LECOMTE Jacques, Yves, Marie

Par Daniel Grason

Né le 3 juillet 1920 à Alfortville (Seine, Val-de-Marne), exécuté le 20 août 1944 dans un fossé du fort de Vincennes (Seine, Val-de-Marne) ; dessinateur, affûteur-mécanicien, gardien de la paix ; membre d’Honneur de la Police, résistant F.F.I.

Fils de Pierre et d’Yvonne, née Billard, couturiers, Jacques Lecomte alla à l’école primaire jusqu’à douze ans, il obtint son CEP. Il concourut pour entrer au lycée Chaptal, fut reçu. Ayant obtenu une bourse, il eut la possibilité de suivre les cours à ce lycée gratuitement en externat, dans un établissement prestigieux, le lycée Chaptal situé 45 boulevard des Batignolles à Paris (VIIIe arr.). À la fin de la première année il s’orienta vers les Arts et Métiers. En 1935, du fait de difficultés familiales, mère malade et son père ayant réalisé de mauvaises affaires, il dût interrompre ses études. Il décrocha une bourse d’internat gratuit du Vice-Roi d’Égypte, il passa avec succès le brevet élémentaire (section Arts et Métiers), il acquit des notions d’allemand. Il commença une année de préparation, son père, couturier, très touché par la crise des métiers de luxe, était dans l’impossibilité de le soutenir financièrement. De juillet 1937 à juin 1940, il habita avec ses parents 70 rue Lafayette à Paris (IXe arr.).

Jeune, plein de vitalité, il renonça pas, voulait devenir calculateur dans l’aviation. Il entra chez Farman qui deviendra la Société Générale de Fabrications Aéronautiques 27 quai de Boulogne à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine). Il travailla dans différents postes : jeune collaborateur, dessinateur et le 1er septembre 1939, chef du bureau de dessin. Du fait de l’avancée rapide des troupes allemandes, il fut chargé d’organiser l’évacuation des derniers ateliers, il quitta la capitale le 13 juin 1940. En zone libre, la direction le chargea de liquider la Société générale de fabrications aéronautiques, il en fit l’inventaire et la quitta à la fin septembre 1940.

Il resta en Zone non occupée, fut mobilisé le 22 mars 1941 dans un Chantier de la Jeunesse, groupement 26 à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), devint chef d’équipe en juin, et démobilisé en novembre 1941. Un « Certificat de Moralité et d’Aptitude » lui fut délivré. Le 6 septembre 1941, il avait épousé Suzanne Camus, vingt-et-un ans en mairie de Cassaignes (Aude). Il travailla comme affûteur-mécanicien du 3 novembre 1941 au 27 février 1942 à l’Union Chapelière Française à Couiza (Aude), le couple habita la ville, puis à Cassaignes.

Le couple étaient parents d’un enfant qui ne supportait pas le climat, décision fut prise en avril 1942 de rentrer à Paris. Le 14, il écrivit au préfet de police, sollicita un poste de gardien de la paix, le 15 juin il renouvela sa demande, débuta le 16 juillet 1942. Dans sa biographie qu’il remit à l’École pratique des gardiens de la paix, il exposa ses motivations : « Là ne pouvant servir mon pays, dans le grand mouvement de jeunesse qu’a créé le Maréchal, je décide d’entrer dans la seul corps constitué en Z.O [Zone Occupée], dans le seul soutient officiel au Maréchal Pétain et pose ma candidature au poste de gardien de la paix, fermement décidé à appliquer le mot d’ordre des Chantiers de la Jeunesse : Jeunes de France ! Toujours Prêt ! » Jacques Lecomte et son épouse demeuraient 35 rue du Cormoran à Maisons-Alfort (Seine, Val-de-Marne), puis à compter de la fin novembre 1942 dans un pavillon dans la même ville au 75 avenue de la République.

Affecté au commissariat du XIIe arr. à Paris, il était apprécié ainsi : « Bonne santé, bonne tenue, discipliné, donne entière satisfaction, aucun retard ». Le 20 août 1944 vers 8 heures du matin, Jacques Lecomte accompagné de Camille Gerbaud et André Soladier partaient du commissariat à bord d’une voiturette conduite par Marcel Gandriaux, chef de groupe d’Honneur de la Police d’obédience gaulliste à destination du 217 rue de Bercy (XIIe arr.). Ils devaient arrêter un milicien, des soldats allemands qui logeaient dans un hôtel voisin les arrêtèrent, puis les conduisirent au château de Vincennes. Les allemands les exécutèrent, le 29 août vingt-six corps furent découverts dans un fossé du fort dont ceux des quatre gardiens de la paix du XIIe arr. Le 30 août 1944, Jacques Lecomte était inhumé dans le cimetière de Maisons-Alfort.

Nommé brigadier à la date du 20 août 1944, le nom de Jacques Lecomte figure sur la plaque commémorative du commissariat du XIIe arr. 76 avenue Daumesnil « À la mémoire des gardiens de la paix du 12e arr. morts pour la Libération de Paris », sur celles du château de Vincennes, au Musée de la police 4 rue de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris (Ve arr.), ainsi que dans l’église Saint-Rémi de Maisons-Alfort. Déclaré « Victime du devoir », Jacques Lecomte fut cité à l’Ordre de la Nation (JO du 20 décembre 1944), décoré de la Légion d’Honneur (JO du 3 janvier 1945). Le ministère des Anciens combattants lui attribua la mention « Mort pour la France », et l’homologua F.F.I.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article175752, notice LECOMTE Jacques, Yves, Marie par Daniel Grason, version mise en ligne le 9 novembre 2015, dernière modification le 31 janvier 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 1801, KC 21. – SDH, Caen AC 21 P 72499. – Bureau Résistance : GR 16 P 350413. – Christian Chevandier, Été 44. L’insurrection des policiers de Paris, Éd. Vendémiaire, 2014. – Site internet GenWeb. — État civil.
PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo.

Version imprimable Signaler un complément