O’REILLY Robert, Richard

Par Pierre Baudrier

Né à Paris vers 1800 mais son identité réelle pose problème. Condamné en 1832 pour participation à l’insurrection des 5 et 6 juin 1832, il fut libéré en 1836 ; secrétaire général de la Préfecture de Police en 1848, fabricant de serres de jardin sous l’Empire, maire du Xe arrondissement de Paris fin 1870, ne participe pas à la Commune, membre du conseil de surveillance du Mont-de-Piété après la Commune.

O’Reilly Robert, Richard serait né à Paris vers 1800 mais son identité pose problème. Dans la liste, l’« Album », des décorés de Juillet il fut le seul, de la lettre O, dont les prénoms ne soient pas précisés. Le registre d’écrou de la prison de Sainte-Pélagie où il avait été incarcéré après avoir brandi le drapeau rouge le 5 juin 1832 indique qu’il était né de Robert Bray O’Reilly et de Clotilde Loiselle à Paris, qu’il était âgé de 32 ans et veuf. Or l’acte de naissance est introuvable et ce registre d’écrou est la seule source signalant cet état-civil. L’extrait d’acte de décès d’O’Reilly, décédé au Raincy le 10 février 1876 -, indique que « Robert Richard O’Reilly, sans profession, célibataire, âgé de soixante-quinze ans, né à Paris était fils de Robert Bray O’Reilly décédé et de mère non dénommée … ». L’ascendance d’une Clotilde Loiselle n’est pas démentie par le prénom d’une fille hors mariage, Clotilde Athalie, née à Paris le 31 janvier 1833 d’Anne Françoise Golliard, fille qu’O’Reilly reconnut à Sainte-Pélagie par acte passé le 5 janvier devant Me Couchies et son collègue. En 1874 O’Reilly fut condamné à payer à sa fille, Mlle O’Reilly, une pension mensuelle de 100 francs. Dans le dossier d’O’Reilly aux Archives de la Préfecture de Police une page d’un journal non identifié, du 13 avril 1874 d’après une note manuscrite, reproduit l’arrêt du tribunal. Ce devait être Le Gaulois du 12 avril. O’Reilly avait plaidé sans succès qu’il était en état de mort civile en 1833. Plus accessible, une brochure antirépublicaine de 1877 donne les mêmes informations sur ce point.Les activités d’ingénieur d’O’Reilly, sous le Second Empire, ne démentent pas non plus la paternité de Robert Bray O’Reilly. Google.books révèle qu’O’Reilly fabriquait du coke-charbon, également des serres en fer en collaboration avec la compagne de Deschapelles – l’ami d’O’Reilly décédé en 1847 – Marie-Anne-Caroline Lefèbvre, 92 rue du Faubourg du Temple. Plus tard, à la même adresse, on trouve la société O’Reilly et Dormoy, fabricants de serres. A la mort d’O’Reilly en 1876, Mlle Lefèbvre réclama sur son héritage le solde lui revenant du compte de liquidation de l’ancienne société Lefèbvre et Cie, dont O’Reilly avait été partie prenante (Notaire CV, carton 1598, janvier 1833). Cette liasse de janvier 1833 contient une pièce évoquant la liquidation de 1876. La filiation précitée d’O’Reilly demeure problématique. En 1979 les Archives de la Préfecture de Police répondaient à une requête : « O’Reilly Richard, procureur de la république près le tribunal de 1ère instance de Bernay (Eure), secrétaire-général de la préfecture de police 5 août 1848 – 26 décembre 1848, démissionnaire, maire du Xe arrondissement de Paris en 1870 ». Or Robert-Richard O’Reilly n’a jamais été procureur. D’après les Notices biographiques sur les O’Reilly (1969) du Père Patrick O’Reilly, le procureur de la république près le tribunal de 1ère instance de Bernay (Eure) se prénommait Marie, Jacques, Ernest. Il fut juge suppléant à Neufchatel le 12 juin 1845 et substitut dans la même localité le 26 octobre 1846. Le Moniteur Universel de 1848 signale des affectations de Robert-Richard et d’Ernest. A la page 836 du n° 106 du mardi 15 avril 1848, un O’Reilly – c’est Robert-Richard - est nommé consul de 2ème classe à Malaga et d’après les Archives des Affaires Étrangères, il le fut à compter du 14 avril et remplacé le 26 mai. De son côté, O’Reilly, substitut près le tribunal de Neufchâtel, est nommé à Bernay (p. 1123, n° 44 du mardi 23 mai).
La confusion perdure dans la Réponse du citoyen Blanqui, diffusée à la mi-avril alors que le document Taschereau avait paru le 1er avril. Il y est question d’un révolutionnaire sincère, chef de la moitié des révolutionnaires parisiens, qui fut nommé par la suite procureur du roi par Louis-Philippe.
