CASSE Germain [CASSE Eugène, François, Germain]

Né le 23 septembre 1837 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). Homme de lettres. Libre penseur et franc-maçon — voir Thirifocq Eugène ; marié, père de deux enfants. Blanquiste ; membre de l’Internationale ; communard ; député radical.

Le père de Casse était originaire d’Agen (Lot-et-Garonne) où il était artisan. Jeune, il se rendit à la Guadeloupe et y fit fortune. Il mourut quelques semaines avant la naissance de son fils Germain dont la mère appartenait à une ancienne famille de l’île.

Germain Casse fréquenta une école religieuse à Sorèze (Tarn) jusqu’en 1857, puis commença des études de droit à Toulouse. Il passa l’année 1859 à la Guadeloupe et vint à Paris au début de 1860. Il habitait, en 1870, rue de Maubeuge, n° 94 (Xe arr.).

Il prit alors une part active à la lutte contre l’Empire. Blanquiste, il attaqua la religion ; il collabora à la presse d’opposition : La Jeune France, La Jeunesse, Le Travail, auxquels collaborèrent Méline, Clemenceau, Zola, etc., adhéra à l’Internationale. Au début de 1864, il appartenait au noyau blanquiste, « embryon du Parti » avec les jeunes Cléray, Dubois P., Granger, Jaclard V., Levraud E. et Levraud L., Losson, Marchand, Protot, Regnard A., Touâtre, Tridon, Vaissier P., Viette, Villeneuve, un moins jeune Longuet, et les anciens Cazavan et le baron de Ponnat.

Un relevé des condamnations qu’il encourut à Paris de 1860 à 1870 et qui figurent aux sommiers judiciaires illustre cette activité :

20 juillet 1860, 200 F d’amende pour outrage à la religion ;

17 mai 1862, un an de prison, 2 000 f. d’amende pour publication d’un journal sans cautionnement. G. Casse se réfugie alors à Bruxelles où il demeure jusqu’en février 1864, puis vient se constituer prisonnier. Il est libéré en 1865. Il assiste au Congrès international des étudiants qui se tient à Liège du 29 octobre au 1er novembre. « C’est lui qui a arboré le drapeau noir et qui a insulté, en pleine séance, le consul de France », dit un rapport de police. Casse est exclu à titre définitif des Facultés parisiennes. Un pourvoi qu’il introduit devant le Conseil impérial de l’Instruction publique est rejeté le 21 août 1866 et la peine aggravée : exclusion pour deux ans des autres Universités de France ;

12 février 1866, Casse, accusé d’avoir poussé des cris séditieux, s’en tire avec un non-lieu ;

19 juillet 1867, trois mois de prison pour rébellion ;

24 février 1870 : accusé d’attentat à la sûreté de l’État, Casse bénéficie encore une fois d’un non-lieu ;

enfin, inculpé dans le troisième procès de l’Internationale, il fut, le 8 juillet 1870, renvoyé de la prévention d’avoir appartenu à une société secrète, mais convaincu d’avoir, à Paris, fait partie de l’AIT non autorisée, et condamné à deux mois de prison, 25 f. d’amende, la durée de contrainte par corps étant fixée à quatre mois. En ce même mois de juillet 1870, il signa le manifeste contre la guerre adressé aux travailleurs de tous pays. Écroué à la maison correctionnelle de Beauvais (Oise), il en fut libéré le 5 septembre.

Avec ses amis du Comité central des vingt arrondissements auquel il appartenait, Casse présenta, le 15 septembre, les mesures d’urgence que le gouvernement de la Défense nationale aurait dû, selon les signataires, se hâter de « transformer en décrets pour le salut de la patrie et de la République ». Ces mesures intéressaient la sécurité publique, les subsistances et les logements, la défense de Paris et des départements. Voir Chassin Charles.

Durant le Siège de Paris, Germain Casse commanda le 135e bataillon de la Garde nationale et s’enrôla comme soldat dans le bataillon de marche de Cournet. Pendant la Commune, il fut attaché à Paschal Grousset, délégué aux Relations extérieures.

Après la Commune, Germain Casse ne fut pas inquiété, semble-t-il. Dès octobre 1873, il était élu député de la Guadeloupe. Dans un appel aux électeurs, le 25 juillet 1873, il disait : « Le bulletin de vote doit fermer l’ère des révolutions violentes, puisqu’il donne à chacun le droit d’intervenir dans les destinées de la patrie pour contribuer à la faire grande, libre, prospère. » Deux ans après la Semaine sanglante, ces affirmations apparaissent vraiment modérées. En février 1876, il fut réélu, mais dans le XIVe arr., cette fois, puis en 1877, 1881 et 1885. En 1889, il ne se représenta pas. Nommé gouverneur de la Martinique, il occupa ensuite les fonctions de trésorier-payeur général de la Guadeloupe. En mars 1894, il revint en France où il occupa les mêmes fonctions.

