SCAMARONI Godefroy, Jules, dit Fred. Pseudo Edmond Severi, Joseph Grimaldi.

Par Hélène Chaubin

Né le 24 octobre 1914 à Ajaccio (Corse, Corse-du-sud), mort par suicide en prison le 20 mars 1943 à Ajaccio ; chef de cabinet de préfecture ; résistant, agent de la France Libre, chef de mission en Corse, créateur du réseau R2 Corse, arrêté par les services du contre-espionnage italien.

Le père de Fred Scamaroni, Jules Scamaroni, avait opté pour une carrière préfectorale après avoir été avocat au barreau de Paris. La famille était proche des radicaux socialistes — ce qui était d’ailleurs vrai pour la plus grande partie de la « gauche » corse. Sa mère était de la famille de Peretti.

Fred Scamaroni fit ses études primaires à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) puis ses études secondaires au collège de Brive (Aveyron) et au lycée de Charleville-Mézières (Ardennes). Il était étudiant à Paris quand eurent lieu les manifestations de février 1934, auxquelles il participa. Après l’obtention d’une licence en droit, il passa avec succès le concours de chef de cabinet de préfecture. Sa première affectation en 1936 fut à Besançon, après un service militaire effectué à l’école d’officiers de réserve de Saint-Maixent. Il fut ensuite nommé, en décembre 1937, chef de cabinet du préfet du Calvados. En 1939, il ne souhaita pas être maintenu à son poste civil. Il rejoignit donc le 4 septembre un régiment de réserve d’infanterie dans le Nord puis, sur sa demande, fut affecté en décembre à la base aérienne de Tours. Le 17 mai 1940, il obtint le brevet d’observateur en avion. Il fut blessé deux jours plus tard.

En juin 1940, avec la défaite et pendant l’exode, il retourna à Tours et, avec des amis officiers de son unité, il parvint jusqu’à Saint-Jean-de-Luz. Tous voulaient gagner Londres ; ce fut possible très vite puisque le 21 juin, 110 volontaires s’embarquèrent sur deux croiseurs polonais. Deux jours plus tard, ils étaient à Plymouth et le 26 juin, Fred Scamaroni signait son engagement dans les Forces françaises libres.
Il fut volontaire pour la mission de Dakar : il s’agissait d’obtenir le ralliement du gouverneur général Pierre Boisson, en lui remettant une lettre de de Gaulle. La mission, sous le nom de code « Menace », partit de Liverpool le 31 août 1940. Pierre Boisson refusa la négociation et fit emprisonner les agents FFL. Fred Scamaroni fut incarcéré dans de très rudes conditions à Dakar, condamné à mort avec ses huit camarades, puis en prison à Bamako et Alger de septembre 1940 à janvier 1941, où il fut enfin ramené en France et détenu à la prison de Clermont-Ferrand.
Libéré le 7 janvier 1941, il fut radié du corps préfectoral ; il fut réduit à Vichy à un emploi très modeste au secrétariat au Ravitaillement. Ces fonctions subalternes lui permettaient de se déplacer et de continuer une action résistante. Il créa alors le réseau Copernic. Il était en contact avec Pierre-Henri Teitgen et Henri de Menthon, les fondateurs du mouvement « Liberté ».
En 1941, il fit deux voyages en Corse : en avril puis en octobre. Il prit des contacts, et créa les bases de son futur réseau. Quand la Corse fut occupée par les Italiens en novembre 1942, il parvint à persuader le général de Gaulle de l’intérêt stratégique que présenterait la libération de l’île. À Londres, il était alors membre de l’état-major des FFL. Il suivit la formation des chefs de mission du BCRA, qui se faisait sous le contrôle du SOE. En décembre 1942, il put partir comme chef de la mission Sea Urchin sous le pseudo de « François-Edmond Severi ». Il arriva le 17 décembre à Alger où, déjà, le général Giraud organisait ses propres missions en Corse sans aucune coopération avec de Gaulle. C’est sur un sous-marin britannique que Fred Scamaroni put gagner la Corse dans la nuit du 6 au 7 janvier 1943. Il travailla sous une nouvelle fausse identité, celle de Joseph Grimaldi, représentant de commerce, sans jamais pouvoir réaliser le désir du général de Gaulle : unifier la Résistance corse, car le Front national, soutenu par Giraud, refusait toute allégeance à de Gaulle. Il put cependant recruter, et faire des repérages de terrains en vue des livraisons d’armes par terre ou par mer dont les Corses avaient tant besoin. Son réseau, homologué plus tard sous le nom de R2 Corse fut démantelé après dénonciation à partir du 18 mars 1943. Son radio-téléphoniste, Jean-Baptiste Hellier, était sous les verrous depuis le 17 mars. Arrêté par les services du contre-espionnage italien, incarcéré à la citadellle d’Ajaccio, Fred Scamaroni fut atrocement torturé. Pour ne pas parler, il se suicida dans sa cellule après avoir écrit avec son sang « Je n’ai pas parlé. Vive de Gaulle ! Vive la France ! ». Sa véritable identité était inconnue, l’évêque d’Ajaccio refusa les obsèques religieuses à « l’inconnu suicidé ».
Il a été inhumé dans la fosse commune du cimetière d’Ajaccio puis, après la libération de la Corse, le nouveau maire Eugène Macchini fit exposer sa dépouille dans la cathédrale et l’accueillit dans sa propre chapelle familiale du cimetière de sa ville.

