FILIPPI Antoine dit Tony

Par Daniel Grason

Né le 12 avril 1915 à Bastia (Corse), tué au combat le 15 juin 1944 à l’ étang du Merle à Crux-la-Ville (Nièvre) ; ajusteur, enquêteur d’assurances, gardien de la paix ; résistant sergent-chef F.F.I. maquisard.

Fils de Jean, capitaine dans la marine marchande et de Ignacia, née Susini, employée de banque, Antoine Filippi alla à l’école primaire dès l’âge de six ans à Marseille (Bouches-du-Rhône). Son père fatigué par les voyages incessants demanda un poste fixe, il devint lieutenant du port de Bône (Annaba) en Algérie. Sa scolarité eut lieu dans cette ville, il obtint le CEP. Jean Filippi mourut en 1928, la famille, sa mère, sa sœur et lui-même regagnèrent la Corse. En 1929, ils allèrent à Paris, habitèrent 121 bis rue de Clignancourt à Paris (XVIIIe arr.), Jean Filippi suivit des cours dans une école professionnelle de commerce et d’industrie jusqu’à l’âge de dix-huit ans à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine). Il habita avec sa mère 11 rue Cujas (Ve arr.), du 29 avril au 23 juin 1933 il exerça son métier d’ajusteur à la Société Française Radio-Electrique 55 rue Greffulhe à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine).

Il contracta le 1er janvier 1935 un engagement de trois ans dans la Marine nationale. Il suivit six mois de formation de radiotélégraphiste, fut reçu aux épreuves du brevet de marin radiotélégraphiste. Affecté sur le torpilleur d’escadre Forbin du nom du Comte de Forbin, commandant d’une escadre de douze vaisseaux en 1707. Le navire équipé de cinq canons, d’une mitrailleuse et de tubes lance torpilles surveillait les côtes de l’Afrique du Nord. Démobilisé, il travailla comme enquêteur du 22 mars 1937 au 3 juin 1939 à la Société Française d’assurances 58 rue Taitbout (IXe arr.). Mobilisé le 25 août 1939 sur un dragueur de mines à Cherbourg (Manche), il était ensuite affecté comme mitrailleur contre avions à Dunkerque (Nord). Sa démobilisation en tant que matelot de 2ème classe mitrailleur eut lieu le 6 juillet 1940 à Toulon (Var).

Il épousa le 31 août 1940 en mairie du Ve arr. à Paris, Huguette Lepelletier, cartonnière, âgée de dix-huit ans. Le couple habita 19 avenue Stephen-Pichon à Paris (XIIIe arr.). Sans travail, il s’inscrivit au chômage en mairie, il postula un emploi de gardien de la paix le 4 novembre 1940 auprès de la préfecture de police de Paris. Le 1er mars 1941, il débuta comme stagiaire, dans sa biographie, il fit part de sa motivation : « ce qui me plaît dans ce métier c’est l’idée que je m’en fais. J’ai le plus grand respect de la justice et de l’ordre, les faire respecter me semble une si noble tâche que j’ai toujours été tenté par le métier de gardien de la Paix ».

Dans l’exercice de son métier, dès décembre 1941 il était apprécié ainsi par le commissaire : « Jeune gardien qui donne satisfaction actuellement et semble en bonne voie d’acquisition des qualités requises pour faire un bon gardien ». Après avoir été stagiaire, il était affecté au commissariat de Gentilly (Seine, Val-de-Marne), à l’occasion de sa notation de 1942 et 1943, il exprima son souhait de devenir inspecteur à la police judiciaire, le commissaire donna un « avis favorable ». Au cours de l’année 1943, il aurait habité au 125 avenue Floquet à l’Hay-les-Roses.

