BREITMAN Lucien, Benjamin

Par Thérèse Burel

Né le 23 juin 1890 à Brégy (Oise), mort le 28 mars 1983 à Versailles (Yvelines) ; médecin ; conseiller général de Mennetou-sur-Cher, puis de Romorantin (Loir-et-Cher) ; maire de Mennetou ; secrétaire de la Fédération SFIO de Loir-et-Cher de 1934 à 1950 environ.

Les parents de Lucien Breitman, de bourgeoisie israélite russe, venaient d’être naturalisés quand il naquit. Son père, Grégoire Breitman, d’une famille de médecins, parti de Russie en 1878 ou 1879 après un pogrom, exerça divers métiers pour pouvoir faire à Paris ses études médicales qu’il termina en 1888. Après divers essais, il s’installa à Herbault (Loir-et-Cher) en 1896. Sa mère, Tina Berfoff, était sans profession. Lucien Breitman fit ses études au collège Augustin Thierry à Blois, puis sa médecine à Paris. Il était, dès cette époque, inscrit au Parti socialiste SFIO et apprenti à la loge des Etudiants. Externe des hôpitaux de Paris, il fit son service militaire en 1912. Médecin auxiliaire, il fut mobilisé en août 1914, devint sous-lieutenant et termina la guerre, après avoir été blessé, avec les croix de guerre française et italienne et la Légion d’honneur. Il eut également la médaille d’or des épidémies.

Docteur en médecine en mai 1920, il s’installa à Châtres-sur-Cher (Loir-et-Cher), le 14 juillet 1920, puis à Mennetou (Loir-et-Cher), enfin à Romorantin où il se fixa après avoir hésité entre Romorantin et Vierzon. Aidé d’un ou de plusieurs assistants, il avait une importante clientèle et était très connu et réputé dans la région. C’est à la fois pour répondre aux vœux de Richard Georges, député de Romorantin jusqu’en 1932, et pour ne pas concurrencer un ami, médecin à Vierzon, qu’il se fixa vers 1933 à Romorantin.

Battu de vingt-deux voix aux élections cantonales, canton de Mennetou, le 14 octobre 1928, par Goury du Roslan, le Dr Breitman fut élu conseiller général de Mennetou, à une élection partielle, le 2 février 1930 - Goury du Roslan étant mort - avec 834 voix contre 702 à son concurrent, républicain modéré, que le préfet avait engagé à se présenter contre « ce nihiliste ». Il fut constamment réélu conseiller général de Mennetou jusqu’à la guerre. Il était également maire de Mennetou depuis 1929 : élu conseiller municipal le 5 mai, 4e de la liste, et maire, le 19 mai. Il fut constamment réélu et c’est ainsi qu’aux élections municipales de 1935, la liste du Dr Breitman, Union des gauches, fut élue au premier tour.

Secrétaire de la Fédération SFIO de Loir-et-Cher, de 1934 - après l’éviction, puis le départ de la région de Richard Georges, battu à Romorantin aux élections législatives de 1932 et la mort de Lainé - jusqu’à 1950, environ, le Dr Breitman se fit remarquer par sa solide formation politique marxiste, son absence d’anticommunisme primaire, ses relations dans tous les milieux, son tempérament généreux et impulsif, sa réputation de médecin et tout concourut à faire de lui, de 1934 à 1938, le leader socialiste incontesté du département. Il donna beaucoup au Parti socialiste, temps, argent et s’imposa par ses dons d’orateur dans les réunions publiques qu’il tenait - une soixantaine, en moyenne, par an - ou dans celles où il apportait la contradiction. Le 17 mai 1934, il prit la parole à Salbris au cours d’une réunion fasciste qui se terminait par le vote, au nom de 300 travailleurs, d’une motion en faveur de la lutte « contre le fascisme naissant dans l’attente de la solution à la crise actuelle : la prise du pouvoir par le prolétariat » ; en novembre 1934, il attirait l’attention des pouvoirs publics, au conseil général, sur le travail intermittent aux usines Normant à Romorantin. En janvier 1935, à Romorantin, il fit venir Léon Blum et 3 000 personnes assistèrent à la réunion. Le 9 février 1935, le Comité de coordination des Partis socialiste et communiste avait convié les républicains à un meeting antifasciste à Vendôme : le programme commun socialiste et communiste y fut présenté et communistes et socialistes (Breitman) se félicitèrent du rapprochement des deux grands partis ouvriers : le 11 février 1935, à Blois, un meeting antifasciste réunit plus de 2 000 auditeurs : Breitman ouvrit la séance, suivi des représentants de toutes les organisations concernées, et fit adopter un vœu : dissolution des ligues fascistes, respect des droits civiques des fonctionnaires, abrogation des décrets lois et des lois sur le blé et le vin, création d’un fonds national de chômage. Au congrès fédéral SFIO tenu à Blois le 3 mars 1935, après débat, les délégués se félicitèrent des heureux résultats de l’unité d’action...

