ADAM Louis [ADAM Marie, Philippe, Louis], dit ADAM le Cambreur

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Jean Risacher

Né vers 1812 à Soissons (Aisne), mort après 1865 ; successivement doreur sur bois ou cordonnier ou cambreur, crieur public, journaliste et gérant de presse ; militant républicain membre de la Société des Amis du Peuple, puis communiste et blanquiste ; compromis en juin 1848, exilé à Londres ; franc-maçon.

Louis Adam, doreur sur bois, demeurait rue de Tirchappe (Xe arr., maintenant Ier) et il fut écroué à La Force pour complot, du 20 janvier au 23 mars 1832. De nouveau signalé à Sainte-Pélagie le 26 juin et à La Force le 20 juillet 1832, il est possible, mais non certain, que cette détention ait été en rapport avec les événements des 5 et 6 juin 1832, auxquels, d’après Delahodde, un certain Adam, cordonnier de son état, aurait participé. Ce dernier était par ailleurs signalé comme membre de la Société des Amis du Peuple depuis le début de l’année 1832. On peut penser également qu’il s’agit d’Adam, membre de la Société des Amis du Peuple, « propriétaire », qui fut cité comme témoin lors du procès des Dix-neuf en avril 1831. Il expliqua, en tant que membre de la SAP, la permanence du bureau de la société en décembre 1830 par la nécessité de contrôler les adhésions, la police cherchant à s’infiltrer.

Collaborant avec Auguste Blanqui*, Louis Adam devint gérant du journal Le Libérateur. Il habitait alors rue de Bondy (Ve arr., maintenant Xe). Dès la fin de l’année 1833 ou dans les premiers jours de 1834, il signa et vendit à la criée « un petit écrit dit canard dans le style de la rue » (Blanqui), brochure in-8° de 4 p. imprimée par Grossteite à Sceaux et intitulée Première publication du Libérateur. Tout l’espoir des prolétaires est dans la République. Le premier et unique numéro du Libérateur parut le 2 février 1834, le canard fut saisi, et Louis Adam arrêté le 11 février. Il comparut en cour d’assises le 29 avril 1834 et fut condamné à 6 mois de prison et 1 000 F d’amende pour « délit de provocation non suivie d’effet au crime d’attentat ayant pour but soit de changer soit de détruire le gouvernement en publiant et mettant en vente un écrit intitulé Première publication du Libérateur ». Il purgea sa peine à Sainte-Pélagie jusqu’au 25 octobre 1834 et son arrestation empêcha Blanqui de poursuivre la publication du Libérateur.

Entre son arrestation le 11 février et sa condamnation, c’est sans doute lui qui fut accusé d’avoir pris part à l’insurrection d’avril 1834. Un certain Louis Adam, cordonnier de son état, fut en effet inculpé à cette occasion, mais bénéficia d’un non-lieu (Cour des pairs, CC 609 d 1 n° 287).

Dès la fin des années 1830, on retrouve parmi les rédacteurs de L’Intelligence d’Albert Laponneraye* un certain Adam, plus tard connu sous le sobriquet d’Adam le cambreur. Si l’on en croit Delahodde, il s’agissait bien de l’ancien collaborateur de Blanqui.

Avec André Savary* et Jules Mallarmet*, qu’il avait connus à L’Intelligence, Adam figura ensuite au nombre les rédacteurs de La Fraternité, journal communiste fondé en 1841 par Richard Lahautière*. Puis, toujours avec les mêmes, il prit en charge la rédaction de La Fraternité de 1845 à partir de 1846, en remplacement de Brige*. Il conserva cette responsabilité jusqu’en février 1848.

En avril 1848, Adam était vice-président du Club de la Fraternité (qui regroupait les anciens collaborateurs du journal sous la présidence de Mallarmet), lequel avait pris la suite de la Société de la Fraternité présidée par Savary. En juin 1848 Adam figura sur la liste des candidats socialistes de la Seine établie par le Club des clubs, en compagnie de Savary, Mallarmet, Étienne Cabet*, Pierre Leroux*, Kersausie*, Charles Lagrange*, Pierre-Joseph Proudhon*, Marc Caussidière*, François Raspail* et Théophile Thoré*. Il obtint 59 650 voix, mais ne fut pas élu.

