BREUILLARD Edmond, dit parfois BERNIER Étienne

Par René Crozet, Jacques Girault, Robert Hirsch

Né le 20 novembre 1909 à Aubervilliers (Seine), mort le 23 novembre 1988 à Sattaheep (Thaïlande) ; instituteur puis directeur de collège ; militant du Parti socialiste SFIO puis du Parti socialiste ouvrier et paysan ; secrétaire général de la section de la Seine du Syndicat national des instituteurs de 1944 à 1949 ; vice-président de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (1961-1973).

Fils d’un charretier devenu maçon et d’une journalière devenue fleuriste, Edmond Breuillard ne reçut aucun sacrement religieux. Il fut élève du cours complémentaire d’Aubervilliers puis de l’École normale d’instituteurs d’Auteuil de 1926 à 1929. Instituteur à Aubervilliers puis dans l’école de la rue Barbanègre à Paris (XIXe arr.), il habitait chez ses parents rue du Bateau à Aubervilliers. Il obtint des Certificats d’études supérieures de Littérature française, d’Histoire moderne et contemporaine, de Géographie générale. Syndiqué depuis 1929, militant dans le groupe des « Amis de l’École émancipée », il contribua à l’organisation dans la banlieue Nord de la grève générale du 12 février 1934. Il fut tour à tour le secrétaire des sous-sections syndicales d’Aubervilliers et du XIXe arr. Il fut aussi membre du bureau de la section SNI de la Seine. Pendant ses loisirs, il participait à l’encadrement de colonies de vacances ou au mouvement des auberges de jeunesse. Il anima aussi le comité des loisirs de la jeunesse laïque du XIXe arr.

Membre de la section socialiste SFIO d’Aubervilliers depuis 1932, Breuillard donna son soutien au courant « Révolution constructive » en 1934, puis se rapprocha des positions de Marceau Pivert et fut, en septembre 1935, un des trente-cinq premiers signataires de l’appel pour la création de la Gauche révolutionnaire du Parti socialiste SFIO. Sa tendance le fit élire à la commission administrative du Populaire au congrès de Marseille (10-13 juillet 1937). Secrétaire de la section socialiste SFIO d’Aubervilliers en 1935 qui passa de 36 à 100 membres, surtout des ouvriers, entre 1936 et 1938, animateur d’un groupe d’autodéfense à partir de 1934 (TPPS), actif au moment des grèves de juin 1936, il était un des principaux orateurs socialistes dans les réunions publiques. Candidat lors des élections municipales complémentaires le 20 mai 1936, à nouveau candidat au Conseil général dans le canton d’Aubervilliers, il obtint, le 20 mars 1938, 972 voix sur 6 795 inscrits.

Breuillard quitta le Parti socialiste SFIO au congrès de Royan (4-7 juin 1938) pour participer à la création du PSOP. La plupart des militants de la section firent de même et il fut le secrétaire de la section du PSOP d’Aubervilliers. Chargé du rapport sur l’organisation des jeunes à la conférence constitutive du parti, membre suppléant de la commission administrative permanente, il siégea au Bureau politique. Abonné à la Solidarité internationale antifasciste, il affichait un soutien aux Républicains espagnols. Son domicile fut perquisitionné le 15 mars 1939.
Il fut candidat en 1939 au CS du SNI Seine sur la liste du "cercle syndicaliste de l’enseignement", autrement dit les Amis de l’École émancipée.

Gréviste le 30 novembre 1938, mobilisé dans l’artillerie en août 1939, démobilisé en juillet 1940 comme lieutenant de réserve, Breuillard reprit un poste d’instituteur. Le Journal officiel, le 9 décembre 1941, le citait comme dignitaire de la loge « La Sagittaire » (Grande Loge de France comme Deuxième Maître des Cérémonies depuis 1937. Il était considéré comme démissionnaire d’office à la fin de 1941 (il indiquait dans ses témoignages avoir été révoqué à la fin de 1940). Domicilié à Paris, rue du Tunnel dans le quartier de Belleville, depuis 1942, il travaillait chez un géomètre. Il dut avoir par la suite d’autres employeurs.

