BOZZI Jacques

Par Henri Manceau

Né le 24 avril 1883 à Pila-Canale (Corse), mort le 25 mai 1961 à Charleville (Ardennes) ; professeur de lycée ; militant socialiste SFIO ; franc-maçon ; président de la Fédération des Ardennes de la Ligue des droits de l’Homme.

Titulaire du baccalauréat (lettres philosophie) en 1901, licencié de lettres (philosophie) à la Faculté de Lille en 1912, diplômé d’études supérieur à Lille en 1913, marié le18 mars 1913, Jacques Bozzi fut surveillant et répétiteur aux collèges de Salin (1902-1903), Boulogne (1908-1909), Dunkerque (1911-1912), Charleville (Ardennes) en 1913-1914. Socialiste, il se manifesta lors des mouvements contre la vie chère en 1911 : partisan des délégations à la sous-préfecture, hostile aux manifestations de masse dans la rue, il n’y « descendit » que pour « endiguer la fièvre populaire ». Il était antihervéiste.
Il avait fait son service militaire d’octobre 1905-janvier 1906 dans l’Infanterie à Ajaccio, réformé temporaire, du 1er juillet 1915 au 20 avril 1916 mobilisé dans les services auxiliaires
Professeur de lettres au collège de Saint Marcellin (Isère) janvier 1915-juillet 1915, puis au collège de Carpentras octobre 1916-septembre 1918, puis au collège de Dôle octobre 1918-octobre 1919, il fut nommé Professeur au lycée de Charleville octobre 1919, y reste jusqu’au 24 octobre 1941 Il fut admis au Cercle d’études socialistes, « L’Étincelle », le 30 mars 1919. En novembre 1919, il était partisan d’une alliance avec les radicaux de « L’Union républicaine ardennaise ». « En politique, la raison doit dominer le sentiment [...] Nous devons apprendre à manœuvrer » déclarait-il alors. À la veille du congrès de Tours de décembre 1920, et peu après, il contribua à la scission, dans le cadre de « L’Étincelle ». Il écrivit beaucoup dans le Socialiste ardennais. En 1921, après la scission syndicale, il s’exprima avec passion sur les « noyautages » des socialistes révolutionnaires. Selon l’inspecteur d’académie en 1923, il a « une activité sociale variée et d’un tour politique peu sage », en 1924, il « a de la vie et peut-être à cause de la part active qu’il prend au mouvement politique, une tournure d’esprit moderne et intéressante ».
En 1924, il fut candidat aux élections législatives sur la liste du Cartel des gauches. Responsable de la rédaction du Socialiste ardennais après l’élection de Charles Boutet à la députation en 1928, il rédigea de nombreux éditoriaux dirigés surtout contre le Parti communiste. En 1932, il fut à nouveau candidat aux élections législatives dans l’arrondissement de Rocroi. Délégué au congrès de la Mutualité de juillet 1933, Bozzi était en fait de la tendance néo, mais il resta à la SFIO. Le 11 février 1934, au meeting unitaire de Charleville, il représentait la Ligue des Droits de l’Homme. Etant donné ses réserves à l’égard des communistes et son attachement au Cartel des gauches d’Herriot, il fut écarté en 1934 de la direction du Socialiste ardennais (voir Vignon*). Il fut le représentant de la Ligue des droits de l’homme au comité départemental de Front populaire et fut orateur dans de nombreux meetings unitaire en 1935. Au congrès fédéral de la LDH, après la victoire électorale du Front populaire, il souhaita le succès de l’expérience en cous, y voyant « La promesse de plus de justice sociale et de plus de justice tout court ».
Bozzi, élu conseiller municipal de Charleville en 1925, réélu en 1929, en 1935, adjoint au maire, suspendu en 1940 par le gouvernement de Vichy, se présenta après la Libération comme le successeur politique de Charles Boutet, décédé en 1943. Selon le Journal officiel du 25 août 1941, il était démissionnaire d’office de la franc maçonnerie. Membre du réseau de résistance Libération-Nord, il fut arrêté par les Allemands, emprisonné à Fresnes de janvier à avril 1944, puis placé en résidence surveillée jusqu’à la Libération.
En septembre 1944, nommé conseiller municipal par le comité départemental de Libération, il fut élu maire de Charleville malgré le veto des FFI et le demeura de 1944 à 1959 ; tête de listes SFIO, il fut député à la Constituante (1945-1946), mais ne présenta pas aux élections de la seconde constituante. Il fut conseiller de la République (1948-1955), conseiller général (1945-1958), il accéda au poste de président du conseil général des Ardennes. Partisan du réarmement allemand, de plus en plus anticommuniste, il était hostile à toute solution propre à rappeler le Front populaire, préférant des ententes avec les centristes.
La Fédération SFIO ayant décidé d’une limite d’âge pour ses candidats, Bozzi fut écarté des candidatures, en 1959.
Jacques Bozzi était chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17752, notice BOZZI Jacques par Henri Manceau, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 20 octobre 2008.

Par Henri Manceau

SOURCES : Notice fournie par l’Assemblée nationale, complétée par André Lebon, député-maire. — Registres de « L’Etincelle » (à la Fédération socialiste des Ardennes). — Le Socialiste ardennais. — Le Réveil ardennais. — L’Ardennais. — Dominique Candille Lareppe, mémoire de maîtrise sur le Front populaire dans les Ardennes, 1973, Paris I, CRHMSS — Agnès Le Borgne, L’histoire de la Ligue des droits de l’homme dans les Ardennes, Charleville-Mézières, LDH, 1998. — Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, tome 2, La Documentation française, 1992. — Arch. Nat., F17/25039 (notes de Jacques Girault).

Version imprimable Signaler un complément