ROUCAUTE Marcel

Par Paul Boulland

Né le 17 janvier 1917 à Saint-Paul-la-Coste (Gard), mort le 13 mars 2011 à Villejuif (Val-de-Marne) ; berger, ouvrier du bâtiment ; militant communiste, administrateur du journal La Terre ;résistant.

Le père de Marcel Roucaute, Élie Roucaute, menuisier-ébéniste de sensibilité anarcho-syndicaliste, fut l’un des fondateurs et animateurs de la Bourse du travail d’Alès (Gard), adhérente à la CGT au début du XXe siècle. Sa mère, Esther Guin, protestante, était animée d’une foi ardente et impliquée dans l’action évangélique. Elle donna naissance à treize enfants (six filles et sept garçons) dont douze survécurent. Marcel Roucaute était le septième né. Élie et Esther Roucaute devinrent cultivateurs à Saint-Paul-La-Coste, village des contreforts des Cévennes à la frontière de la Lozère. Marcel Roucaute poursuivit sa scolarité jusqu’au niveau du certificat d’études, sans l’obtenir. Il devint alors berger, avant de travailler comme manœuvre dans le bâtiment. Ses frères aînés étaient déjà militants communistes. Deux d’entre eux, cheminots, furent internés aux débuts de la Seconde guerre mondiale et déportés en Algérie. Trois autres moururent durant le conflit, dont Raoul Roucaute, instituteur, déporté en Allemagne qui se noya en traversant le Rhin lors d’une tentative d’évasion. Marcel Roucaute était cousin de Roger et René Roucaute, dirigeants communistes et résistants, mais on ne peut identifier de lien direct avec Gabriel Roucaute, député et maire d’Alès.

Suivant l’exemple de ses frères, Marcel Roucaute adhéra aux Jeunesses communistes en 1934 et fut responsable d’un groupe intercommunal. L’année suivante, il adhéra à la CGTU puis à la CGT réunifiée et fut délégué de chantier en 1936. En 1935, il adhéra au Parti communiste et fut secrétaire de cellule de 1936 à son départ au service militaire en 1937. Affecté au 141e RIA, il servit comme deuxième classe, avec la spécialité de tireur au fusil-mitrailleur. Resté mobilisé en juin 1939, il prit part à la Drôle de guerre. Victime d’engelures dans les « trous Gamelin » sur le front de Moselle en janvier 1940, il fut hospitalisé et ne suivit pas sa compagnie lors de la campagne de Norvège. Rétabli, il fut envoyé à Marseille et combattit sur le front des Alpes en juin 1940. Démobilisé le 15 juillet 1940, il regagna le Gard. À partir du mois d’octobre, il contribua à la réorganisation du Parti communiste clandestin dans la région d’Alès et La Grand-Combe (Gard). Il fut ainsi responsable de cellule puis rapidement de l’appareil technique de la région d’Alès. Membre d’une famille connue pour son engagement et déjà repéré lui-même comme militant communiste, il dut passer dans la clandestinité à la fin de l’année 1941. En avril 1942, il fut nommé responsable aux cadres pour la section de Marseille (Bouches-du-Rhône). Il travaillait alors comme mitron, place de la Joliette. Entre juillet et novembre 1942, il fut responsable aux cadres pour le Vaucluse puis, menacé d’arrestation, il fut muté dans le Rhône, devenant cette fois permanent des organisations clandestines. Toujours chargé des cadres, il eut notamment à procéder au contrôle biographique de Raymond et Lucie Aubrac. À partir de mai 1943, il devint inter-cadre pour un secteur s’étendant sur quatre départements (Var, Alpes, Basses-Alpes, Bouches-du-Rhône). Il fut notamment connu dans la clandestinité sous le pseudonyme d’Yves. Au début de l’année 1944, il échappa de peu à une arrestation à Lyon (Rhône). Après la chute d’un responsable, sa planque de la rue de la Balme avait été identifiée. Marcel Roucaute et un autre camarade parvinrent à repousser les miliciens venus les arrêter au cours d’un violent échange de coups de feu, avant de s’échapper par les toits. Mais Marcel Roucaute, déjà touché par une balle, subit une lourde chute et se blessa grièvement (perforation de la vessie). Il fut soigné au maquis. Marcel Roucaute fut ensuite responsable adjoint du groupe de sécurité chargé de la protection des membres du comité central en zone sud (« l’équipe spéciale »), jusqu’à la Libération. En 1947, Jean Enjolvy, membre de la section des cadres du PCF, soulignait que dans la clandestinité, Marcel Roucaute avait « fait preuve d’un courage peu ordinaire ». Dans ses témoignages, ce dernier insista très modestement sur les hasards et la chance qui lui avaient permis d’échapper aux arrestations.

Après la Libération, Marcel Roucaute refusa de rester dans l’armée. Présent au congrès des Comités de défense et d’action paysanne à Toulouse (Haute-Garonne) début novembre 1944, il fut sollicité par Waldeck Rochet pour intégrer l’équipe du journal La Terre et vint s’établir à Paris. Il fut d’abord affecté à des tâches techniques (expéditions, approvisionnement en papier). Encouragé par Waldeck Rochet, il accepta de passer un brevet de comptabilité et de suivre des cours du soir pour assumer de plus amples responsabilités et devint finalement administrateur du journal. Il assura cette fonction jusqu’aux années 1980. Marcel Roucaute fut également membre du comité de la section communiste du IVe arrondissement entre 1946 et 1948. Il s’établit plus tard en banlieue parisienne, à Arcueil (Val-de-Marne). Il continua d’adhérer au Parti communiste jusqu’à son décès et milita également dans les associations d’anciens combattants et d’anciens résistants. Pour son action durant la guerre, Marcel Roucaute fut décoré de la Croix de guerre avec palmes, de la médaille de la Résistance et nommé chevalier de la Légion d’honneur.

Marcel Roucaute avait épousé, le 8 décembre 1951 à Saint-Paul-la-Coste, Jeanine Lerminier. Ils eurent un fils, Yves, né en 1953. Le couple divorça en mars 1957 et Marcel Roucaute éleva son fils à partir du début des années 1960. Yves Roucaute devint professeur de science politique à l’Université de Nanterre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article175361, notice ROUCAUTE Marcel par Paul Boulland, version mise en ligne le 14 septembre 2015, dernière modification le 10 janvier 2018.

Par Paul Boulland

ŒUVRE : Guide de la chasse et de ses à-côtés, Éditions de la Courtille, 1973. ─ Guide des chiens de chasse. Leurs chasses et leurs à-côtés, Temps Actuels, 1981.

SOURCES : Arch. du comité national du PCF. ─ L’Humanité, 17 mars 2011. ─ Entretien avec Marcel Roucaute sur la radio associative OTO Radio (mai 2007), disponible en ligne. ─ État civil.

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