Breuillard fut un des dirigeants clandestins de la section de la Seine du SNI pendant l’Occupation. Il était en 1944 le numéro trois en cas d’arrestation des deux autres responsables René Bonissel et Juliette Harzelec (voir ces noms). Il réadhéra au Parti socialiste SFIO en 1944 mais n’y milita pas et le quitta en 1947.

Breuillard joua à la Libération un rôle de premier plan dans le syndicalisme enseignant comme secrétaire général de la section de la Seine du SNI et rédacteur en chef de L’École du Grand Paris. Il dirigea la longue grève des instituteurs de la Seine en 1947. Cette lutte pour le reclassement de la fonction enseignante, lancée sans l’accord de la direction majoritaire du SNI, dont Breuillard partageait les analyses, se prolongea du 21 novembre au 6 ou au 9 décembre, selon les tendances. Lors du conseil national du SNI du 22 novembre, en tant que secrétaire général de la section de la Seine, il s’abstint sur l’élargissement de la grève à tout le pays ce qui lui valut les violentes attaques des minoritaires et des critiques au sein de sa tendance. Il entraîna cependant la majorité de la section à voter contre le rapport moral lors des deux congrès nationaux suivants du SNI. Il proposa sa démission, qui fut refusée, en novembre 1948 après son échec à l’élection à la commission administrative paritaire départementale. Tête de liste, il n’arrivait qu’en vingt-troisième position, conséquence d’un rejet de son attitude lors de la grève par certains syndiqués ou d’une manœuvre des minoritaires. En décembre 1949, il céda le poste de secrétaire général à Robert Coustal*. Il devint alors vice-président de la section de la Seine de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale. Il demeura au conseil syndical départemental du SNI jusqu’en 1953.

Breuillard était aussi secrétaire adjoint du Syndicat de l’enseignement de la région parisienne (Fédération de l’éducation nationale) lors de la scission de 1947 entre la CGT et la CGT-FO. Dans les débats sur l’orientation syndicale en 1948, il apparaissait dans le conseil syndical de la section départementale du SNI comme partisan du courant « Force ouvrière » (il avait, en novembre 1947, participé à la réunion nationale de ce courant), mais il se rallia à l’autonomie. Il écrivait plus tard à Marcel Pennetier, que les partisans de l’autonomie pensaient qu’elle « permettrait de rejeter la responsabilité de la scission sur d’autres et de maintenir au mieux les effectifs. La suite a prouvé que la perspective était fausse pour l’essentiel. Je persiste à croire que cette erreur a coûté cher au mouvement syndical ».

Membre de la commission administrative nationale de la FEN (suppléant en 1946-1947, titulaire en 1948-1949, suppléant en 1950-1951), Breuillard assurait le secrétariat de sa commission Jeunesse avec Bernard Bruguet jusqu’en 1949. Cette commission organisa en 1948 et en 1949 des journées fédérales de la jeunesse où étaient discutés notamment les aspects du contenu social de l’enseignement. Il était membre du bureau national du SNI et son nom fut avancé comme éventuel successeur d’Henri Aigueperse au secrétariat général du SNI en 1953 ; mais la candidature de Denis Forestier qui bénéficiait du soutien des provinciaux s’imposa. Désormais il s’éloigna des activités strictement syndicales. Il semblait bien que son repli vers les œuvres mutualistes soit la conséquence des divergences avec la majorité « autonome » du syndicalisme enseignant.

