BOUTBIEN Léon, Félix, Benjamin

Par Claude Pennetier, Justinien Raymond

Né le 25 février 1915 à Paris (XIVe arr.), mort fin février 2001 ; docteur en médecine ; militant socialiste SFIO de la Seine [Seine-Saint-Denis] puis de l’Indre, devenu gaulliste ; franc-maçon ; résistant, déporté ; député de l’Indre (1951-1955).

Par ses ascendances paternelle et maternelle, Léon Boutbien est d’origine bretonne. La famille Boutbien est implantée dans différentes communes des Côtes du Nord, du Morbihan et du Sud Finistère. Il est aussi d’origine très modeste surtout du côté maternel. Emmené en Bretagne, dès sa naissance, Boutbien y a vécu jusqu’à l’âge de six ans. Il n’a pu connaître son père, tué au combat le 27 mars 1918 : ce père, bachelier avait suivi l’enseignement de l’École hydrographique de Paimpol et il était breveté capitaine au long cours. Mais, à la demande de sa femme, il avait quitté la Marine marchande et il était entré dans les PTT comme commis. A la fin de la guerre, la mère de Léon Boutbien se remaria avec un commis des Postes, Émile Bénigaud, originaire du département de la Loire auquel Léon Boutbien doit beaucoup pour sa formation et son orientation. Cet Émile Bénigaud n’était pas militant, mais animé de convictions fermes, agnostique, franc-maçon, et son exemple s’imposera à Léon Boutbien qui, par sa mère, avait été élevé dans la pratique religieuse catholique. Cette mère tenant un commerce d’épicerie, puis un étal de fruits et légumes aux Halles, devait élever, difficilement, son fils et une fille. De 1922 à 1926, Léon Boutbien fut confié à la famille de son beau-père, fort peu aisée, à La Bénisson-Dieu (Loire), mais nulle part il n’était privé d’affection.

Léon Boutbien fréquenta l’école maternelle en Bretagne, l’école primaire laïque dans la Loire, puis rue Saint-Benoît à Paris (VIe arr.). Il manifesta de si réelles dispositions intellectuelles que son instituteur, Mr Watrelet, lui fit passer le concours des Bourses qui lui permit d’entrer au lycée Montaigne, puis en classe de 3e au lycée Louis-le-Grand, dans le cycle A’, c’est-à-dire avec latin et allemand. Bachelier, Léon Boutbien passa la cap du PCN et fit ses études de médecine, tout en travaillant, pendant deux ans, comme « manipulant des postes », après avoir, adolescent, aidé sa mère dans son commerce d’épicerie. Externe des Hôpitaux de Paris, L. Boutbien ne put tenter qu’une fois le concours de l’Internat car, en octobre 1939 il fut mobilisé comme médecin auxiliaire. Il fut aussi diplômé de Médecine du Travail.

En 1930, à l’âge de quinze ans, alors qu’il habitait Bondy (Seine, Seine-Saint-Denis) avec ses parents, Léon Boutbien adhéra au Parti socialiste SFIO. Choix précoce dû à l’ouverture d’esprit communicative de son beau-père, à une enfance et une adolescence qui lui avaient révélé ce qu’était la vie difficile, aux impressions qu’il ressentit au lycée Montaigne, au contact d’élèves venus de milieux aisés et qui, parfois, le lui faisaient sentir. Le socialisme à Bondy, c’était alors deux militants chevronnés, le maire, Isidore Pontchy*, et le secrétaire de la section, Nicolas Dimnet qui avait connu le Parti socialiste avant 1914. Léon Boutbien créa un groupe adhérent aux « Jeunesses socialistes ». Engagé plus avant dans l’action militante, avec l’âge, il fut administrateur du journal L’Étudiant socialiste, puis secrétaire national des Étudiants socialistes après Jack Enoch*. Il occupait ce poste lorsqu’il vécut les évènements de février 1934 : il était alors résolument derrière Jean Zyromski* dont il épousera une des belles-filles, Raymonde Vaysset, qui lui donnera deux fils. Cependant il se rapprocha un moment des thèses défendues par les trotskistes membres du Parti socialiste SFIO regroupés dans le groupe bolchevik-léniniste. Dans l’Entente de la Seine, Boutbien devint l’un des leaders de la tendance dite de gauche, et signa une motion présentée au congrès fédéral d’octobre 1934 réclamant en particulier l’autonomie des Jeunesses par rapport au Parti. Malgré l’exclusion des trotskystes, Léon Boutbien resta pendant plusieurs années dirigeant national des JS. Il avait alors renoué avec la « Bataille socialiste » tout en adhérant au groupe « Que faire ? » en 1938 (groupe créé par André Ferrat*).

