BRAUN Théo

Par Jean-Marie Conraud

Né le 24 octobre 1920 à Rombas (Moselle), mort le 2 mai 1994 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; dessinateur industriel ; militant jociste ; permanent au secrétariat général de la JOC replié à Sainte-Foy-les-Lyon ; puis chargé de la relance de la JOC en Alsace ; militant syndical à la CFTC-CFDT ; secrétaire général et permanent de la fédération des syndicats chrétiens d’Alsace-Lorraine ; membre du bureau national et vice-président de la confédération CFTC ; membre du conseil économique et social ; président de la fédération nationale des organismes de la Sécurité sociale ; militant politique au MRP puis au Centre démocrate ; conseiller municipal de Strasbourg ; conseiller général de Strasbourg-centre ; ministre délégué chargé des personnes âgées dans le gouvernement Rocard ; militant mutualiste ; président de la Banque fédérative du Crédit mutuel d’Alsace ; président de la Banque fédérative et du Crédit mutuel d’Alsace, de Lorraine et de Franche-Comté ; président de la Confédération nationale du Crédit mutuel ; président du Groupement des coopératives d’épargne et de crédit de la CEE.

Son père était soudeur. À quatorze ans, Théo Braun fut embauché comme apprenti imprimeur à l’imprimerie Michel à Hagondange (Moselle). Un an plus tard il entra comme manœuvre à l’usine sidérurgique UCPMI (Union des consommateurs de produits métallurgiques industriels) à Hagondange. Il suivit alors des cours du soir de dessinateur industriel et entra au bureau d’études de l’usine. Tout en travaillant il continua à se former pour devenir technicien en bâtiment.

Théo Braun adhéra à la JOC dés son entrée au travail en 1935. Il fut désigné comme délégué des jeunes pour l’atelier central de l’usine. Responsable de la section JOC d’Hagondange il fut bientôt chargé de la responsabilité de la fédération JOC de la vallée de l’Orne. À l’arrivée des Allemands en 1940, il quitta la Moselle pour rejoindre le secrétariat de la JOC replié à Sainte-Foy-lès-Lyon. Il y retrouvera d’autres responsables jocistes mosellans réfugiés comme lui : Robert Henry*, président fédéral de Metz et plus tard, Alfred Quirin*, Joseph Feltz* et Joseph Linder*. Ensemble, ils organisèrent un service chargé d’accueillir les jeunes réfugiés alsaciens et mosellans auxquels ils procuraient vêtements, logement, travail et cartes d’alimentation. En 1943, Théo Braun fut chargé des Équipes d’entraide ouvrière (EEO) destinées à secourir les sinistrés. Il fut chargé également de la publication d’un bulletin Entre nous tiré à 2000 exemplaires.

En janvier 1945, il fut choisi par le secrétariat général de la JOC comme propagandiste national pour relancer le mouvement en Alsace alors qu’Alfred Quirin était chargé de la même mission pour la Moselle. À Strasbourg, il rejoignit deux autres permanents jocistes, Paul Fritsch et Eugène Kurtz. Dés sa première année d’activité il anima plusieurs sessions d’études régionales et deux importants rassemblements de la Libération à Strasbourg et à Mulhouse. Il participa la réapparition du journal Jeunesse ouvrière.

Théo Braun s’était syndiqué dés 1936 et avait été chargé de la trésorerie de la section CFTC de l’usine d’Hagondange. La CFTC ayant été reconstituée en Alsace autour de Henri Meck* il fut invité en 1946 à rejoindre l’équipe de permanents. Il fut élu au poste de secrétaire général de la Fédération et de l’Union régionale des syndicats chrétiens d’Alsace lors de l’Assemblée générale du 7 septembre 1946. En 1947, il fut élu au bureau confédéral et en 1948 comme vice-président de la confédération CFTC. À ce titre il fut chargé successivement des questions sociales puis des problèmes économiques et enfin des relations internationales. En matière de Sécurité sociale Théo Braun exerça de nombreuses fonctions. Président de la Caisse régionale d’assurance vieillesse des travailleurs salariés des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle (depuis 1945), membre du conseil supérieur de la Sécurité sociale (1945-1962), vice-président de la Fédération des organismes de la Sécurité sociale (1946-1962). Théo Braun représenta également la CFTC au Conseil économique et social de 1950 à 1962 et au Conseil économique et social des communautés européennes, de 1958 à 1962. Il fut un des promoteurs du système de retraite complémentaire des travailleurs et notamment membre fondateur de l’UNIRS et de l’ARRCO. En 1964, il ne fut pas convaincu de la nécessité de l’évolution de la CFTC en CFDT. Mais il finit par se rallier à la décision majoritaire malgré l’opposition ferme d’Henri Meck. Toutefois à partir de ce moment il se dégagea progressivement de ses responsabilités syndicales.

