BOURDIEU Pierre

Par Gisèle Sapiro

Né le 1er août 1930 à Denguin (Pyrénées-Atlantiques), mort le 23 janvier 2002 à Paris ; sociologue, ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de philosophie, maître de conférences à l’Université de Lille (1961-1964), directeur d’études à la VIe section de l’École pratique des hautes études (1964-2001), professeur-titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France (1981-2001), fondateur des revues Actes de la recherche en sciences sociales et Liber, directeur de collection aux Éditions de Minuit et au Seuil, Médaille d’or du CNRS (1993) ; responsable syndical au SNE-Sup pendant la Guerre d’Algérie ; a développé une sociologie critique et pris des positions sur l’enseignement, le fonctionnement du monde politique, en faveur de Solidarnosc, en faveur du mouvement social de décembre 1995, contre le néolibéralisme.

Pierre Bourdieu
Pierre Bourdieu

Par ses engagements scientifiques et politiques, Pierre Bourdieu s’inscrit dans la tradition de l’intellectuel critique à la française, qu’il a contribué à redéfinir à la suite de Michel Foucault. Avec ce dernier, il appartient à la génération qui s’est affirmée dans les années 1950 contre l’existentialisme et le personnalisme, opposant à la philosophie du sujet le paradigme objectiviste, et qui a contribué à l’essor des sciences sociales en France. De Sartre, Pierre Bourdieu a cependant retenu l’option d’une pensée en prise sur le monde contemporain et la vie ordinaire, ainsi que l’idée de la responsabilité de l’intellectuel.
Né en 1930 dans le Béarn d’un père métayer devenu facteur puis facteur-receveur, et d’une employée des PTT, il fit ses études secondaires au lycée de Pau puis au lycée Louis-le-Grand à Paris, avant d’entrer à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1951. Ayant obtenu l’agrégation de philosophie en 1954, il devint professeur au lycée de Moulins. Appelé en Algérie en 1955, il fut affecté au service de renseignements du Gouvernement général, auprès du colonel Ducourneau. Son intérêt pour la société algérienne, mal connue des Français à l’époque, et le choix d’engager des recherches sur le terrain naquirent, comme il l’a expliqué, « d’une impulsion civique plus que politique », de la volonté de « fournir les éléments d’un jugement, d’une compréhension adéquate ». C’est donc vers l’ethnologie qu’il se tourna après sa nomination en 1958 comme assistant à l’université d’Alger, où il fonda par ailleurs une section du SNE-Sup (avec Alexandre Matheron pour unique adhérent), envoyant des informations au bulletin parisien du syndicat. Le choix d’étudier la société algérienne était l’expression du double refus de la posture du savant reclus dans sa tour d’ivoire et de celle de l’intellectuel révolutionnaire professionnel. On y reconnaît le modèle sartrien d’une activité intellectuelle « engagée » par sa démarche et par le choix même de ses objets, sans que cet engagement en conditionne a priori les conclusions.
D’abord situées à mi-chemin entre l’orientalisme et l’ethnologie, ses recherches, qui donnèrent lieu à un « Que sais-je ? » sur la Sociologie de l’Algérie (1958), furent à l’origine d’un projet plus vaste sur le problème du passage de l’économie précapitaliste à l’économie capitaliste, qui répondait aux préoccupations politiques des intellectuels révolutionnaires, partagés à cette époque entre la « voie chinoise » et la « voie soviétique » de développement. Ce projet impliquait d’étudier, d’une part, la logique spécifique de l’économie précapitaliste et les valeurs de la société traditionnelle, d’autre part, le principe des transformations des attitudes économiques. Le premier volet fit l’objet de l’enquête que Bourdieu mena en 1958 sur la société traditionnelle kabyle, le second de celle qu’il réalisa en 1960 sur les travailleurs algériens en milieu urbain (Travail et travailleurs en Algérie, 1963 ; Algérie 60, 1977). Une troisième enquête sur les centres de regroupement, menée en 1960 également, portait plus spécifiquement sur les effets du colonialisme (Le Déracinement, 1964, avec Abdelmalek Sayad).