Présent au congrès national de Royan (4-7 juin 1938), Léon Boutbien intervint à la séance du 5 pour annoncer : « Nous voterons contre le rapport présenté par le Comité national mixte des Jeunesses socialistes. Il est en effet inadmissible que dans cette organisation on emploie de telles mesures de discipline à l’égard de camarades qui ne partagent pas l’opinion de la majorité » (c.r, p. 212)

Léon Boutbien combattit la politique dite de non-intervention en Espagne en agissant au Comité d’aide à l’Espagne républicaine. Dans le cadre de la Centrale sanitaire internationale, il soutint, comme médecin, la retraite des armées républicaines en Catalogne, en février 1939. Les mêmes sentiments l’animaient en 1938 dans son hostilité aux accords de Munich et à la capitulation des puissances occidentales devant l’agression hitlérienne. Il était opposé au défaitisme qui gagnait la majorité de la Fédération socialiste de la Seine.

Devant la guerre et l’Occupation, sa conduite était toute tracée. Son unité, le 15e GRDI fut très éprouvée en mai-juin 1940, surtout quand elle tenta de colmater la brèche de Sedan, et au cours de la bataille de l’Aisne. Quand il fallut décrocher, l’unité fort atteinte se retrouva à Lyon puis dans la vallée du Rhône d’où elle gagna le Sud-Ouest ; elle enterra, dans la région de Tarbes, ses armes qui serviront à la Résistance. Léon Boutbien n’accepta pas l’idée d’armistice. Démobilisé en août 1940, il rejoignit la zone non occupée et, après un court séjour chez Jean Zyromski*, dans la région de Marmande, il regagna Paris, déçu de ne voir aucune tentative de regroupement socialiste pour le combat. Il prit les fonctions d’interne à l’hôpital de Garches où il commença à mettre sur pied les premières éditions clandestines et réalisa un petit poste émetteur pour établir la relation avec Londres. Après Garches, ce fut l’hôpital de Montgeron, mais toujours la Résistance. Arrêté le 25 décembre 1940, Léon Boutbien fut relâché après une perquisition sans résultat. Son action redoubla dans le réseau justement appelé « Action ». Le 14 janvier 1943 il fut à nouveau arrêté et emprisonné jusqu’à son envoi, le 12 juillet 1943, au camp de concentration de Natzweiller-Struthof.

À son retour de déportation, avec une santé très compromise, Boutbien appartint au Conseil national de la Résistance (CNR). Il reprit son activité médicale, créa un service de médecine du travail aux Galeries Lafayette, puis à la Construction aéronautique du Bourget. Il fut aussi médecin de la Fédération mutualiste de la Seine. À partir de 1962, il exerça aussi la médecine libérale.

Léon Boutbien reprit son action au sein du Parti socialiste, généralement opposé à sa ligne politique. Déjà, le 17 avril 1940, au cours d’une permission de convalescence il s’était dit désabusé dans une lettre à Jean Zyromski* : « Le Parti court à son discrédit de plus en plus parmi la classe ouvrière, lui disait-il. Mieux vaudrait, même si momentanément des adversaires de tendance doivent en profiter, rompre bruyamment avec cette organisation et partir à quelques-uns. Dans le désarroi actuel, en présence du dégoût légitime qu’inspire aux travailleurs la SFIO, ce geste catalyserait bien vite des éléments solides et sains recrutés en dehors du vieux Parti. » Il continua à combattre après la Libération pour une autre politique. Au conseil national de la SFIO, à Clichy, en avril 1948, il déclara contre la ligne Guy Mollet* : « lorsque nous avons une direction dite de droite, nous avions une collaboration avec les communistes. Lorsque nous avons une direction dite de gauche, nous avons une collaboration avec les curés. » Cependant, il ne songea pas, comme le fit Zyromski à adhérer au Parti communiste. « Pour ma part, lui écrivait-il, le 20 septembre 1945, je traverse une crise de déception assez grande, mais je n’ai pas trouvé de motifs suffisants pour m’inciter à adhérer au Parti communiste. » (Arch. J. Zyromski). Il fut parmi les intellectuels qui, en 1948, avec Jean-Paul Sartre, soutinrent le Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR) qui comptait parmi ses créateurs des dissidents trotskystes qu’il avait connu aux Jeunesses socialistes : David Rousset et Jean Rous.