Le 27 mars 1944 vers midi trente au cours d’une discussion avec une jeune femme, un jeune de dix-huit ans, Paul Pasquaud blessa accidentellement d’une balle de revolver à la poitrine une jeune femme dans un hôtel au 57 avenue de Fontainebleau au Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne). Antoine Filippi avec l’aide de deux soldats allemands l’arrêta, le commissariat de Gentilly le livra à la Feldgendarmerie. Le 6 avril 1944, le commissaire de Gentilly constata qu’Antoine Filippi était absent. Après une rapide enquête domiciliaire, il apparut qu’il n’avait pas regagné après son service de la veille son domicile. Le 7 avril la préfecture de police le suspendit de ses fonctions, le 26 avril, il était révoqué pour « ne pas avoir repris son service après mise en demeure ». Il était en relation avec un autre gardien de la paix de Gentilly, Brieuc Le Corvaisier également en fuite.

Le 19 juin 1944, la préfecture de police émettait une fiche de recherche signée du directeur général Émile Hennequin était placardée dans tous les commissariats et les gendarmeries avec sa photographie et son identité : « Gardien de la paix révoqué de ses fonctions. Signalement : 1,72 m, châtain moyen ondé, nez rectiligne. N’a pas restitué sa carte de réquisition. Fait l’objet d’un arrêté d’internement administratif ».

Antoine Filippi rejoignit un maquis FFI dans la Nièvre, dans la nuit du 14 au 15 juin 1944 un parachutage d’armes à destination d’un maquis eut lieu entre deux villages Sainte-Marie et Saint-Benin des Bois dans l’arrondissement de Nevers. Des FFI du maquis Camille, installés à 80 kilomètres de là furent chargés de prendre livraison des armes. Deux camions partirent de Dun-les-Places situé dans l’arrondissement de Clamecy pour récupérer l’armement. Dans le premier véhicule conduit par Henri Valin se trouvaient Pierre Mounier, Pierre Briout dit Pelle, François Fouquat dit Cisaille, Marcel Courtot dit Robert, Antoine Filippi dit Tony et Bernard Renault dit Roland II », dans le deuxième camion d’autres maquisards. Dans une Traction avant Citroën, Jean Longhi dit Grandjean, chef départemental Maquis et le délégué militaire régional André Rondenay, dit Jarry.

Sur le chemin du retour au petit matin, la Traction Citroën de Jean Longhi et André Rondenay était en tête, deux automobiles chargées de soldats allemands barraient la route de Saint-Saulge. Echanges de tirs, le véhicule Citroën réussissait à forcer le passage et à semer une automobile lancée à leur poursuite. Les maquisards du premier camion n’eurent pas cette chance, des allemands étaient embusqués, Pierre Mounier fut abattu le premier, les six autres maquisards sautèrent du véhicule, tous seront abattus. Les partisans du second camion ayant entendus les tirs d’armes changèrent de route, trois automobiles allemandes barraient la route, ils abandonnèrent le véhicule et les armes.

En avril 1945 les mesures de suspension et de révocation d’Antoine Filippi furent rapportées. Déclaré « Victime du devoir », la mention « Mort pour la France » lui était attribuée ainsi que la Croix de Guerre à titre posthume. Son nom figure sur une stèle près de l’étang du Merle à Crux-la-Ville : « Ici tombèrent sept maquisards de retour d’une mission de parachutage pris dans un guet-apens nazi le 15.6.1944. Pierre Briout, Marcel Courtot, Antoine Filippi, François Fouquat, Pierre Mounier, Bernard Renault, Henri Valin ».

À Gentilly, sur une plaque a été apposée au 6 rue Marchand : « À la mémoire de nos camarades morts dans la lutte contre l’ennemi » sont inscrits les noms de : Antoine Filippi, Brieuc Le Corvaisier et Fernand Poulain, gardiens de la paix, Marcel Courtot, membre du BCRA-DGER et Pierre Robic. Le ministère des Anciens combattants lui attribua la mention « Mort pour la France », il fut homologué F.F.I. et membre des Forces Françaises Combattantes (F.F.C.).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article175988, notice FILIPPI Antoine dit Tony par Daniel Grason, version mise en ligne le 2 novembre 2015, dernière modification le 16 novembre 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. KC 13, 77W 621. – SHD, Caen AC 21 P 184410. – Le Journal du Centre, 15 juin 2014. – Sites internet Croqueur et GenWeb. — État civil.

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