Revenu à Paris au moment du « Putsch des généraux », avec l’aide de Raymond Aron, qui lui trouva un poste d’assistant à la Sorbonne et l’accueillit au Centre de sociologie européenne de l’École pratique des hautes études, Pierre Bourdieu réalisa une enquête sur le célibat des paysans béarnais, tout en publiant des textes engagés sur l’Algérie dans Esprit et Les Temps modernes par l’intermédiaire de Francis Jeanson notamment. Sous le titre « Révolution dans la révolution », il fit paraître ainsi dans Esprit, en janvier 1961, un texte justifiant la guerre de libération du peuple algérien contre un système d’oppression politique et économique à la fois. Recruté comme maître de conférences de sociologie à l’Université de Lille en 1961, il entreprit alors une série de recherches sur la société française contemporaine. Avec les outils de la sociologie empirique, il aborda des sujets « brûlants » ou d’actualité comme les inégalités sociales des étudiants face à la culture alors que commençait la « démocratisation » de l’Université (Les Héritiers, 1964), les nouvelles pratiques culturelles telles que la photographie (Un art moyen, 1965) ou encore la fréquentation des musées au moment où la politique menée par le ministre des Affaires culturelles, André Malraux, visait à favoriser l’accès à la culture pour tous. Contre la conception marxiste qui fonde les différences de classe sur la seule possession des moyens matériels de production, il développa une théorie de la violence symbolique exercée à travers la détention et l’imposition du « capital culturel ». Condition du succès scolaire, le capital culturel hérité contribue largement à la Reproduction des classes dominantes, selon le titre de l’ouvrage qu’il publia en 1970 avec Jean-Claude Passeron. À la veille de mai 1968, ces travaux trouvèrent un large écho dans des milieux estudiantins et enseignants qui vivaient au jour le jour l’explosion de la demande scolaire et l’inadaptation du système à répondre aux espoirs qu’il avait suscités. Peu impliqué dans le mouvement de Mai 1968, il signa néanmoins l’« appel à l’organisation d’États généraux de l’enseignement et de la recherche ». En 1962, il a épousé Marie-Claire Brizard, ingénieure d’étude au CNRS, dont il allait avoir trois fils.
Nommé directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales en 1964, il fonda la même année la collection « le sens commun » aux éditions de Minuit, maison issue de la Résistance et fortement engagée pendant la Guerre d’Algérie. Dans cette collection qu’il devait diriger jusqu’en 1992, et qui visait à élaborer les fondements de la recherche en sciences sociales par-delà les cloisonnements disciplinaires, parurent la plus grande partie de son œuvre ainsi que les travaux de son école et de nombreuses traductions d’ouvrages de sciences humaines et sociales devenus des classiques. Il poursuivit l’entreprise aux Éditions du Seuil à partir de 1997 avec la collection « libre examen ». Le lancement en 1975 de la revue Actes de la recherche en science sociales, aux dimensions pluridisciplinaire et internationale, s’inscrivait dans la même perspective. Revue répondant aux standards scientifiques - tout en refusant l’académisme -, elle n’en était pas moins une revue engagée qui apportait un regard à la fois critique et distancié sur des problèmes d’actualité. Y publièrent notamment les chercheurs du Centre de sociologie de l’éducation et de la culture, laboratoire de l’École des hautes études en sciences sociales associé au CNRS, que Pierre Bourdieu avait fondé en 1970 et qu’il dirigea jusqu’en 1984.