Léon Boutbien, conseiller de l’Union Française en 1950-1951, combattit la politique menée en Indochine. Le 17 juin 1951, il fut élu député socialiste de l’Indre, mais perdit son siège aux élections de janvier 1956. En avril 1955, il avait échoué au conseil général dans le canton de Buzançais. Il était depuis 1953, secrétaire de la fédération socialiste de l’Indre et il fut membre du comité directeur du Parti socialiste de 1946 à 1951, puis à nouveau de 1956 à 1962. Il quitta le Parti socialiste SFIO en 1963 pour rejoindre le mouvement gaulliste.

De 1969 à 1979, Léon Boutbien siégea au Conseil économique et social comme personnalité nommée par le gouvernement. En 1974, il y présida la section des actions éducatives, sanitaires et sociales.

Léon Boutbien créa en 1971, puis présida, le mouvement « Présence socialiste » groupant des « gaullistes de gauche », souvent francs-maçons. A ce titre il siégea au comité central et au conseil politique du Rassemblement pour la République (RPR). Candidat de ce parti aux élections législatives de mars 1978, il ne put mener campagne en raison d’un grave accident de la route survenu quelques semaines avant. Il appartenait aux instances dirigeantes de nombreuses organisations : Union des Résistants pour l’Europe unie (président), Comité d’action de la Résistance (vice-président), Mouvement pour la Liberté du commerce (contre le boycottage des firmes liées à Israël)... Il siégeait au Conseil économique et social. En février 1998, lors du procès Maurice Papon, il avait témoigné en faveur de l’ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde. Il était grand croix de la Légion d’honneur.

Léon Boutbien s’était remarié avec Nelly Smadja, principale collaboratrice de Jean-Pierre Bloch* à la SNEP (organisme chargé d’administrer et de liquider les biens de presse saisis ou confisqués aux pétainistes) de 1949 à 1952. Il épousa en troisièmes noces, le 4 août 1963, Martine Yardin dont il eut trois filles.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17661, notice BOUTBIEN Léon, Félix, Benjamin par Claude Pennetier, Justinien Raymond, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 7 juin 2012.

Par Claude Pennetier, Justinien Raymond

ŒUVRE : En collaboration avec Roger Clair, Chaque homme soit « dieu » : hypothèses militantes pour l’unité des travailleurs, Paris, 1952, 57 p. — Le Gourou, 1954. — L’Indochine, 1950. — Natzweiller Struthof (en collaboration), 1956. — Léon Boutbien collabora, en outre, aux journaux suivants : l’Étudiant socialiste (avant le Front populaire), Libertés, Masses (à la Libération), Franc-tireur, Combat, Présence socialiste.

SOURCES : Arch. J. Zyromski, (importante correspondance entre le dirigeant de la « Bataille socialiste » et son gendre). — La Vérité, 12 octobre 1934. — Que faire ? 1938. — Les dossiers de l’histoire, n° 7, p. 73. — Jean Rabaut, Tout est possible, op. cit., p. 132. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la section française de la LCI (1934-1936), mémoire de maîtrise, Paris I, 1974. — J.-J. Thomas, Esquisse de l’histoire du groupe Que faire, 1933-1939, mémoire de maîtrise, Rennes. — R. Biard, Dictionnaire de l’extrême-gauche de 1945 à nos jours, Paris, 1978, notice « Rassemblement démocratique révolutionnaire ». — Whos’s who, 1979-1980. — H. Coston, Dictionnaire de la politique française, t. 1 et 3. — Le Monde, 11-12 novembre 1979. — Renseignements recueillis auprès de la Fédération socialiste de l’Indre. — Enquête auprès de Léon Boutbien, 1979. — Notes d’A. Caudron.

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