A-t-on été jadis, à la Préfecture de Police, réellement abusé sur le passé de Robert-Richard O’Reilly ? Blanqui faisait-il effectivement allusion à O’Reilly dans la Réponse du citoyen Blanqui  ? On peut le croire tant les révolutionnaires-futurs procureurs devaient être rares.
En fait, il n’y eut pas de révolutionnaires-futurs procureurs. La confusion entre Robert-Richard O’Reilly et Ernest O’Reilly intrigue d’autant plus qu’à vrai dire, c’est une autre usurpation d’identité qu’on est tenté d’attribuer à Robert-Richard. Il aurait été ce Pierre-Romain O’Reilly, bien connu des stendhaliens, prétendument décédé du choléra le 30 avril 1832, le jour où un journal annonçait par erreur le décès de Mme O’Reilly. À peine Pierre-Romain serait-il mort que Robert-Richard entre à Sainte-Pélagie, le 2 mai, le jour même où le décès de Mme O’Reilly est démenti. On aurait imputé un charivari à Robert-Richard. Il sort de prison un mois plus tard, juste assez tôt pour brandir le drapeau rouge le 5 juin. « Veuve » donc, mais peut-être l’était-elle effectivement, Mme O’Reilly épousa le directeur du Temps, Jacques Coste, né à Bordeaux le 9 septembre 1797.
Une dernière coïncidence. Mme Coste se sépara de biens de son mari le 28 octobre 1847, le lendemain de la mort de Deschapelles qui était attendue depuis plusieurs mois.
En juin 1832 O’Reilly était président de la Société des réclamants de Juillet et brandit un drapeau rouge voilé d’un crêpe. Il fut condamné à la déportation le 26 novembre 1832. On lit dans la Gazette des Tribunaux : « La troisième [affaire à juger] concerne Oreilly. Cet accusé a une belle figure, une barbe longue et un peu grise descend sur sa poitrine ; il déclare être âgé de 50 ans [sic : PB] ; il est propriétaire. ». Sa peine fut commuée en dix ans de détention, puis en dix ans de bannissement, sur sa demande. Il était en semi-détention à la fin de son incarcération à Sainte-Pélagie et bénéficia de la grâce royale du 6 octobre 1836. Le 15 juillet 1833 il avait adressé pour publication au citoyen Marchais la brochure De la force publique. A toutes les gardes nationales de France qui ne parut pas, saisie par la police, de sorte qu’il semble n’en rester que deux exemplaires, celui de la BNF et celui des AN. En 1848 il intercala la publication de la Loi du Peuple de Deschapelles, qu’il cosigna, entre celle du document Taschereau et celle de la réponse de Blanqui.
O’Reilly gagna sa vie comme éditeur en 1846 mais fut mis en faillite en 1853. Le syndic de faillite écrivait :
« En 1837 il s’est fixé définitivement à Paris. Il ne lui restait alors de la succession de son père qu’un capital lui produisant de 15 à 1800 francs de revenus.
Après être resté pendant deux ans sans occupations sérieuses il est entré en 1839 comme caissier chez Mrs Blanc et Cie commissionnaires de roulage et il y est resté 4 années.
En 1843 il s’est rendu adjudicataire d’une exploitation d’engrais dont la réalisation a duré deux ans et qui lui a procuré quelques bénéfices.
En 1845 il s’est occupé de l’organisation d’une société qui s’est formée sous la raison Alquier & Cie pour l’établissement des entrepôts du nord et de l’est que l’on devait faire sur les terrains achetés par Mr Ardoin. Il lui avait été attribué 20 actions libérées de 1000 francs chacune pour rémunération de ses soins et il avait souscrit un assez grand nombre d’actions sur lesquelles il a fait des versements jusqu’à concurrence de 34 000 francs.
Cette affaire n’ayant point réussi il a entrepris en 1846 avec un sr Armingaud la publication de deux ouvrages : L’histoire des peintres et le Livre des familles. »
O’Reilly était un politique, défini par sa position en juin 1848 : secrétaire général de la Préfecture de Police, et par la date de son éviction : fin décembre 1848. Il sera quelques semaines maire du 10e arrondissement de Paris fin 1870, ne participa pas à la Commune, membre du conseil de surveillance du Mont-de-Piété après la Commune.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article178013, notice O'REILLY Robert, Richard par Pierre Baudrier, version mise en ligne le 18 janvier 2016, dernière modification le 11 janvier 2017.