En 1979, dans La Distinction, il reprit et systématisa la théorie des différentes espèces de capitaux à travers une étude empirique sur les styles de vie : à revenu égal, le style de vie peut varier selon qu’on dispose ou non de capital culturel. Parallèlement, il développa sa théorie de la pratique (Le Sens pratique, 1980) visant à dépasser l’opposition entre un objectivisme qui réduit les agents sociaux à n’être que les substrats des structures, sans marge de manœuvre, et l’illusion intellectualiste de la liberté absolue du sujet (il devait reprendre ce thème dans Les Méditations pascaliennes, 1997). En 1981, il fut élu professeur titulaire de la chaire de sociologie du Collège de France (sa leçon inaugurale, prononcée le 23 avril 1982, parut sous le titre Leçon sur la leçon). L’année de son élection, il soutint la candidature de Coluche à l’élection présidentielle pour protester contre la clôture du monde politique sur lui-même, réflexion qu’il développait parallèlement dans ses analyses du fonctionnement du champ politique et des sondages d’opinion (« L’opinion publique n’existe pas », 1973 ; « Questions de politique », 1977 ; « La représentation politique », 1981 ; « Décrire et prescrire. Note sur les conditions de possibilité et les limites de l’efficacité politique », 1981 ; Propos sur le champ politique, 2002). Au lendemain de l’arrivée des socialistes au pouvoir, il signa aussi, avec Michel Foucault, la pétition « Les rendez-vous manqués : après 1936 et 1956, 1981 ? » contre le refus du gouvernement de soutenir le peuple polonais et le syndicat Solidarnosc à la suite du coup d’État du général Jaruzelski (publiée dans Libération le 15 décembre), et donna le 23 décembre un entretien à Libération sur cette question. Adoptant une démarche réflexive, il consacra un ouvrage au monde universitaire, dans lequel il revenait sur les causes structurelles de mai 68 (Homo academicus, 1984), tout en poursuivant son étude du système d’enseignement avec une recherche sur les grandes écoles qui produisent la nouvelle Noblesse d’État (1989). À la même époque, il participa à la rédaction de deux rapports sur l’enseignement : Propositions pour un enseignement de l’avenir, rapport du Collège de France fait à la demande de François Mitterrand et Principes pour une réflexion sur les contenus de l’enseignement, rapport de la commission qu’il présida avec François Gros pour le compte du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports (1989). Déçu du résultat de ces expériences et de la dérive libérale du gouvernement socialiste, il créa en 1992 une instance indépendante, l’Association de réflexion sur les enseignements supérieurs et la recherche (ARESER).
Elle s’inscrivait dans le cadre d’une réflexion plus large sur les conditions de l’autonomie du travail intellectuel et du rôle de l’intellectuel critique dans la société. La première interrogation, menée dans ses travaux consacrés depuis les années 1960 à Manet ou à Flaubert (Les Règles de l’art, 1992) ou encore dans ses entretiens avec Hans Haacke (Libre-échange, 1994), a été formulée dans un texte intitulé « Pour un corporatisme de l’universel » (1989) : invitant écrivains, artistes et savants à dépasser les alternatives entre autonomie et engagement, il appelait à la formation d’une « internationale des intellectuels » pour défendre une autonomie menacée par l’emprise croissante des logiques économiques et médiatiques sur la production culturelle et lutter contre leur exclusion du débat public. De ce projet, plusieurs instances furent l’instrument : la revue Liber, revue européenne (puis, à partir de 1994, internationale) des Livres, qu’il dirigea de 1989 à 1998 et où il prit position sur des questions comme les responsabilités intellectuelles dans la guerre en Yougoslavie ou la terreur d’État en Amérique latine ; le Comité international de soutien aux intellectuels algériens, qu’il fonda en juin 1993 ; le Parlement international des écrivains, dont il fut membre, et qui constitua un réseau international de 400 villes-refuges et organisa des conférences de presse internationales sur le Rwanda, l’Algérie, Sarajevo, le droit d’asile, etc. ; et enfin l’appel qu’il lança à Strasbourg en novembre 1993 pour organiser un « contre-pouvoir critique », offrir « une solidarité concrète avec les écrivains menacés » et créer un « lieu de réflexion sur de nouvelles formes d’engagement », appel signé par Jacques Derrida, Édouard Glissant, Toni Morrisson, Susan Sontag et Salman Rushdie.