Compromis lors des événements de juin 1848, Adam réussit à gagner Londres où il figura parmi les membres actifs du Club des proscrits qui tenait ses séances dans Church Street. Il signa à ce titre en compagnie de Louis Blanc*, Marc Caussidière* et Emmanuel Barthélemy* la lettre accompagnant l’envoi de fonds au journal de Charles Delescluze* La Révolution démocratique et sociale lorsque celui-ci fut condamné à une forte amende le 12 mars 1849.

Adam fut par ailleurs avec Barthélemy et Jules Vidil* l’un des principaux animateurs de la fraction blanquiste secrète. Il participa en avril 1850 à la fondation de la Société universelle des communistes révolutionnaires à Londres. Membre du Comité fondateur et central, il en signa les statuts originaux, de même que Marx, Engels et Willich pour la Ligue des communistes allemands, G. Julian Harney pour la fraction révolutionnaire du mouvement chartiste anglais et Jules Vidil. Pour la première fois apparaissait dans ce texte l’affirmation que les communistes se fixaient pour but d’instaurer la dictature du prolétariat. La Société fut liquidée début octobre, suite à la scission intervenue au sein de la Ligue des communistes. Les blanquistes londoniens, dont Adam, en tinrent rancune à Karl Marx* et prirent ostensiblement leurs distances avec lui en cosignant le 10 novembre 1850 un texte commun avec Willich en réplique à l’adresse du Comité central démocratique européen signée Ledru-Rollin*, Mazzini, Darasz et Ruge. Le Journal des débats du 26 février 1852 place en 2e colonne de la page 3 une histoire du Comité Central démocratique européen

Selon certaines sources maçonniques, Adam aurait ensuite été compromis dans l’organisation d’un complot contre Napoléon III. Sa trace se perd en tout cas à Londres en 1856.

Il était pourtant de nouveau dans la capitale anglaise vers le milieu des années 1860. À l’instar de nombreux réfugiés, Adam avait adhéré à la franc-maçonnerie. En 1865, il était membre de la loge des « Gymnosophistes ». Quelques mois auparavant, après l’abandon par les deux loges françaises de Londres de toute référence au Grand Architecte de l’Univers, il avait proposé à sa loge de travailler « À la gloire de l’Humanité ». On ignore toutefois s’il fut alors suivi. Contrairement à de nombreux autres révolutionnaires et proscrits français membres de la franc-maçonnerie, il ne semble pas avoir joué un rôle quelconque lors du lancement de l’Association internationale des travailleurs, ce qui pourrait s’expliquer par son hostilité envers Marx.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article1777, notice ADAM Louis [ADAM Marie, Philippe, Louis], dit ADAM le Cambreur par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Jean Risacher, version mise en ligne le 23 janvier 2009, dernière modification le 2 octobre 2017.

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot et Jean Risacher

SOURCES : Bibl. Nat. Lb51/4763. — Arch. Dép. Paris (Seine), Registres d’écrou DY4/12-7014 (1832) ; DY4/20-3870 (1834) ; DY8/8-1181 (1834). — Arch. PPo, A a/428. — Procès des Dix-Neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république, Paris, Prévot, 1831. — L. de La Hodde, Histoire des sociétés secrètes et du Parti républicain de 1830 à 1848, Paris, 1850 — A. Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, Dentu, 1851. — Karl Marx. Chronik seines Lebens in Einzeldaten, Moscou, 1934. — M. Dommanget, Les Idées politiques et sociales d’Auguste Blanqui, Paris, Rivière, 1957. — Rémi Gossez, « La presse parisienne à destination des ouvriers (1848-1851) », Jacques Godechot (dir.), La Presse ouvrière, 1819-1850, Paris, bibl. de la Révolution de 1848, 1966, p. 133 — J.-Cl. Caron, La Société des Amis du Peuple (1830-1833), mémoire de maîtrise sous la direction de Louis Girard, Paris IV, 1978. — Cour des Pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983. CC 609. — André Combes, « Des origines du Rite de Memphis à la Grande Loge des Philadelphes. 1838-1870 », Chroniques d’histoire maçonnique, n° 34, 1er semestre 1985. — Ph. Matthey, Les membres des sociétés secrètes républicaines parisiennes sous la monarchie de Juillet, mémoire de maîtrise sous la direction de Philippe Vigier, Paris X, 1986. — L.-A. Blanqui, Œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993.

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