BRANÇON Maurice [BRANÇON René, Maurice]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 12 février 1887 à Châteauroux (Indre), mort le 18 janvier 1956 à Paris (XIXe arr.) ; marié le 12 juin 1909 à Saint-Cloud (Seine-et-Oise) avec Ernestine Pont, père d’une fille née vers 1915, divorcé ; marié en secondes noces le 4 mai 1935 à Paris (IXe arr.) avec Georgette, Maria Schuster ; employé à la Compagnie du gaz ; secrétaire de l’Union des syndicats unitaires de la Seine (1923-1924) ; membre du Comité directeur du Parti communiste (octobre 1922-janvier 1923).

Maurice Brançon débuta à la trésorerie générale de l’Indre (1900-1905) avant de travailler dans la région parisienne à la Maison Arrault de Saint-Cloud (Seine) (1906-1907). Il fit son service militaire de 1907 à 1911. Revenu à la vie civile, il fut employé puis inspecteur au service de l’éclairage privé qui devint par la suite la Compagnie du gaz. Syndiqué depuis 1911, il exerça les responsabilités de délégué receveur, puis de secrétaire de catégorie, de membre de la commission exécutive et de la commission du travail. Il habitait alors dans le Ier arr. de Paris.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, Maurice Brançon fut gazé et réformé avec pension en 1918. Il adhéra alors à la 17e section socialiste de la Seine où il se rangea parmi les partisans de l’adhésion à la IIIe Internationale. Le service de l’éclairage privé le révoqua le 14 mai 1920 pour avoir été un des animateurs du comité de grève pendant le mouvement de mai. Il attendit quatorze mois (1er juillet 1921) sa réintégration en assurant la direction d’une coopérative de vente. Brançon exerçait de modestes responsabilités politiques et syndicales : après avoir suivi les cours de l’école de propagandiste communiste, il fut élu membre suppléant du comité de la Fédération communiste de la Seine en septembre 1922. Aussi s’étonne-t-on de découvrir son nom dans la liste du Comité directeur élu au congrès de Paris (15-19 octobre 1922). Il avait, comme le notait un rapport de police, « bénéficié de la manœuvre qui [fit] élire la fraction centriste » et écarter les représentants de la gauche. Le mois suivant, Brançon se rendit à Moscou, au IVe congrès de l’Internationale communiste (4 novembre-5 décembre 1922) et se résigna, sous la pression de l’IC, à donner sa double démission du Comité directeur et de la franc-maçonnerie. Il quitta officiellement, et définitivement, le Comité directeur lors de la conférence nationale de Boulogne-sur-Seine, le 21 janvier 1923. L’Humanité du 13 octobre 1922 le présentait comme un militant du XVIIe arrondissement.

Brançon restait disponible pour d’autres fonctions. La fraction communiste de l’Union des syndicats unitaire de la Seine lui proposa de succéder à Louis Vadecart* au poste de secrétaire permanent. À la réunion du Comité général, le 27 juin 1923, Brançon dut affronter le candidat non communiste Vallet, ancien membre du Comité pour la reprise des relations internationales et des Comités de défense du syndicalisme, qui déclara : « je suis contre Moscou », je suis ennemi de tout pouvoir « qu’il soit bourgeois ou prolétarien ». Brançon rappela son passé syndical, sa révocation de 1920 et s’affirma en accord avec les résolutions du congrès unitaire de Saint-Étienne (juin-juillet 1922), avec le IIe congrès de l’ISR. Il précisa : « Tout en étant partisan de l’autonomie syndicale, j’approuve les accords circonstanciels du syndicalisme avec les partis politiques qui se réclament de la lutte de classe et de la révolution prolétarienne » (l’Humanité, 29 juin 1923 et Arch. Nat. F7/13618, rapport du 28 juin 1923). Il fut élu avec 105 voix contre 42 à Vallet et 3 nuls. Il entra à la commission exécutive nationale au IIe congrès de la CGTU réuni à Bourges en novembre 1923. Mais sa présence à la tête du syndicalisme parisien dura peu : le 30 janvier 1924, le comité général accepta la démission de Brançon « pour raison de santé » et nomma un secrétaire provisoire, Chauveau, en attendant l’élection statutaire de Doyen le 31 mars 1924. La maladie diplomatique masquait un désavœu des pratiques financières de Brançon. Selon la police, les responsables de la CGTU lui reprochaient d’avoir favorisé « l’obtention d’un prêt irrécouvrable de 55 000 francs pour la construction d’un « inhalarium » (Arch. J. Maitron). Jacques Valdour, journaliste proche de l’Action française, établi dans le monde ouvrier, donne de l’épisode de l’inhalarium une description charge mais qui montre comment Maurice Brançon a cru, de bonne foi, aux découvertes d’un docteur proche du Parti communiste et négligé par la faculté de Médecine. Il s’inspire en partie d’un article de L’Atelier du 29 septembre 1923 (Jacques Valdour, De la Popinqu’ à Ménilmuch’. Observations vécues, Paris, Éditions SPES, 1924, p. 170-175) La police précisait qu’il s’installa ensuite 6 quater rue d’Ormesson, IVe arr., pour exploiter avec sa maîtresse un salon de coiffure.
La Compagnie du gaz le réembaucha en qualité d’inspecteur pendant l’année 1927. Il habita à Enghien-les-Bains (Seine-et-Oise) de 1924 à 1936 et y milita vraisemblablement au Parti communiste (il ne fut signalé ni comme exclu, ni comme démissionnaire) à la base et sans faire parler de lui, car, les rapports de police ne signalèrent à nouveau ses activités politiques que dans le IXe arrondissement de Paris, après son emménagement 14 rue Milton, en 1936. Candidat aux élections municipales, en 1938, dans le quartier de Rochechouart, il était secrétaire adjoint des Amis du soldat du IXe et membre actif du Rassemblement universel pour la Paix. Au moment de la dissolution des organisations proches du Parti communiste, il était secrétaire du comité de propagande et d’action syndicale du IXe arrondissement, situé 12 rue de Navarin. Selon un rapport, il aurait quitté son domcile de la rue Milton, début 1940 pour s’installer à Enghien-les-Bains.

Arrêté le 6 décembre 1940, Brançon fut interné au sanatorium d’Aincourt (Seine-et-Oise), puis à Voves (Eure-et-Loir) et à Pithiviers (Loiret) où il était au moment de sa libération le 10 août 1944. Il devint maire adjoint du IXe arr. Le Parti communiste le désigna comme grand électeur du IXe arr. pour les élections sénatoriales de novembre 1946. Brançon participa à la délégation française envoyée au festival international de la Résistance à Vienne, en novembre 1954. Il fut dans les dernières années de sa vie : juge suppléant au Tribunal des pensions des victimes de guerre, vice-président d’une Fédération de l’ARAC et secrétaire général de l’Association nationale des électriciens et gaziers républicains anciens combattants et victimes de guerre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17778, notice BRANÇON Maurice [BRANÇON René, Maurice] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 7 juin 2014.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13015, rapport du 31 janvier 1924 ; F7/13586 ; F7/13618, rapport du 28 juin 1923. — Arch. J. Maitron. — Arch. Ppo, BA 2442, pièce 1101. — Note de Jean-Pierre Besse. — Compte rendu du IVe congrès de l’Union des syndicats unitaires de la Seine.

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