La réflexion sur le rôle de l’intellectuel dans la société remonte aussi au début de son parcours. S’étant distancié, dès les années 1950, de la figure de l’intellectuel révolutionnaire, il exprima, dans les années 1970, à l’époque du giscardisme qui favorisait la montée du pouvoir technocratique au service de l’État, son inquiétude face à la menace que constituaient pour l’autonomie des sciences sociales les tentatives d’instrumentalisation dont elles étaient l’objet (lors d’entretiens recueillis dans Questions de sociologie, 1980). Condamnant aussi bien les intellectuels de parti que les experts au service du pouvoir et les nouveaux intellectuels médiatiques, il se situait dans la lignée des intellectuels critiques, mais rejetait le modèle de « l’intellectuel total » engagé sur tous les fronts qu’avait incarné Sartre. À cette « figure de l’intellectuel comme porteur autoproclamé de la conscience universelle », Pierre Bourdieu opposait en effet celle du « fonctionnaire de l’Humanité », selon l’expression de Husserl. À la suite de Michel Foucault, il entendait restreindre le champ d’intervention de « l’intellectuel spécifique » aux questions relevant de ses compétences. Se démarquant toutefois de l’individualisme caractéristique du monde des lettres où règne le paradigme de la singularité, il a forgé le concept d’« intellectuel collectif », qui renvoie au mode de fonctionnement du champ scientifique fondé sur le travail en équipe et l’accumulation des connaissances. En 1993, année où il se vit décerner la médaille d’or du CNRS (il fut le premier sociologue à l’obtenir), il publia La Misère du monde, recueil d’entretiens menés par une équipe de chercheurs qui donnait voix à tous ceux qui n’avaient pas droit à la parole publique. Cet ouvrage, qui connut un très large succès public (l’édition en grand format s’est vendue à près de 90 000 exemplaires) et qui fit l’objet de mises en scènes théâtrales, tandis que son auteur était invité à débattre de la situation sociale en France avec l’abbé Pierre à l’émission télévisée « La marche du siècle » sur France 3, constituait une première illustration de cette conception. Fondant un nouveau mode d’intervention politique collectif sur la base de travaux scientifiques, elle prit surtout corps au moment de son engagement en faveur du mouvement social de décembre 1995 - le 12 décembre, il prit la parole devant les cheminots en grève à la gare de Lyon pour manifester sa solidarité et prononcer un discours « Contre la destruction d’une civilisation » -, puis avec la création, peu après, du collectif Raisons d’agir et des éditions Liber-Raisons d’agir, dont le premier titre était une critique des médias centrée Sur la télévision (1996), qui suscita une vive discussion publique et déclencha une violente campagne contre lui. Mettant un capital symbolique fondé sur une notoriété internationale au service du combat contre le néolibéralisme et ses conséquences sociales, il devait multiplier les prises de position publiques jusqu’à sa mort : en faveur des « sans-papiers » (1996) et du mouvement des « chômeurs » (1998), contre « la troïka néo-libérale Blair-Jospin-Schröder » (« Pour une gauche de gauche », Le Monde, 8 avril 1998), contre les « maîtres du monde » (Libération et Le Monde, 13 et 14 octobre 1999), en faveur du « Manifeste des états généraux du mouvement social européen » (1er mai 2002) et des mouvements en lutte contre la mondialisation néolibérale réunis à Nice en décembre 2000 et à Québec en avril 2001. Ces textes ont été réunis dans les deux volumes de Contre-feux (1998 et 2001). Inscrivant ses engagements dans le cadre d’une réflexion scientifique plus approfondie, il publia parallèlement Les Structures sociales de l’économie (2002), ouvrage qui montrait la nécessité d’articuler l’analyse économique à une analyse sociale. Dans La Domination masculine (1998), il parachevait son analyse des mécanismes de la domination et de la « violence symbolique » en prenant pour objet les rapports sociaux de sexe et l’opposition masculin-féminin comme fondement de l’ordre symbolique. En annexe de ce volume, il publia un texte de soutien au mouvement gay et lesbien. Le 5 décembre 1999, la chaîne de télévision Arte retransmit en France et Allemagne un débat entre Pierre Bourdieu et Günter Grass enregistré le 20 novembre précédent. Derrière l’entente entre les deux hommes perçait l’écart entre deux figures de l’intellectuel critique : alors que l’écrivain parlait au nom de la tradition humaniste, le sociologue intervint sur des questions sociales précises comme le chômage et sur les effets néfastes du néolibéralisme. Paru post-mortem, l’Esquisse pour une autoanalyse (2004) est une tentative, de la part de celui qui a mis en garde contre « l’illusion biographique » (1985), de conduire jusqu’au bout la démarche réflexive en faisant l’analyse sociologique de sa propre trajectoire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17557, notice BOURDIEU Pierre par Gisèle Sapiro, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 28 juin 2012.