Il fut fait Compagnon de la Libération le 11 octobre 1943, chevalier de la Légion d’honneur, fut cité à l’ordre de la nation et reçut la Croix de guerre 1939-1945 et le Distinguish Service Ordre (Royaume-Uni).
À Caen, dans le Calvados, en juin et juillet 1944, des groupes de résistants combattant aux côtés des troupes alliées se rassemblèrent et formèrent la compagnie « Fred Scamaroni », la « scama ».
Par décret du 26 février 1945, il a été nommé préfet à titre posthume à compter du 17 juin 1940.
Fred Scamaroni a reçu la mention « Mort pour la France » en mai 1946.
Il est très honoré en Corse, à Ajaccio, par une plaque commémorative dans sa cellule de la citadelle, une rue et une statue, à Bastia sur le monument aux morts et un lycée, à Bonifacio, ville de sa famille paternelle, et à Levie, commune de sa famille maternelle. Des rues portent son nom à Caen, à Draguignan et un collège à Charleville-Mézières.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article178262, notice SCAMARONI Godefroy, Jules, dit Fred. Pseudo Edmond Severi, Joseph Grimaldi. par Hélène Chaubin, version mise en ligne le 15 février 2016, dernière modification le 7 novembre 2018.

Par Hélène Chaubin

FFL 27 juin 1940
FFL 27 juin 1940
Fourni par Robert Menchérini
Sous le nom de capitaine François, Edmond Severi, Chef de mission
Sous le nom de capitaine François, Edmond Severi, Chef de mission
Londres, décembre 1942
De Gaulle rend hommage à Scamaroni
De Gaulle rend hommage à Scamaroni
Ajaccio, 1953

SOURCES (sélection) : Arch. dép. Corse du sud, série W : cabinet du préfet, Affaires italiennes . — Archivio centrale diplomatico, Roma : Francia, Affari politici, Corsica. — SIAS Virgilio, Il controspionaggio italiano in Sardegna e Corsica, éditions S’alvure, Oristano, 1991 ; Toussaint Griffi, Laurent Preziosi, Première mission en Corse occupée, L’Harmattan, 1998. — Marie-Claire Scamaroni, Fred Scamaroni, mort pour la France, Paris, France-Empire, 1999. — Hélène Chaubin, La Corse à l’épreuve de la guerre, 1939-1943, Vendémiaire, Paris, 2012. — Vladimir Trouplin, Dictionnaire des compagnons de la Libération, Elytis, Bordeaux, 2010. — Francis Arzalier, Héroïsme politique et désir de pouvoir. Destins militants parallèles  : de la diaspora corse au Panthéon sacrificiel de la nation française, Colonna éditions, 2013. — Francis Arzalier, Héroïsme politique et désir de pouvoir. Destins militants parallèles  : de la diaspora corse au Panthéon sacrificiel de la nation française, Colonna éditions, 2013. — Notes d’Annie Pennetier. — État civil.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément