VẾRON Denise, Hélène, Jeanne, Suzanne [née DIETRICH]

Par Daniel Grason

Née le 2 décembre 1918 aux Lilas (Seine), morte le 1er juillet 2004 à Paris (XIVe arr.) ; institutrice puis interprète comptable au cours de la Seconde Guerre mondiale, arrêtée pour complicités de menées communistes ; internée ; résistante.

Denise Véron
Denise Véron

Fille d’Isidore et d’Eugénie, née Dietrich, institutrice, titulaire de deux baccalauréats, Denise Véron suivit des cours à la faculté des lettres de Paris, à la Sorbonne. Professeur d’allemand, elle enseigna dans des établissements secondaires. Elle vivait avec son ami Jean Atlan au 16 rue de la Grande-Chaumière à Paris (VIe arr.), son frère ayant été interné comme israélite, il portait le nom de Véron. Denise travaillait en 1942 en tant qu’interprète comptable à la maison Von der Wettern à Tilloloy dans la Somme.
Denise Véron était de santé fragile, le samedi 30 mai 1942 elle eut une syncope dans la rue, un médecin l’examina à son domicile, elle présentait une arythmie avec insuffisance cardiaque en relation avec une lésion pulmonaire suspecte.
Elle fut arrêtée en compagnie de Jean Atlan le 9 juin 1942 vers 20 heures à la hauteur du 15 boulevard du Montparnasse à l’angle de la rue Delambre. Cette interpellation des inspecteurs des Renseignements généraux faisait suite à la découverte d’une carte d’identité à son nom au domicile de Madeleine Marzin. Celle-ci était présentée comme une des « meneuses » de la manifestation organisée le 31 mai 1942 par le Parti communiste contre les restrictions imposée par l’occupant devant le magasin d’alimentation « Eco » à l’angle des rues de Seine et de Buci dans le VIe arrondissement. Deux gardiens de la paix furent tués par des FTP qui assuraient la protection des militants.
Elle fut considérée « complice » de la tentative de pillage le dimanche 31 mai 1942 du magasin d’alimentation « Eco » rue de Buci. Les policiers étaient persuadés que l’appartement du 16 rue de la Grande-Chaumière loué par Denise Véron visait à soustraire Jean Atlan des persécutions menées contre les Juifs.
Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, elle a été fouillée par une femme policière. Elle portait sur elle deux permis de circulation, qu’elle utilisait irrégulièrement, un certificat de travail de l’entreprise Von den Wettern sur du papier semblable à celui sur lequel avait été rédigé un certificat au nom de Lavergne, et qui avait été trouvé chez Madeleine Marzin, des feuilles de papier portant des annotations. Enfin, une somme de trente-trois mille francs.
Ayant quitté sa profession d’institutrice, elle affirma n’avoir aucune relation avec ses anciens collègues, ni avec sa mère. Des cartes textiles avaient été saisies chez sa mère Eugénie Diétrich au nom de Jean et Camille Atlan. Elle répondit que s’était pour l’achat de chemisettes.
Elle déclara qu’elle venait à Paris avec Jean Atlan tous les quinze jours. Le couple était là le samedi 30 mai et repartit le lundi 1er juin à Tilleloy. Les policiers lui demandèrent ce qu’elle avait fait le 31 mai, elle répondit : « Je ne suis pas sortie de chez moi avant midi, midi et demi. Je suis allée déjeuner dans un restaurant près du métro Vavin, j’en suis sortie il était environ 14 heures 30. »
Elle rentra chez elle, attendit la visite du docteur en raison de deux syncopes qu’elle avait eu la veille. Elle se promena ensuite dans le quartier, puis dîna chez sa mère. Elle affirma qu’au cours de cette visite : « Il n’a été question, à aucun moment, des incidents graves qui s’étaient déroulés dans la matinée. » Et précisa : « Je n’ai du reste appris ce qui s’était passé rue de Buci, ce matin-là, qu’après mon arrestation. »