Théo Braun était d’ailleurs déjà investi de plusieurs mandats électifs. En 1955 il avait adhéré au MRP et en 1959 il avait été élu conseiller municipal de Strasbourg sur la liste d’Union pour le renouveau de Strasbourg dirigée par Pierre Pflimlin. En 1962 il avait également été élu conseiller général du secteur strasbourgeois de l’Esplanade et de la Krutenau. Il assuma la responsabilité de président de la commission des finances de l’assemblée départementale bas-rhinoise. Ces mandats électifs entraînaient un certain nombre de tâches de représentation : vice-président en 1967 des Hospices civils de la ville ; administrateur du Port autonome de Strasbourg ; vice-président du comité pour l’économie bas-rhinoise. Toujours en 1962, une tentative aux législatives ne fut pas couronnée de succès.

Le MRP alsacien ayant rejoint le Centre démocrate, Théo Braun fut l’un des membres fondateurs de ce parti qu’il quitta en 1967. Cette année-là, le comte Christian d’Andlau, qui avait siégé avec lui. au Conseil économique et social, lui proposa de prendre sa succession à la tête de la Banque fédérative du Crédit mutuel en Alsace avec le titre de vice-président délégué de la Banque fédérative et de la Fédération du Crédit mutuel d’Alsace, de Lorraine et de Franche-Comté. Dès 1968, il fut appelé à la présidence de ces institutions et l’année suivante, à celle de la Confédération nationale du Crédit Mutuel. Élu à la présidence de la Caisse centrale du Crédit mutuel en 1973 il fit également partie du conseil supérieur de l’économie sociale et du conseil supérieur de la coopération. Ces responsabilités conduisirent Théo Braun à siéger dans de nombreux conseils d’administration : Compagnie d’Assurances Rhin et Moselle (1971-1982), Forges de Strasbourg en 1977, Union des coopérateurs d’Alsace en 1978.

Elles le conduisirent également à des responsabilités dans la presse régionale puisque le journal L’Alsace, édité à Mulhouse, passa sous le contrôle du Crédit mutuel d’Alsace et de Lorraine en 1972. La société éditant le quotidien ayant été transformée le 17 juin 1972 en société anonyme à directoire, Théo Braun en présida le conseil de surveillance. Il fut à l’origine de la création de la société L’Alsace-Havas Publicité. Au mois de décembre 1982, la Banque fédérative du Crédit mutuel, déjà propriétaire de 95 % du capital du journal L’Alsace prit une participation de près de 20 % du capital dans celui des Dernières nouvelles d’Alsace.

À partir de 1973, Théo Braun assuma de nouvelles responsabilités sans des institutions publiques. En 1973, il entra au conseil régional d’Alsace ancienne formule et en 1986 il fut élu dans cette instance sur une liste UDF. Président de l’Association bas-rhinoise d’aide aux personnes âgées depuis 1961, Théo Braun entama en 1987 une croisade en faveur des personnes âgées dépendantes. Au mois de juin de la même année, il entra dans le gouvernement d’ouverture de Michel Rocard, comme ministre délégué chargé des personnes âgées. Il s’attaqua à la réalisation de différentes mesures qu’il préconisait dans ses travaux antérieurs. Comme l’humanisation des hospices, l’amélioration de l’aide ménagère, la construction de maisons de retraites, l’aide au maintien à domicile. À la fin de son mandat en 1990 il fut chargé par le président de la République d’une mission consistant à la création à Paris d’un Observatoire européen du vieillissement.

En 1992 Théo Braun connut deux échecs électifs, à une élection sénatoriale à laquelle il s’était présenté et au conseil régional où il avait présenté sa propre liste.

Théo Braun fit l’objet de nombreuses distinctions. Commandeur de la Légion d’honneur en 1990, commandeur dans l’Ordre national du Mérite en 1984 ; officier du Mérite de la République fédérale d’Allemagne en 1955 ; commandeur dans l’Ordre du chêne luxembourgeois ; chevalier dans l’Ordre de Saint-Grégoire le Grand. Par ailleurs il fut aussi consul général honoraire du Grand-Duché du Luxembourg.

Théo Braun s’était marié en octobre 1947 avec Antoinette Deutsch. Ils eurent deux enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17820, notice BRAUN Théo par Jean-Marie Conraud, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 4 septembre 2016.

Par Jean-Marie Conraud

SOURCES : Entretiens avec l’intéressé. — De Wissembourg a Sélestat, 50 ans de JOC, Témoignages recueillis par Charles Dillinger. Strasbourg, Équipes sociales d’Alsace. 1979. 358 p. — Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne.

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