé à la rentrée scolaire de 1961-62, le groupe des éclaireurs qu’il anima rassembla jusqu’à une centaine de garçons et filles de tous âges, des plus jeunes aux routiers. Ce groupe ne survécut que deux ans après la démission de Tiratay du poste de responsable, en 1968.

Pendant le stage d’Éclaireurs de 1961, Tiratay rencontra un couple de Mostaganem qui lui parla de la franc-maçonnerie. Dans la Sarthe il contacta Moïse Trioreau, du Grand Orient de France, vénérable des « Amis du progrès », loge mancelle qu’il rejoignit en mars 1962. Par la suite, il participa à la création de la loge mixte d’Alençon du « Droit humain ».

Politiquement, les engagements partisans de Roger Tiratay furent divers, chacun plus ou moins durable. En 1962, sur l’insistance de sa femme, lectrice de Tribune Socialiste, il adhéra au PSU. Au milieu des années 1960 il était secrétaire de sa section. Démissionnaire en 1974, il rejoignit, au début de 1978, le PS. Opposant résolu à la poursuite des ventes d’armes par le gouvernement de gauche après 1981, particulièrement à l’Afrique du Sud où sévissait l’apartheid, il le quitta en 1983. Par la suite il soutint un temps les Verts menés par Antoine Waechter, et, plus récemment le NPA, pendant un an et demi.

Le 27 mai 1967, Tiratay adhéra à la Libre Pensée. En 1969, à la veille de l’élection présidentielle, il en démissionna, estimant que l’appel aux libres penseurs lancé par le président de la section sarthoise, un communiste, à voter pour Jacques Duclos était une atteinte à la liberté de vote prônée dans l’association. Il réadhéra peu après. Membre de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), il assuma un temps le secrétariat de la section de La Flèche. En 1993, il rejoignit les « Citoyens du monde ».

Le professeur de musique Roger Tiratay s’employa activement auprès de ses élèves pour leur enseigner une pratique instrumentale : flûte à bec pour tous, percussions... Il dirigea diverses chorales scolaires qui rayonnèrent. Avec trois de ses collègues enseignants, il créa, en 1970, à La Flèche, la chorale du Carroi (du nom d’une Maison des Jeunes et de la Culture devenue Centre culturel), formation ouverte à tous, qui eut par la suite une activité intense, dans cette ville, particulièrement lors des « Folles journées » annuelles, ainsi qu’à l’échelle de la Sarthe.

Divorcé en 1987, Roger Tiratay se remaria en février 1991 à La Chapelle-aux-Choux (Sarthe) avec Annick Talbot qui fut institutrice. Sa première épouse décéda le 3 mai 2010 à Pontvallain (Sarthe).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article179235, notice TIRATAY Roger, Eugène, Jules, Gérard par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 14 mars 2016, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par Gérard Boëldieu

TIRATAY Roger en 1962
TIRATAY Roger en 1962
TIRATAY Roger en 2014
TIRATAY Roger en 2014

SOURCES : Arch. Nat., 581AP105. — Arch. Dép. Sarthe : listes nominatives de Chantenay-Villedieu, recensements de 1876 et de 1911 à 1936 et de Noyen-sur-Sarthe, recensements de 1911 à 1936 ; fiche matricule militaire de Jules Joseph Alinant, né en 1881, père de Juliette Alinant, mère de Roger Tiratay. — Bulletin départemental (Sarthe) de l’Enseignement primaire, devenu Bulletin départemental de l’Éducation nationale. — Site Internet, www.anjou-maine.fr/carroi-folle-journee-2011. — Entretien avec Roger Tiratay avec Gérard Boëldieu, le mardi 6 octobre 2015. — Notes de Jacques Girault.

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