Par Pierre Baudrier

ŒUVRE : De la force publique. A toutes les gardes nationales de France, Paris, Rouanet, 1833. — Deschapelles et O’Reilly, La Loi du Peuple, Paris, Giraldon, 1848.

SOURCES : AN : C 932A, chemise du 26 mai 1848 ; Archives de Paris, registre D10U13 29 - ; cote D2y13 – 19, n° 209 ; Henri Guillaumot, La Morale révolutionnaire en action ou Choix de Faits mémorables & Anecdotes instructives propres à faire aimer la Marianne, à former le cœur des jeunes citoyens par l’exemple de toutes les vertus civiques, Paris, Bureaux de la Gazette Française, 82, rue Bonaparte, 1877, pp. 7-8. — Prosper Mérimée, Correspondance générale établie et annotée par Maurice Parturier avec la collab. de Pierre Josserand et Jean Mallion... Tome 16, p. 27. — André Doyon, Yves Du Parc, Les Amitiés parisiennes de Stendhal. Préf. de Victor Del Litto. Lausanne, Grand-Chêne, 1969, pp. 161, 160. — France. Cour des Pairs, Attentat du 27 décembre 1836. Procédure. Dépositions de témoins, Paris, Impr. Royale, 1837, pp. 88, 93, 94, 108. — France. Cour des Pairs, Attentat du 27 décembre 1836. — Interrogatoires des accusés, Paris, Impr. Royale, 1837, pp. 79, 161. — France. Cour des Pairs, Attentat de décembre 1836. Rapport fait à la Cour par M. Barthe, Paris, Impr. Royale, 1837, pp. 44, 53. — Gazette des Tribunaux, lundi 26 et mardi 27 novembre 1832, p. 2, 2e col. — Journal des débats politiques et littéraires, mercredi 23 août 1848, p. 2. — Dictionnaire ou tableaux synoptiques d’après les journaux judiciaires des faillites, séparations de biens, nominations de conseils judiciaires, interdictions et réhabilitations. Prononcées par les tribunaux de Paris, depuis le 24 février 1848 jusqu’au 1er janvier 1863, précédé de la jurisprudence y relative et suivi d’un supplément annuel, Paris, Chez l’Auteur, Rue Rambuteau, n° 2, 1863, p. 358. — Felix Bamberg, Geschichte der Februar-Revolution und des ersten Jahres der französischen Republik von 1848…, Braunschweig, Westermann, 1848, p.111. — Notice du DBMOF par Thomas Bouchet.

ICONOGRAPHIE : Portrait, BNF, Département des Estampes.

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