BOUSSEL Pierre dit LAMBERT Pierre, dit Andréi Pierre, Temansi, Lejeune, Lepage Victor, Lamotte

Par Pierre Broué

Né le 9 juin 1920 à Paris (XIIe arr.), mort le 16 janvier 2008 ; militant trotskyste depuis 1938 ; responsable syndical à la Sécurité sociale (CGT, puis CGT-FO) ; dirigeant du Parti communiste internationaliste.

Né d’immigrants juifs russes, ayant vécu sa petite enfance dans la « zone » de Montreuil, Pierre Boussel fit des études primaires supérieures et commença des études supérieures d’histoire, interrompues par la guerre. Il n’avait pas quinze ans quand il adhéra aux Jeunesses communistes de Montreuil et guère plus quand il en fut exclu à cause des questions qu’il formulait sur l’abandon par le PC de ses positions antimilitaristes au lendemain du Pacte franco-soviétique. Contacté par des trotskystes, il fut convaincu de rejoindre alors l’Entente des Jeunesses socialistes de la Seine qui poursuivait, sous la direction de Fred Zeller*, la défense de l’internationalisme et de l’antimilitarisme, mais ne la suivit pas quand ses dirigeants furent exclus à la conférence de Lille en juillet 1935 : il demeura donc, tout en affirmant des positions « formellement trotskystes », dans les rangs des JS reconstituées dans la Seine par le Parti socialiste SFIO, et, dans la SFIO, adhéra à la Gauche révolutionnaire. En revanche, il suivit la nouvelle direction animée par Lucien Weitz* quand les JS de la Seine, au lendemain de la fusillade de Clichy en avril 1937, rompirent avec la SFIO, alors au gouvernement, et devinrent les Jeunesses socialistes autonomes. Entré aux PTT comme auxiliaire en 1937, il commença à militer activement à la CGT.

Quand les JSA rejoignirent en juin 1938 la nouvelle formation, animée par Marceau Pivert*, du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), elles constituèrent le noyau de son organisation de jeunesse, la JSOP. Pierre Boussel rencontra alors des militants trotskystes du PCI de Raymond Molinier* et Pierre Frank, entrés individuellement dans le PSOP, et rejoignit leur groupe en décembre 1938. Le 14 décembre, il fut élu membre de la commission exécutive de la JSOP de la Seine. Le 19 mars 1939, au congrès fédéral JSOP, il fut réélu et porté au bureau fédéral avec d’autres membres de la Fédération de la Seine, dont Roger Foirier* et André Gailledrat*. La direction du PSOP s’inquiéta vite de l’influence des « moliniéristes » dans la JSOP. Ayant constaté que les membres du bureau fédéral de la Seine avaient participé, le 30 mai, au café Augé, à une réunion des « amis » de La Vérité « autour de Raymond Molinier* » dont l’admission dans le PSOP avait été refusée, elle entama une procédure disciplinaire d’urgence. C’est dans le cadre de cette procédure et au cours d’une campagne contre les trotskystes en général et les partisans de R. Molinier en particulier, que Pierre Boussel, qui militait alors sous le nom de Pierre Andréi, fut exclu avec les autres membres du bureau fédéral de la Seine de la JSOP, le 3 juin 1939.

À partir de la déclaration de guerre, il milita dans la clandestinité dans le groupe de l’ex-Parti communiste internationaliste qui avait pris le nom de Comité international pour la construction de la IVe Internationale. C’est en raison de cette activité qu’il fut arrêté le 15 février 1940 en même temps qu’une dizaine de ses camarades. Inculpé d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État, il fut condamné, le 8 mai 1940, à trois ans de prison ferme. Il réussit à s’évader au cours de l’exode pendant un transfert - en compagnie du fils du député communiste allemand Edgar André, qui, démoralisé et épuisé, finit par se rendre - et revint à Paris où il reprit son activité militante dans son organisation clandestine.

C’est sur mandat de son organisation qu’il rallia la CGT clandestine et participa à sa réorganisation dans la région parisienne. La confiance de ses camarades lui valut, lors de la Libération, de se voir attribuer la responsabilité « jeunes » de la CGT dans la région parisienne, sous le nom de Temansi. Pourtant, il consacrait déjà le plus gros de son activité à l’action politique, dans l’ex-PCI devenu successivement « comité international », « groupe de La Seule Voie » et qui constitua au début de 1943 le Comité communiste internationaliste. Il était membre de la commission permanente des responsables de cette organisation - une sorte de comité central formé par cooptation. Lejeune - tel était alors le pseudonyme de Boussel - en conflit au cours de l’été avec la direction, se joignit à la minorité animée alors par Henri Molinier* (Testu*) et Rafael Font y Ferran* (Adrien). Dans le Bulletin intérieur du CCI n° 23, d’octobre 1943, il présenta, sous la signature LJ, un projet de résolution opposé au texte du Bureau politique. Il se prononçait notamment pour une réunification rapide des organisations trotskystes. Il appartint quelques mois au POI avant l’unification au sein du Parti communiste internationaliste.