Dans le même temps, Breuillard jouait un grand rôle dans la construction du mouvement laïque des auberges de la jeunesse. Le 12 juin 1945, il présidait, dès sa création, l’Union sportive de l’enseignement, dont le siège était à la Bourse du Travail, pour encourager la pratique des sports dans l’enseignement.
Breuillard fut un très actif militant mutualiste. Créateur, à la Libération, de la Mutuelle des Instituteurs de la Seine, il participa à la naissance de la section de la Seine de la MGEN dans laquelle se fondit la précédente mutuelle. Il en fut de 1947 à 1963, le président-adjoint puis le président de 1963 à 1969. Il fut élu en 1947 et jusqu’en 1973 administrateur national de la MGEN, membre du bureau national de 1949 à 1973, secrétaire adjoint de 1949 à 1961 puis vice-président de 1961 à 1973. À ce titre, il participa à diverses commissions (risque chirurgical, soins coûteux) et présida le Comité de gestion du Centre médical de Paris. Il apporta une contribution à l’élaboration de la politique innovante de la MGEN concernant les maladies mentales, la lutte contre le cancer, la gérontologie, l’orthogénie, l’éducation sexuelle. Dans le même temps, il devint président directeur général du groupement central des fonctionnaires.
Breuillard, qui enseignait depuis 1945, au cours complémentaire de la rue Jules Poulmarch dans le Xe arrondissement, dirigea à partir de 1951 jusqu’à sa retraite, l’établissement devenu collège d’enseignement général. Adhérent de la Fédération des officiers de réserve républicains, il présidait dans les années 1960-1970, plusieurs groupements en liaison avec la mutualité, l’éducation ou l’enfance :

- l’ « Entraide universitaire » (1956-1981). À ce dernier titre, il fit créer le premier établissement, au Mayet de Montagne, pour accueillir des adolescents isolés et en risque de perdition ;

- l’Association autonome de placement et d’aide pour handicapés, créée par le SNI en 1962, devenue Association de placement et d’aide pour les jeunes handicapés (1962 -1975) ;

- le « Centre national pour la création des œuvres sociales » créé en 70 par 53 associations, dont l’Entraide universitaire, la mutuelle de l’ORTF, la MAIF etc qui publiait une revue Intercollectivités ;

- la Mutualité accidents élèves pour la Région parisienne (1954-1981) ;

- l’association nationale pour la gestion d’œuvres sociales (1972 -1981) créée par notamment la MAE, l’Entraide universitaire, l’APAJH, Enfance et famille ;

- administrateur, secrétaire puis vice-président de l’Union Mutualiste Universitaire (1962-1974) ;

- d’« Enfance et Famille » (1968-1978) qui gérait une maternité accueillant les femmes les plus démunies du quartier de Belleville.

En outre, il était le trésorier de la « Ligue française d’hygiène mentale ». Administrateur de la Caisse de Prévoyance mutualiste (1952-1976), il en devint vice-président (1964-1976), et de 1952 à 1977, assura la présidence de sa commission des Questions sociales. Il participa à la création de la CASDEN dont il fut administrateur (1963-1974) et fut administrateur du Groupement des Aides ménagères à domicile.

Marié en juin 1943 à Paris (XIXe), après avoir habité rue David d’Angers (XIXe), Breuillard habitait boulevard Masséna dans le XIIIe arrondissement. Après avoir abandonné vers la fin de sa vie ses responsabilités multiples, il obtint une licence de lettres en 1985.

Bernard Bruguet, qui fut son ami et son camarade au sein de la MGEN, déclara lors de ses obsèques : « Homme de pensée et d’action, il avait l’art d’associer à ses entreprises quelques-uns de ces hommes exceptionnels, porteurs d’idées nouvelles qui font avancer la société et aussi d’entraîner ses camarades, parfois réticents, vers l’objectif qu’il s’était fixé. Il était un meneur ou plutôt un entraîneur d’hommes aussi bien par le discours que par la plume. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17901, notice BREUILLARD Edmond, dit parfois BERNIER Étienne par René Crozet, Jacques Girault, Robert Hirsch, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 18 janvier 2019.

Par René Crozet, Jacques Girault, Robert Hirsch

SOURCES : APPO B 12, 43701 (dossier Breuillard). — Arch. Dép. Seine, D 2 M 2, n° 72. — BDIC, Arch. Lefeuvre. — Documentation MGEN. — Renseignements fournis par l’intéressé à Jacques Girault et à Marcel Pennetier. — Notice du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (t. 20) rédigée par J. Maitron et Cl. Pennetier

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