HÉBERT Jean-Paul

Par Anne Bucas-Français

Né en 1946 à Fécamp (Seine-Maritime), mort le 21 juillet 2010 ; militant chrétien de la gauche autogestionnaire.

Jean-Paul Hébert naquit le milieu familial modeste ; il était l’aîné de quatre enfants. Ses parents, catholiques fervents, firent le choix d’un enseignement dans des établissements privés. Ses premiers engagements furent associatifs : scouts, Conférence Saint-Vincent de Paul.

Apres son baccalauréat, Jean-Paul Hébert resta cinq ans au séminaire de Rouen, période interrompue par son service militaire. Le passage au séminaire est marqué par des désaccords fréquents avec l’institution, mais sera aussi un moment privilégié d’acquisition d’une vaste culture, et d’une vision critique de la foi. Cette vision resta la sienne, il fut actif dans les cercles de débat portant une vision ouverte du catholicisme.

En 1969 de nouveaux horizons s’ouvrirent : il s’inscrivit en Sciences économiques à l’Université de Rouen. En 1971 il épousa Elisabeth Bellenger, jeune agrégée de Mathématiques, engagée dans le scoutisme, Pierre, Pascal et Benoît naquirent de cette union. Pendant douze ans , les enfants grandirent au sein d’une communauté composée de trois familles de "cathos de gauche".
Installé a Mont Saint-Aignan à partir de 1985, la famille Hébert fit de la grande maison de la rue Beauséjour un lieu où se mêlaient convivialité et activités militantes.

Comme beaucoup d’autres militants chrétiens, Jean-Paul Hébert fut en quête d’une voie à gauche rompant avec le stalinisme et la social-démocratie, et Mai 1968 ouvrait un nouvel espoir.

L’engagement au sein du PSU répondait à cette quête et visait à faire vivre cet espoir.
L’université de Rouen sera le premier lieu d’investissement politique, d’engagements sur de multiples terrains et de confrontation tant avec le PCF qu’avec les groupes politiques d’extrême gauche. En 1976 Jean-Paul Hébert devient secrétaire de la fédération de Seine-Maritime du PSU, fortement touchée par le départ au Parti Socialiste en 1974 du courant "rocardien". Il participe activement aux débats qui traverseront le parti, confronté à la montée en puissance du Programme commun de la gauche, ainsi qu’à la campagne d’Huguette Bouchardeau à la Présidentielle de 1981.

Jean-Paul contribua à coordonner la dizaine de sections du PSU de Haute Normandie, dans une période de reflux social et politique accentué après 1983. Il restera fidèle au PSU jusqu’à la dissolution de ce parti en 1990.
Il rejoint l’Alternative Rouge et Verte après la dissolution du PSU et la fusion avec des éléments des comités "Nouvelle Gauche" issus de la campagne Présidentielle de Pierre Juquin.

En 1998, l"Alternative Rouge et Verte et des militant.e.s issus de la Convention pour une Alternative Progressiste (la C.A.P.) constituèrent les Alternatifs.

A Rouen tout est à reconstruire : Jean-Paul s’y attela avec un groupe de très jeunes adhérent.e.s, dont ses fils Pierre et Benoît. Dans un paysage de la gauche autogestionnaire dominé par les générations militantes des années 60 et 70, le comité des Alternatifs de Rouen apporte une note d’espoir par sa jeunesse et sa créativité. Jean-Paul contribue fortement au développement du groupe, il sera souvent sollicité pour apporter sa contribution à la Seine Alternative, journal des Alternatifs de Seine-Maritime. Le renforcement des Alternatifs, leur participation, avec leur sono baroque, aux manifestations, la création de la Choralternative renforce leur présence politique dans l’agglomération rouennaise. Jean-Paul Hébert est un pilier de la campagne du NON au Traité constitutionnel européen en 2005 et intervient lors du meeting qui en sera le point d’orgue et rassemble 2.500 personnes.
Peu investi dans les instances nationales du mouvement, il sera en revanche sollicité dans les colonnes de "Rouge et Vert" pour son expertise géostratégique, et pèse dans les débats d’orientation. Jusqu’à la fin de sa vie il sera présent dans les mobilisations, contre la centrale de Penly, pour le peuple palestinien, contre les mesures de régression sociale. Le congrès des Alternatifs réuni en 2010 à Rouen lui rendra un hommage émouvant.

