BOUZANQUET Albert, Louis

Né le 31 août 1897 à Clarensac (Gard), mort le 28 janvier 1971 à Paris ; fonctionnaire civil à la Guerre. Socialiste SFIO ; militant important de la CGT en Tunisie (secrétaire général de 1936 à 1944) ; plus tard secrétaire confédéral de la CGT-FO (1947-1950).

Albert Bouzanquet
Albert Bouzanquet
Arch. FO, fonds Jouhaux

Secrétaire de la section socialiste de Tunis de 1927 à 1929, Albert Bouzanquet allait, à partir de cette date, se consacrer essentiellement à l’action syndicale. Rédacteur en chef de La Tunisie ouvrière et secrétaire général adjoint de l’Union des Syndicats, il s’engagea dans le dur conflit qui opposa les syndicats au Résident général Peyrouton au printemps 1934. Pour un article jugé injurieux, il fut muté par mesure disciplinaire à Grenoble où il continua à militer. Rentré à Tunis en octobre 1936, il reprit immédiatement ses fonctions, organisa un congrès à la suite duquel il fut élu secrétaire général. L’Union des Syndicats était alors en pleine expansion avec des effectifs nombreux mais souvent très inexpérimentés. Heureusement, Roberte Bigiaoui sut mettre l’appareil en train et en mouvement dès juin 1936. Leur collaboration confiante se prolongea jusqu’à la guerre. Ce fut la grande époque pour l’Union des syndicats dont les effectifs atteignirent 40 000 membres. L’un des grands succès de Bouzanquet a sans doute été de parvenir à syndiquer les ouvriers de mines de phosphates du Sud-Ouest. Jusqu’en 1936, il avait été impossible de parvenir jusqu’aux mineurs : la mine était installée en plein désert, le sol sur lequel étaient contruits les logements, la cantine, la poste, l’école, appartenaient en toute propriété à la mine, et celle-ci en refusait évidemment tout accès aux « étrangers ». Dans l’atmosphère du Front populaire Bouzanquet parvint à y pénétrer avec l’aide sans doute des pouvoirs publics, mais ce ne fut pas parfois sans bagarres sanglantes dont la plus grave fut celle de Métlaoui (1937). On chantait encore, trente ans après, dans la région de Metlaoui une complainte populaire qui associait dans les louanges les noms de Léon Blum et de Bouzanquet (Salah Hamzaoui).

Un conflit ayant éclaté au sein de l’Union de Tunisie en 1938, Albert Bouzanquet démissionna avec toute la commission administrative. Un congrès extraordinaire fut alors convoqué et Bouzanquet fut réélu avec toute sa liste, les candidats pro-communistes ayant été éliminés.

Après l’armistice, Bouzanquet se retrouva dans la Résistance. En novembre 1942, il parvint à passer en Algérie. Délégué le 15 novembre 1943, à l’Assemblée consultative d’Alger au titre de la CGT il négligea un peu ses fonctions à l’Union des Syndicats de Tunisie. Au congrès de janvier 1944, s’il fut personnellement réélu à la nouvelle commission exécutive, il était désormais très minoritaire, la tendance pro-communiste, à laquelle s’était jointe dès 1943 Roberte Bigiaoui, ayant remporté le plus grand nombre de suffrages.

Franc-maçon affilié à la Grande loge de France il aida le Grand maître Duesnil de Gramont dans ses interventions auprès du général de Gaulle qui aboutirent à la suppression des lois d’exception dans les territoires libérés.

Délégué à nouveau à l’Assemblée consultative de Paris (octobre 1944), il devint secrétaire confédéral de la CGT puis, après la scission de 1947, de la CGT-FO.

Membre du Conseil national économique comme délégué des territoires d’Outre-mer relevant du ministère des Affaires étrangères de 1936 à 1940, Albert Bouzanquet fut membre du conseil technique institué le 23 juin 1944 auprès du commissariat d’État aux Affaires musulmanes (général Catroux, Alger). En avril 1945, l’Assemblée consultative, le nomma à la commission permanente de coordination des affaires musulmanes.

Amené à donner sa démission du secrétariat de la CGT-FO en 1950, il cessa pratiquement toute activité, syndicale ou politique. Il conserva néanmoins une importante activité maçonnique et fut Grand secrétaire de la Grande Loge pendant trois ans (1965-1968). Il fut administrateur d un grand nombre d’organismes : comme la Caisse de l’Outre-Mer, la Radiodiffusion et expert à la Haute-Autorité du Pool Charbon-Acier.

Albert Bouzanquet, « ancien délégué à l’Assemblée consultative, ancien professeur au Collège libre des sciences économiques et sociales, ancien expert de la Haute Autorité du pool charbon-acier, officier de la Légion d’honneur, croix de guerre avec palmes, médaille de la Résistance, membre d’honneur de l’American Legion, fondateur de la CGT-FO et directeur du journal Force ouvrière » fut incinéré le 4 février 1971 au crématoire du Père-Lachaise.

Il était marié et père de trois enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17714, notice BOUZANQUET Albert, Louis, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 11 mars 2018.
Albert Bouzanquet
Albert Bouzanquet
Arch. FO, fonds Jouhaux

SOURCES : Juliette Bessis, « Le mouvement ouvrier en Tunisie des origines à l’indépendance » Mouvement social, octobre-décembre 1974. — Élie Cohen-Hadria, Du Protectorat français à l’indépendance tunisienne, Centre de la Méditerranée, Nice 76. — Salah Hamzaoui, Conditions et genèse de la conscience ouvrière en milieu rural : cas des mineurs du sud, thèse, Tunis, 1969. — Le Monde, 4 février 1971. — Lucien Botrel, Histoire de la Franc-maçonnerie sous l’Occupation, 1940-1945, Éditions Detrad. — Notes d’A. Caudron.