Comment connaissait-elle Madeleine Marzin lui demandèrent les policiers ? Elle avait fait sa connaissance cinq ou six ans auparavant chez sa mère et quand elle fut hébergée par elle. Elle qualifia de « superficiels » les rapports qu’elle eut avec elle. Elle précisa « Nos sujets de conversation portaient surtout sur le métier d’éducateur, questions théâtrales, littéraires et autres. » Elle affirma « Jamais la question politique n’a été abordée entre nous. »
Les policiers lui présentèrent deux cartes, une d’alimentation et l’autre de viande saisie au domicile de Madeleine Marzin. Des explications lui furent demandées. Elle répondit qu’elle ne lui donna pas l’autorisation « de se servir de mon nom. » Il en fut de même du certificat de travail de l’entreprise Von den Wettern au nom de Lavergne. Sa réponse fut identique : « Ce n’est pas moi qui ai procuré cette pièce à mademoiselle Marzin. » A l’issue de sa garde à vue ses trente-trois mille francs lui furent restitués.
Emprisonnée à la prison de la Roquette à Paris (XIe arr.). Elle demanda au Juge d’instruction l’autorisation d’épouser Jean Atlan emprisonné à la Santé. Le Préfet de police dans une lettre du 24 septembre 1942 s’y opposa au motif d’une « évasion possible, ces détenus étaient intimement liés avec la demoiselle Marzin dont la fuite vient d’avoir un certain retentissement. »
Son avocat écrivit le 8 janvier 1943 au préfet de police, il lui demandait « qu’il ne soit pas pris contre elle une mesure d’internement administratif qui n’aurait pas sa raison d’être, étant donné que Mademoiselle Véron n’est pas et n’a jamais été communiste, qu’elle n’a été impliquée dans une affaire de cet ordre que d’une façon fortuite. » Le 9 janvier 1943 Denise Véron bénéficia d’une ordonnance de non-lieu. Elle fut néanmoins transférée le 11 janvier 1943 au camp des Tourelles à Paris (XXe arr.).
Dans un courrier de plus de deux pages adressé au Préfet de Police en date du 2 février 1943, elle protestait contre son internement et proclamait son innocence : « Ma mère madame Eugénie Diétrich, institutrice retraitée du département de la Seine, ayant fait la connaissance de mademoiselle Marzin dans des circonstances que j’ignore, avait consenti, il y a quelques années, à la recevoir chez elle. Mademoiselle Marzin venait de faire un long séjour au sanatorium de Sainte-Feyre. » Elle expliquait qu’elle fit à cette occasion sa connaissance « Mais depuis bientôt trois ans » elle avait quitté le domicile maternel, elle n’avait « plus l’occasion » de la rencontrer. » En conclusion elle demandait au Préfet de « faire le nécessaire pour que ma libération soit effective. »
Le 16 février 1943 trente-cinq internées administratives des Tourelles dont Denise Véron étaient transférées au camp de La Lande à Monts (Indre-et-Loire). Elle envoya le 3 mars 1943 une lettre au Chef du Gouvernement dans laquelle elle retraçait son parcours professionnel et faisait part de son état sanitaire lié à un accident pulmonaire datant de 1938. « Au moment de mon arrestation j’étais en traitement pour anémie globale […] que 9 mois de détention ont encore aggravé en dépit des soins reçus à la Roquette et ici-même. »
Elle écrivait « que jamais à aucun moment de ma vie je n’ai appartenu à un parti politique quelconque ni manifesté de sympathie pour quelque organisation politique que ce soit. » Denise Véron soulignait : « une santé autant que mes inclinations m’interdisait toute activité politique. Au reste mon attitude en prison comme en camp prouve assez combien je suis étrangère à toutes des questions. »
Le 16 mars 1943 le médecin qui examina Denise Véron après sa syncope de mai 1942 rédigea un certificat médical. Il écrivait notamment : « Elle a besoin de longs soins médicaux et d’une surveillance de tous les instants. » Son médecin traitant lui fit de même en délivrant un certificat daté du 22 mars 1943 où il indiquait qu’elle présentait « une diminution respiratoire » et que « son état restait précaire avec anémie marquée. » André Grisoni, maire collaborationniste de Courbevoie adressa le 7 avril les certificats au Préfet de police Amédée Bussière en soulignant que « d’après les renseignements » qui lui avaient été donnés « cette Demoiselle Véron n’a commis aucun acte répréhensible. » Le préfet répondit négativement.