Le Dr Breitman assistait très régulièrement à tous les congrès nationaux du Parti SFIO : au congrès national de mai 1936, il fit partie de la commission des résolutions et défendit la motion Paul Faure. Au congrès de la Fédération de Loir-et-Cher du 2 mai 1937 à Blois, il rendit compte du dernier Conseil national tenu à Paris où il avait été délégué et où il avait demandé qu’on règle la question de la « Gauche révolutionnaire » sans recourir à l’exclusion (suivant le mandat qui lui avait été confié) ; quant à l’unité, il regretta que le bureau du PC n’ait pas tenu compte des désirata du PS et ait donné l’ordre à ses cellules d’entrer en contact à la base avec les sections socialistes. Délégué au congrès de Paris en juin 1937, il semble qu’il n’était pas à l’origine favorable à la participation, mais au soutien au gouvernement, comme les deux tiers des délégués retournés par Blum in extremis ; en juillet 1937, au congrès de Marseille, cette participation était encore discutée. En 1937, toujours retour de Marseille, il disait avec Brossolette à propos du danger de guerre : « c’est peut-être plus un épouvantail qu’autre chose, tant que l’amitié anglo-saxonne est à nos côtés » ; des discours de Zyromski, Bracke, Pivert et des secrétaires fédéraux de province, il retenait que « le gouvernement Chautemps est le résultat d’une première défaite du Front populaire... » et il terminait en proclamant son admiration pour « Blum la paix »... Il commentait en termes favorables le discours à Romorantin, le 8 août 1937, de Chautemps qui a « salué le nom de la CGT ». En septembre 1937, dans un article du Populaire, il disait la passivité des démocraties face aux pays autoritaires et à l’armement à outrance ; l’horizon s’obscurcit à l’intérieur comme à l’extérieur commentait-il : « pas de retraite des vieux, on freine la semaine de 40 heures, la vie augmente plus vite que les salaires ». À la session du conseil général d’octobre 1937 il fut un des trois conseillers à ne pas voter la confiance du gouvernement pour le retour de l’équilibre social et il présenta avec Mauger un vœu réclamant l’application du programme du Front populaire, vœu qui ne fut adopté qu’après de laborieuses discussions et le rappel aux radicaux de leurs principes. Le 13 novembre 1937, il dénonça dans Le Populaire les connivences entre des radicaux socialistes et la réaction au conseil général de Loir-et-Cher et en France et il semblait regretter que Blum ait cédé devant le Sénat ; en politique extérieure, le 27 novembre, à propos de la montée de la guerre et du fascisme, il espérait que Londres et Washington comprendraient à temps, et disait que l’Angleterre, la France, la Russie n’auraient pas à redouter l’issue d’un conflit, mais qu’il serait terrible et long. Le 19 décembre 1937, au meeting organisé à Blois par « Paix et Liberté » en faveur de l’Espagne républicaine, il tentait de démontrer les dangers de l’abandon de la politique de non intervention et ainsi de justifier la position SFIO. Par contre, dans Paix et Liberté de Blois, du 24 janvier 1938, on trouvait la chose suivante : « Jahan et Breitman ont dit, mercredi dernier, que la crise politique française (départ de Blum, arrivée de Chautemps) a été ouverte sur l’ordre de l’Angleterre. C’est déjà l’Angleterre qui avait obtenu la non intervention. » À noter aussi qu’il était partisan du vote des femmes.

En bref, le Dr Breitman fut le leader socialiste du Front populaire en Loir-et-Cher aux côtés de Roguet pour le Parti communiste et de Chautemps pour le Parti radical socialiste.

Dix à douze sections furent créées sous son impulsion et le Parti socialiste SFIO a doublé le nombre de ses adhérents en Loir-et-Cher ; passé du 47e rang au 27e rang entre 1934 et 1936. En relations avec Léon et Thérèse Blum, Jules Moch et Germaine Picard-Moch, entre autres, il les fit venir pour des réunions publiques, en période électorale ou non. Arrêté par les autorités françaises le 17 avril 1941, le Dr Breitman fut libéré le 6 mai suivant mais arrêté par les autorités allemandes dès le 17 mai, il fut emprisonné à Romorantin, Orléans, Compiègne ; déporté à Sachsenhausen, puis à Oranienburg, il en revint le 6 juin 1945.

Il fut élu conseiller municipal au second tour et maire de Mennetou, le 17 mai 1945, à l’unanimité, alors qu’il n’était pas revenu de déportation. Aux élections cantonales du 23 septembre 1945, il fut élu, au premier tour, conseiller général de Romorantin, toujours sous l’étiquette SFIO, avec 3865 voix, son adversaire Dumoret (Rép.) obtenant 1585 voix et Segret (Rés.) 1737 voix ; il donna alors sa démission de maire de Mennetou, le 18 novembre 1945, trop pris par ses occupations professionnelles et son mandat de conseiller général.

Vers 1949-1950, il donna sa démission de conseiller général, de secrétaire de la Fédération SFIO et démissionna même du Parti SFIO pour entrer au Parti socialiste autonome, puis au PSU pendant un temps. Il resta président d’honneur de l’ARAC du Loir-et-Cher.

Poète, il avait publié un recueil en 1982, A la margelle du puits, qui lui valut le prix Medec, décerné à l’unanimité.

Il s’était marié le 2 avril 1921 à Paris XIVe arr. avec Lucienne Gilberte Deret.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17843, notice BREITMAN Lucien, Benjamin par Thérèse Burel, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 22 avril 2017.

Par Thérèse Burel

SOURCES : Arch. Dép. Loir-et-Cher, série M, élections. — Arch. Dép. Oise, état civil. — Le Solognot puis Le Populaire de Loir-et-Cher. — Le Progrès de Loir-et-Cher. — Paix et Liberté, bulletin du Comité Amsterdam-Pleyel de Blois. — La Nouvelle République, 17 mai 1973. — Renseignements fournis par le Dr L. Breitman, MM. Dufournier, Larcade et Loustau. — Le Monde, 1er avril 1983.

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