Née vers 1930, décédée le 7 janvier 2001 ; enseignante dans une école coranique ; femme politique, militante du PPT-RDA, combattante du Frolinat.

Hadjé Halimé Oumar, plus souvent appelée Hadjé Halimé, est née vers 1930 dans la région du Salamat, de mère Salamat et de père Ouaddaien. Enseignante à l’école coranique, elle commence à enseigner au Salamat et continue dans la capitale, Fort-Lamy.
Hadjé Halimé est d’abord une militante du Parti Progressiste Tchadien-Rassemblement Démocratique Africain (PPT-RDA). Elle a notamment été proche de Gabriel Lisette, le fondateur du parti, et de sa femme, Yéyon Lisette. Elle devient responsable des femmes du Nord à la suite de l’Assemblée générale du 2 avril 1950 – Kaltouma Djembang est alors responsable des femmes pour le Sud. Hadjé Halimé joue un rôle central dans la campagne pour la suppression de l’impôt sur les femmes. À cette époque, expliquait-elle, « on arrêtait les femmes, à leur arrivée sur le marché ou n’importe où. On les laissait au soleil jusqu’à ce qu’elles paient l’impôt qui était de 370 riyals par personne. La situation était préoccupante ».
Hadjé Halimé appartient à la délégation tchadienne qui rencontre le président René Coty en France à la veille de l’indépendance. Elle choisit de rentrer au Tchad même si Gabriel Lisette lui conseille de rester en France. Après l’indépendance et la prise du pouvoir par François Tombalbaye en 1960, Hadjé Halimé subit la répression d’Etat. En septembre 1963, lors de la vague de répression contre les opposants, l’unique fils de Hadjé Halimé est tué par les forces de sécurité. Elle est elle-même arrêtée en raison de sa proximité avec Gabriel Lisette – alors exilé en France. Elle restera 11 ans et 9 mois en prison à Kélo.
Hadjé Halimé est libérée le 28 avril 1975, quelques jours après le renversement du régime de François Tombalbaye. Sa santé s’est dégradée en prison où elle a été torturée. Les époux Lisette lui permettent de se faire soigner en France.
En 1978, elle part en Libye où elle rejoint le Front de libération nationale du Tchad (Frolinat). Elle s’entraine au maniement des armes et participe à des combats. Les combattants, dit-elle, ont fait d’elle « la mère de la Révolution ».
Elle revient à N’djaména en 1980 avec les Forces Armées Populaires (FAP) de Goukouni Oueddeï. Elle est alors la présidente du groupe des femmes du Frolinat. Après la victoire de Habré en 1982, elle repart avec les forces fidèles à Goukouni Oueddeï en Libye. Elle ne revient au Tchad qu’en 1991, soit un an après le renversement de Hissène Habré par Idriss Déby.
En 1993, elle participe à la Conférence Nationale Souveraine (CNS) en tant que personnalité non liée au Gouvernement. Dans les réunions, elle s’illustre parmi les plus fervents défenseurs de la langue arabe.
En 1994, elle crée une association de femmes nommée Az-Zara. Au nom de cette association, elle est élue parmi une dizaine de femmes candidates membre du Conseil Supérieur de la Transition. Elle y restera quatre ans.
En juin 1996, elle est candidate aux élections législatives. Comme il était impossible de se présenter comme indépendante, elle choisit d’être une candidate du parti de Bernard Bangmadi avec qui elle avait été dans « la révolution ». Elle n’est pas élue.
Elle a aussi ouvert une école privée à N’Djaména : Djil as-Saïd, « génération montante », fréquentée selon les années par un effectif de 400 à 600 enfants, garçons et filles, où l’enseignement se faisait en arabe.
À la fin de sa vie, elle accueille chez elle à N’Djamena plus de vingt-cinq enfants : des orphelins, dont les parents étaient morts au combat ou dans les prisons d’Hissène Habré. Elle décède en 2001, un an après avoir accompli son sixième pèlerinage à La Mecque.
Elle résume ainsi son bilan : « J’ai lutté pour le peuple comme j’avais lutté contre le colonisateur ».

Sources : Marie-José Tubiana, Parcours de femmes. Entretiens. Sépia, 2004, pp. 88-100 ; Brahim Moussa, Le Progrès, n° 189 du 18 décembre 1998.

Marie-José Tubiana

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