Par Gisèle Sapiro

Pierre Bourdieu
Pierre Bourdieu

ŒUVRE : Sociologie de l’Algérie, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1958, nouv. éd. revue et augm. 1961, rééd. 2001, 127 p. — « Révolution dans la révolution », Esprit, janvier 1961, pp. 27-40. — « Les sous-prolétaires algériens », Les Temps modernes, 1962, pp. 1030-1051. — Travail et travailleurs en Algérie, Paris-La Haye, Mouton, 1963, 569 p. — Le Déracinement. La crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie, Paris, Minuit, 1964, 226 p. (avec Abdelmalek Sayad). — Les Héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Minuit, 1964, nouv. éd. augm. 1966, 192 p. (avec Jean-Claude Passeron) ; Les Étudiants et leurs études, Paris-La Haye, Mouton, 1964. — Un Art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie, Paris, Minuit, 1965, nouv. éd. augm. 1970, 360 p. (avec Luc Boltanski, Robert Castel, Jean-Claude Chamboredon). — Rapport pédagogique et communication, Paris-La Haye, Mouton, 1965 (avec Jean-Claude Passeron et Monique de Saint-Martin). — L’Amour de l’art. Les musées et leur public, Paris, Minuit, 1966, 252 p. (avec Alain Darbel et Dominique Schnapper) ; » Différences et distinctions » et « La transmission de l’héritage culturel », in Darras, Le Partage des bénéfices, expansion et inégalités en France, Paris, Minuit, 1966, pp. 117-129 et 383-420. — « Champ intellectuel et projet créateur », Les Temps modernes, 246, 1966, pp. 865-906. — « Condition de classe et position de classe », Archives européennes de sociologie, VII, 2, 1966, pp. 201-223. — Le Métier de sociologue, Paris-La Haye, Mouton-Bordas, 1968, 360 p., rééd. Eds. de l’EHESS, 2005, XIX-357 p. (avec Jean-Claude Chamboredon et Jean-Claude Passeron). — La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, Paris, Minuit, 1970, nouv. éd. augm. 1989, 280 p. (avec Jean-Claude Passeron). — « Champ du pouvoir, champ intellectuel et habitus », Scolies, 1971, pp. 7-26. — « Le marché des biens symboliques », L’Année sociologique 22, 1971, pp. 49-126. — Esquisse d’une théorie de la pratique, Paris, Minuit, 1972, rééd., Seuil, « Points », 2000, 430 p. — « L’opinion publique n’existe pas », Les Temps modernes, 318, 1973, pp. 1292-1309. — « Avenir de classe et causalité du probable », Revue française de sociologie, XV, 1, janv.-mars 1974, pp. 3-42. — Algérie 60. Structures économiques et structures temporelles, Paris, Minuit, 1977, 126 p. — « Questions de politique », Actes de la recherche en sciences sociales (ARSS), 16, 1977, pp. 55-89. — La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979, 670 p. — Le Sens pratique, Paris, Minuit, 1980, 480 p. — « La représentation politique », 36-37, ARSS, 1981, pp. 3-24. — « Décrire et prescrire. Note sur les conditions de possibilité et les limites de l’efficacité politique », ARSS, 38, 1981, pp. 69-73. — « Sartre, l’invention de l’intellectuel total », Libération, 31 mars 1983. — Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980, rééd. 1984, 280 p. — Homo academicus, Paris, Minuit, 1984, rééd. 1992, 318 p. — Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1982, 244 p. — Leçon sur la leçon, Paris, Minuit, 1982, 56 p. — « Les intellectuels et les pouvoirs », in Michel Foucault, une histoire de la vérité, Paris, Syros, 1985, pp. 93-94. — « L’illusion biographique », ARSS, 62-63, 1986, pp. 69-72. — Choses dites, Paris, Minuit, 1987, 230 p. — L’Ontologie politique de Martin Heidegger, Paris, Minuit, 1988. — La Noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Minuit, 1989, 570 p. — « The Corporatism of the Universal : The Role of the Intellectuals in the Modern World », Telos, 81, Fall 1989, pp. 99-110. — Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, 1992, 492 p., rééd. « Points », 1998, 567 p. — « Pour un corporatisme de l’universel », in Les Règles de l’art, 1992. — Réponses. Pour une anthropologie réflexive, Paris, Seuil, 1992, 267 p. (avec Loïc Wacquant). — La Misère du monde (sous la dir.), Paris, Seuil, 1993. — Libre-échange, Paris, Seuil/Les presses du réel, 1994, 147 p. (avec Hans Haacke). — Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action, Paris, Seuil, 1994, 252 p., rééd. « Points », 1996, 248 p. — Sur la télévision, Paris, Liber-Raisons d’agir, 1996, 95 p. — Méditations pascaliennes, Paris, Seuil, 1997, 316 p. — rééd. « Points », 2003, 391 p. — Les usages sociaux de la science, Paris, INRA, 1997, 79 p. — La Domination masculine, Paris, Seuil, 1998, 142 p. — Contre-feux, Paris, Liber-Raisons d’agir, 1996, 125 p. — Propos sur le champ politique, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2000, 107 p. — Les structures sociales de l’économie, Paris, Seuil, 2000, 289 p. — Contre-feux 2. Pour un mouvement social européen, Paris, Liber-Raisons d’agir, 2001, 110 p. — Langage et pouvoir symbolique, Paris, Seuil, « Points », 2001, 423 p. — Science de la science et réflexivité, Paris, Liber-Raisons d’agir, 2001, 238 p. — Le Bal des célibataires. Crise de la société en Béarn, Paris, Seuil, « Points », 2002, 268 p. — Pierre Bourdieu, Interventions. 1961-2001. Science sociale et action politique, textes choisis et présentés par Franck Poupeau & Thierry Discepolo, Paris, Agone, 2002, 488 p. Pierre Bourdieu, « Entre amis », Awal, 27-28, 2003, pp. 83-86. — Esquisse pour une auto-analyse, Paris, Liber-Raisons d’agir, 2004, 141 p.