Elle s’adressa le 29 mars 1943 au Préfet de police du département de la Seine, dans son courrier elle retraçait son parcours depuis son interpellation des deux mois qu’elle passa au dépôt au camp de La Lande où elle était. Elle rappelait son état de santé « au moment de mon arrestation j’étais en traitement pour anémie globulaire grave que bientôt 10 mois de détention ont encore aggravé en dépit des soins reçus. […] Admise à l’Infirmerie le 18 février 1943 sur ordre de monsieur Mercier médecin du camp, mon état de santé n’en est pas moins chaque jour plus déficient (grosse perte de poids, faiblesse, syncopes, troubles hépatiques et intestinaux, affection pulmonaire) et ainsi que Monsieur Mercier le certifie incompatible avec l’internement. » En conclusion, elle sollicitait « une libération médicale. »
Elle écrivit de nouveau au Préfet de police de Paris le 28 mai 1943, elle demandait son transfert au camp des Tourelles où se trouvait en détention administrative sa mère Eugénie Diétrich. Un avis favorable lui fut accordé pour aller dans un établissement hospitalier. Le 23 août 1943 sa jeune sœur envoya un télégramme au Préfet de police de Paris où elle soulignait qu’elle était « innocente a subi quinze mois de détention stop même si soupçons éventuels persistent me permets faire appel à votre cœur de grand Français pour solliciter mesure clémence pour jeune intellectuelle vingt-cinq ans désireuse seulement se soigner chez elle et continuer études. »
Le camp des Tourelles n’étant qu’un centre de passage, Denise Véron a été transférée le 13 octobre 1943 au sanatorium surveillé de La Guiche (Saône-et-Loire). Le transfert se fit par le train, une autre internée Jeanne Deus était avec elle, un brigadier et un gardien de la paix les accompagnaient. Tous les quatre arrivèrent à Paris Austerlitz à 6 heures 30. A la sortie de la gare, les policiers consultèrent un plan du métro pour aller à la gare de Lyon, Jeanne Deus en profita pour s’échapper.
Le 4 février 1944 Denise Véron fut admise dans un hôpital de Lyon en raison de son « état de santé très précaire. » Le 14 février 1944 « un avis défavorable » à sa libération, était donné du fait de ses relations avec des auteurs et complices de l’action de la rue de Buci au cours de laquelle un brigadier et un gardien de la paix avaient été tués. Elle déposa un recours en libération, le Chef du Gouvernement le rejeta le 22 juin 1944.
Après la Libération, Denise Véron épousa le 29 septembre 1944 en mairie du XIVe arrondissement Jean Atlan, artiste peintre, militant trotskyste. Jean Atlan déposa au nom de sa femme devant la commission d’épuration de la police : « Ma femme a été conduite aux Brigades spéciales dès son arrestation et y est restée quinze jours, puis envoyée au Dépôt où elle a été détenue deux mois. Conduite ensuite à La Roquette elle y est restée dix mois, puis a bénéficié d’un non-lieu. Elle a été placée en liberté surveillée dans différents camps d’internement et a été libérée au camp de Poitiers par la Résistance en août 1944. Elle n’a pas été frappée pendant son stage [passage] aux Brigades spéciales. »
Denise Véron a été homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF).
Elle mourut le 1er juillet 2004 à l’âge de 85 ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article178187, notice VẾRON Denise, Hélène, Jeanne, Suzanne [née DIETRICH] par Daniel Grason, version mise en ligne le 22 mars 2018, dernière modification le 14 mars 2019.

Par Daniel Grason

Denise Véron
Denise Véron

SOURCES : Arch. PPo. GB 098, KB 96, 1W 300. – Bureau Résistance GR 16 P 590845. – Notes de Vincent Audren : AD d’Indre-et-Loire 120 W 43. – État civil.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 189

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