G. Casse consacra l’essentiel de son activité à lutter pour la libre pensée. Dès 1865, il était adhérent de la franc-maçonnerie, loge « La Renaissance par les émules d’Hiram » (cf. M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire à la fin du second Empire). De 1874 à 1880, de nombreux rapports de police signalent son activité dans les Loges : la Parfaite Égalité (Grand-Orient), à l’installation de laquelle il assista le 19 avril 1874, la Clémente Amitié où il prit part le 8 juillet 1875 à la réception de Littré, J. Ferry et autres. Il assista à de nombreuses tenues et prononça des discours, sur l’Église et la Femme, notamment. Il fut, en 1881, président de l’Union démocratique de propagande anticléricale.

En 1868 ou 1869, Germain Casse avait épousé civilement une sœur d’Élisée Reclus. De cette union naquirent deux enfants. Tous les deux moururent jeunes, le petit garçon à l’âge de cinq ans, vers novembre 1876, la petite fille, Jeanne, à sept ans, le 28 avril 1877. Mme Casse mourut dans un accident, à Avignon, en septembre 1905.

Des jugements dénués de bienveillance furent portés sur Casse par Claris et par Vallès. Lefrançais, qui ne l’aimait pas, bien que membre de la même loge, en a laissé ce portrait :

« Il a des apparences de casseur, secoue fréquemment sa crinière en parlant. Mange du prêtre, signe indélébile d’une sincérité très contestable. Mène grand bruit, fait de la violence pour rire... mais ne demande qu’à être calmé. » (Souvenirs d’un révolutionnaire.)

En fait, Casse, qui fut de l’Internationale, n’était pas, il s’en faut, un révolutionnaire. Et cela suffit à expliquer le jugement de Lefrançais. En 1885 (cf. L’Intransigeant, 16 juin) Ernest Vaughan, qui avait été, lui aussi, de l’Internationale, le présentait ainsi : « Chevelure luxuriante. Grosse tête sympathique, physionomie souriante et bon enfant, Germain Casse eut, autrefois, tout ce qu’il faut pour plaire. » Mais il « se laissa peu à peu circonvenir par les malins de l’opportunisme et finit par devenir ce que nous le voyons aujourd’hui : un ministériel honteux. » Et il lui reprochait notamment son vote pour l’expédition du Tonkin et son abstention lorsqu’il fut question d’élire les sénateurs au suffrage universel.

Il fut, en 1881, l’un des fondateurs de la « Ligue de l’intérêt public - Société protectrice des citoyens contre les abus » créée à l’initiative du docteur Edmond Goupil.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article178191, notice CASSE Germain [CASSE Eugène, François, Germain], version mise en ligne le 26 janvier 2016, dernière modification le 28 avril 2019.

ŒUVRES ET COLLABORATIONS : Citons notamment : Le Réveil, 1869, La Marseillaise, 1869-1870. — Le Radical, 1871, La République française, 1872. — Le Ralliement fondé par lui fin 1876, etc.
Manifeste antiplébiscitaire des Sections parisiennes fédérées de l’Internationale et de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières. À tous les travailleurs français, Citoyens ! [Signé] pour l’AIT : A. Combault, Reymond, Germain Casse, Berthomieu, Lafargue, E. Lefèvre, J. Johannard, J. Franquin ; pour la Chambre : A. Theisz, Camélinat, etc. Paris, Impr. E. Voitelain et Cie, s. d. [1870] in-8°, 2 pp. Bibl. Nat., Lb 56/2648.

SOURCES : Arch. PPo., B a/441, B a/1001. — Arch. Claris (IFHS) : note sur G. Casse. — Le Réveil du 12 juillet 1870 et La Cloche du 13 juillet 1870. — Les Hommes d’aujourd’hui, 4 pp. s. d. [1881], 3e volume, n° 133, consacré à G. Casse, dessins de Gill. — Gustave Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire, Bibl. des « Temps nouveaux », n° 27, Bruxelles s. d., préface de L. Descaves, fév. 1902, XII + 604 p., rééd. Paris, SEF/Tête de Feuilles, 1972, p. 320. —M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire à la fin du second Empire, Paris, Armand Colin, 1960, p. 141.
On trouve la signature autographe de Casse à Arch. PPo., B a/441.

ICONOGRAPHIE : Arch. PPo., B a/1001.

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