Entretiens (sélection) :
« Les intellectuels dans le champ de la lutte des classes », avec Antoine Casanova et Michel Simon, La Nouvelle Critique, 87, octore 1975, pp. 20-26. — « Les intellectuels sont-ils hors jeu ? » avec François Hincker, La Nouvelle Critique, 111-112, février mars, 1978, pp. 56-61 (repris dans Questions de sociologie, op. cit.). — « La grande illusion des intellectuels », avec Didier Eribon, Le Monde Dimanche, 4 mai 1980, p. I et XVII. — « Dévoiler les ressorts du pouvoir », entretien avec Didier Eribon, Libération, 19 octobre 1982, p. 28. — « D’abord défendre les intellectuels » avec Didier Eribon, Le Nouvel Observateur, 12-18 septembre 1986, p. 82. — « Heidegger par Pierre Bourdieu : le krach de la philosophie », avec Robert Maggiori, Libération, 10 mars 1988, supplément livres, pp. VI-VII. — « ’Le pouvoir n’est plus Rue-d’Ulm mais à l’ENA’... », avec Didier Eribon, Le Nouvel Observateur, 9-15 mars 1989, pp. 80-82. — avec Florence Duteil, « L’intellectuel dans la cité », Le Monde, 5 novembre 1993. — « Si le monde social m’est supportable, c’est parce que je peux m’indigner », avec Antoine Spire, Éditions 00h00.com, Paris, 2001, rééd. L’Aube 2002, 58 p. — avec Franz Schultheis, « L’intellectuel total. Dialogue avec Pierre Bourdieu sur Jean-Paul Sartre », L’Année sartrienne 15, juin 2001, p.194. — avec Gisèle Sapiro (7 juin 2000), in Pierre Bourdieu, sociologue, Paris, Fayard, 2004, pp. 79-92. — avec Gisèle Sapiro (18 juillet 2000), inédit.

SOURCES : Jacques Bouveresse, Bourdieu, savant & politique, Paris, Agone, 2003, 192 p. — Jacques Bouveresse et Daniel Roche (dir.), La Liberté par la connaissance. Pierre Bourdieu (1930-2002), Paris, Odile Jacob, 2004, 346 p. — Craig Calhoun, Edward LiPuma and Moishe Postone, Bourdieu : Critical Perspectives, Chicago, The University of Chicago Press, 1993, 288 p. — Yvette Delsaut et Marie-Christine Rivière, Bibliographie des travaux de Pierre Bourdieu, suivi d’un entretien sur l’esprit de la recherche, Pantin, Le temps des cerises, 2002. — Tassadit Yacine (dir.), « L’autre Bourdieu », Awal, 27-28, 2003, pp. 29-35. — Michel Onfray, Célébration du génie colérique, Paris, Galilée, 2002, 106 p. — Louis Pinto, Gisèle Sapiro et Patrick Champagne (dir.), Pierre Bourdieu, sociologue, Paris, Fayard, 2004, 470 p. — Gisèle Sapiro, « Pourquoi le monde va-t-il de soi ? De la phénoménologie à la théorie de l’habitus », Sartre, une écriture en actes, sous la direction de Geneviève Idt, Cahiers RITM 24 (Publidix), Série Études sartriennes VIII, 2001, pp. 165-186. — Loïc Wacquant (dir.), « Bourdieu and Democratic Politics », Constellations, 11, 1, mars 2004, 150 p.

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