Celui qui allait désormais s’appeler Pierre Lambert (après la « disparition » de Temansi) entra au Comité central lors du IIe congrès du PCI en novembre 1945. Il s’y rangea d’abord dans la tendance liée au secrétariat international qui s’opposait à la « droite » de Paul Parisot*-Albert Demazière*-Yvan Craipeau*. Il devint rapidement l’animateur de la commission syndicale intervenant personnellement dans les assemblées générales de grévistes, comme chez Renault lors de la grève de 1947 ou, quelques années plus tard, dans les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. Lorsqu’éclata, en 1950, le conflit entre le secrétariat international, dirigé par Michel Pablo, et la majorité du PCI avec Pierre Frank, Jacques Grinblat* et Marcel Bleibtreu*, Pierre Lambert, tout en étant en désaccord avec Pablo, cherchant, avec les autres membres de la commission syndicale, à préserver l’unité du PCI, se tint initialement sur une position modératrice et conciliatrice. Mais, après le ralliement aux positions du SI de P. Frank et J. Grinblat, qui laissaient ainsi à M. Bleibtreu la direction de la tendance, après l’ultimatum de M. Pablo pour une application immédiate de l’ » entrisme sui generis » en France, avec l’entrée dans le PCF d’une douzaine de militants connus, il constitua avec la commission syndicale le noyau de direction de la majorité du comité central, dont la suspension par le SI marqua, en 1952, le début d’une scission qui durera plusieurs décennies.

Pierre Lambert, contrôleur des allocations familiales jusqu’à sa retraite en 1980, fut exclu de la CGT en 1950 pour avoir dénoncé la campagne de cette dernière contre « la clique fasciste de Tito » et pour avoir organisé une délégation de syndicalistes à Belgrade pour « la vérité sur la Yougoslavie ». Après une lutte pour sa réintégration qui lui valut bien des sympathies dans son milieu de travail, il rejoignit la confédération Force ouvrière : il occupa d’importantes responsabilités à la Chambre syndicale de la Sécurité sociale et fut pendant des années une figure familière des congrès confédéraux. Au cours de ces années, il devint un homme très introduit dans les milieux syndicaux hors de FO, notamment à la FEN. En 1958, tout en occupant des responsabilités à Force ouvrière, il était également membre d’honneur de la direction du syndicat CGT des monteurs-levageurs et avait à ce titre un bureau dans leur local de la Bourse du Travail à Paris.

En 1956, Pierre Lambert avait été l’un des fondateurs du Comité de liaison pour l’action et la démocratie ouvrière (CLADO) et du mensuel La Commune auquel collaborèrent avec lui Denis Forestier, Alexandre Hébert, Yves Dechézelles*, Jean Cassou*, Maurice Clavel, Jean Duvignaud, Edgar Morin, Robert Chéramy, Marceau Pivert* et des jeunes gens comme Michel Rocard. Il fut à plusieurs reprises poursuivi pour son activité contre la guerre d’Algérie ; sur mandat de son organisation, il noua des liens de collaboration politique avec Messali Hadj*, en exil à Niort. Ces liens, vite doublés d’une amitié personnelle, ne se brisèrent qu’avec les déclarations de Messali Hadj* à l’époque des accords d’Évian. Malgré ses divergences de principe, Pierre Lambert maintint ses relations d’amitié avec le vieux dirigeant, constructeur du Mouvement national algérien.

Dirigeant d’abord de ce qui restait, après la scission de 1952 de la majorité du PCI - qu’on appelait « le groupe Lambert » -, puis de l’OCI (Organisation communiste internationaliste), redevenue OCI (après l’annulation du décret de dissolution de1968), puis PCI à la fin de 1981, il fut également l’animateur des regroupements internationaux successifs qui s’étaient donnés pour tâche la « reconstruction de la IVe Internationale », à partir du comité international fondé en 1952.

Pierre Boussel (dit Lambert) fut candidat du Mouvement pour un parti des travailleurs (MPPT) à l’élection présidentielle du 24 avril 1988. Il recueillit 116 823 voix, soit 0,38 % des suffrages exprimés et 0,30 % des inscrits. Pierre Boussel ne donna pas de consigne de vote pour le second tour.

Ses obsèques au Père Lachaise, vendredi 25 janvier 2008, attirèrent près de 2 000 personnes, dont Jean-Luc Mélenchon pour le Parti socialiste, Jean-Claude Mailly, André Bergeron et Marc Blondel pour Force ouvrière.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17652, notice BOUSSEL Pierre dit LAMBERT Pierre, dit Andréi Pierre, Temansi, Lejeune, Lepage Victor, Lamotte par Pierre Broué, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 2 mai 2013.

Par Pierre Broué

SOURCES : « La Crise du PSOP », La Vérité, 2e série, n° 5, juillet 1939. — Bulletins intérieurs du CCI, de l’OCI, du PCI (archives du CERMTRI). — La Vérité, 4e série. — Informations ouvrières, passim. — J-P. Joubert, Révolutionnaires de la SFIO, Marceau Pivert et le pivertisme (Paris, FNSP, 1977). — J.-P. Cassard, Les Trotskystes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-1944, Paris, Selio, 1982. — Le Monde, dossiers et documents : 24 avril-8 mai 1988, l’élection présidentielle, mai 1988 — Renseignements recueillis par J.-M. Brabant, Pierre Broué, J. Maitron, Cl. Pennetier et R. Prager — Entrevue de Pierre Broué avec Pierre Lambert le 25 novembre 1982.

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