Un des principaux investissements de Jean-Paul Hébert sera, à partir de 2003, la Choralternative de Rouen, lieu de créativité, lieu politique. Celle ci regroupe plusieurs dizaines de partIcipant.e.s, membres ou non d’associations, syndicats ou des Alternatifs, elle sera de toutes les mobilisations avec son répertoire "chant pour chant à gauche". Jean-Paul Hébert apporte son talent et sa connaissance des chants de révolte et d’espoir du mouvement populaire, il enrichira aussi le répertoire de la chorale de bon nombre de chants pour les luttes d’aujourd’hui.

Jean-Paul Hébert c’est aussi Hector Hugo, auteur de quatorze ouvrages. Ceux-ci sont destinés notamment à la jeunesse, s’y exprime son amour de la vie, l’espoir d’un monde solidaire et écologique. Romans policiers, et livres plein d’humour qui nous font découvrir un loup végétarien, ou explorent de nouvelles hypothèses a propos de la disparition des dinosaures. Son travail d’écriture a pour fil conducteur, les dernières années, une "mythologie pédagogique" qui fait découvrir a un public souvent, mais pas seulement, juvénile les grands récits de la mythologie grecque, avec "Hector, le bouclier de Troie" ou "les bûchers d’Heraclès" aux Editions Nathan.

Jean-Paul Hébert participe au combat d’idées sous des formes plus classiques. D’abord en s’inscrivant dans des projets éditoriaux, à divers titres, de gauche. C’est le cas du bulletin de la commission économie du PSU qui, s’autonomisant rapidement par rapport au parti, évoluera progressivement vers le mensuel "Alternatives Economiques".

L’aventure éditoriale des Editions Syros prit également racine au sein du PSU. Jean-Paul Hébert en fit partie prenante, sur le plan organisationnel comme au titre de responsable de la collection "Alternatives Economiques"...et auteur à succès de polars de la collection "Souris noire".

En 2009, il fut élu à l’unanimité président de "Pour Politis", association au sein de laquelle se retrouvent lecteurs/trices et membres du personnel de l’hebdomadaire. Il s’engagea activement dans cette nouvelle fonction que la maladie le contraignit à abandonner au début de l’année 2010.

Le verbe haut, fort à l’aise avec les jeunes, sa vie professionnelle débute naturellement par un passage au sein de l’Education Nationale où il est professeur d’Economie et militant actif du SGEN-CFDT. Renouant avec une culture familiale marquée par la résistance t la guerre d’Algérie, Jean-Paul s’investit dès les années 70 dans les comités de soldats et le mouvement IDS (Information pour le Droit des Soldats). Poursuivant son questionnement de la sphère militaire, Jean-Paul Héberts’implique dans des travaux universitaires. Docteur en Théorie économique, sa thèse reçoit en 1994 le prix de Thèse de défense du Secrétariat général de la Défense Nationale.

Economiste spécialiste des questions d’armement il participa à l’équipe animée par Alain Joxe au sein de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il contribua, en France ou dans le cadre de projets internationaux, à de nombreux ouvrages qui font autorité dans son champ de recherche, et publie régulièrement dans les Cahiers d’Etudes Stratégiques. Il fut membre du comité de rédaction de la revue Le débat stratégique.
Son expertise et son engagement pour la paix l’amèrent a participer a de nombreux projets ou associations (Pugwash conferences, Economistes contre la course aux armements...). Il publia également de nombreux articles dans la presse militante, entre autres dans Rouge et Vert, sur les questions géostratégiques.

Ses engagements ne se limitent pas à la sphère politique ou à celle de la recherche.
Il s’investit activement dans le soutien au peuple palestinien avec l’Association France Palestine (aujourd’hui France Palestine Solidarité). Le 4 juin 2010, peu avant son décès, il était une dernière fois dans la rue à Rouen lors d’une manifestation pour les droits du peuple palestinien.
Jean-Paul Hébert joua un rôle important au sein du comité central de la Ligue des Droits de l’Homme dont il sera un temps secrétaire général adjoint.
Il meurt le 21 juillet 2010.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article176670, notice HÉBERT Jean-Paul par Anne Bucas-Français, version mise en ligne le 11 novembre 2015, dernière modification le 12 décembre 2018.

Par Anne Bucas-Français

SOURCES : notes de Anne Bucas-Français.

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