Né le 10 novembre 1906 à Annemasse (Haute-Savoie), mort le 16 juin 1996 à Oyonnax (Ain) ; cheminot (facteur aux écritures) ; militant communiste et syndicaliste de l’Ain ; résistant ; conseiller municipal de Bourg-en-Bresse (Ain), député (1945-1951, 1956-1958).

Henri Bourbon dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Henri Bourbon dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956
Fils d’un cheminot qui sera sympathisant communiste et d’une employée des chemins de fer, Henri Bourbon effectua son service militaire de novembre 1926 à mars 1928, puis entra au PLM comme auxiliaire à Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie) en juin 1930. Intégré au cadre permanent en 1931 en tant que facteur aux écritures à l’essai, il travailla successivement en gare du Fayet-Saint-Gervais (Haute-Savoie), à Rumilly, Oyonnax, Moutiers... Sa carrière fut interrompue par plusieurs mises en disponibilité, de 1934 à 1936, puis de décembre 1944 à juillet 1951, d’abord pour convenance personnelle puis, à partir du 21 octobre 1945 parce qu’il fut élu député de l’Ain. Il reprit son service en 1951 à Annecy comme facteur, puis à Ambérieu et à Bourg, avant d’être réformé en février 1952.
En 1928, Henri Bourbon adhéra au Parti communiste, à la CGTU et aux Amis de l’Union soviétique. Dès 1929, il était secrétaire de la cellule du Fayet. Il entra au comité régional en 1930. En 1934, il était à la fois secrétaire de la cellule du Fayet (douze adhérents), secrétaire du rayon du Faucigny (neuf cellules groupant quatre-vingt adhérents) et membre du comité de la région des Savoies. Cette année-là, il se fit mettre en disponibilité pour aller tenir à Bellegarde-sur-Valserine (Ain) un débit de boissons qu’exploitait son père. Il fut remplacé au secrétariat du rayon par Claude Moge*. Il prit alors en main l’organisation communiste et syndicale de Bellegarde et, grâce à une activité débordante et à ses dons d’organisateur, il donna un grand essor au mouvement, presque inexistant à son arrivée. De 1929 à 1932, il fut secrétaire du syndicat unitaire des cheminots (de Vallorcine à la Roche, Haute Savoie).
Le commissaire spécial de Bellegarde le prit pour un délégué de la CGTU venu exprès pour soutenir une grève locale en avril 1934. Cependant, Bourbon resta à Bellegarde. Pendant l’été, il édifia un syndicat unique des cheminots de Bellegarde, l’ancien syndicat CGTU étant sans existence réelle. Puis il anima une cellule communiste. Aux élections cantonales du 7 octobre 1934 il fut le candidat du Parti communiste pour le conseil d’arrondissement et recueillit 149 voix.
En 1935, Henri Bourbon continua son travail d’organisation et en 1936 il en récolta les fruits : en été 1936 la cellule de Bellegarde (dont il partageait la responsabilité avec Henri Collet*) atteignit deux cents membres et devint le centre d’un rayon du Parti. En juin 1936, il suivit les cours d’une école communiste régionale à Lyon et remplit à cette occasion sa première autobiographie communiste d’institution. Mais en juillet 1936, Henri Bourbon fut réintégré à la Compagnie PLM à Rumilly (Haute-Savoie), quitta Bellegarde et, au début de 1937, le journal communiste local se plaignait que le rayon « avait souffert du départ du militant actif Henri Bourbon ».
Mais Henri Bourbon revint dans l’Ain. Au début de 1938 il était secrétaire de l’Union locale des syndicats ouvriers d’Oyonnax (Ain), devenue fief communiste sous l’impulsion de René Nicod et Henri Bourbon conserva ce poste jusqu’à la guerre. Il fut même un temps, en novembre 1938, secrétaire de l’Union départementale. Son nom figura sur une affiche désapprouvant le Pacte germano-soviétique, à côté de René Nicod*, mais il indiqua ensuite qu’il n’avait pas été informé du texte et qu’il avait organisé le lacérage du placard.
Mobilisé de septembre 1939 à juillet 1940 au 93e RAM, il reprit contact avec le PCF le 17 juillet 1940 et organisa la lutte clandestine. Trois fois perquisitionné en 1940, traduit en conseil de guerre, emprisonné au Fort Saint-Nicolas, déplacé d’office, libéré en octobre 1940, révoqué, il devint au début de 1941 militant illégal. En 1941, il fut responsable politique de région sous le pseudonyme de Robert ; secrétaire de région sous le pseudo de Gérard ; (1942-1943) puis responsable politique de région ; sous le pseudo de Gérard et instructeur sous le pseudo de Bayard (1943-1944), et enfin responsable FTP zone sud sous le pseudo de Rochard ; mai-septembre 1944
En 1944-1945, Henri Bourbon fut secrétaire de l’association nationale des anciens FFI et FTP. En 1949, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur avec une citation dont nous extrayons les passages suivants : « A su, pendant la période difficile de 1942, créer de multiples groupes de sabotage dans la région lyonnaise, l’Auvergne, et en 1943, dans la région toulousaine [...]. Bientôt appelé à la direction de l’action militaire de la zone sud, il avait sous ses ordres neuf chefs régionaux, totalisant à la Libération 165 000 hommes. Membre de l’état-major de zone, a participé à la préparation des plans d’opérations et à la détermination des objectifs stratégiques à atteindre. »
René Nicod s’étant placé en dehors du Parti communiste par son refus d’accepter le Pacte germano-soviétique, ce fut Henri Bourbon qui prit sa place en juin 1945 comme secrétaire de la Fédération communiste de l’Ain. Il fit partie de son bureau fédéral jusqu’à son départ de l’Ain en 1961. Il considérait son retrait du secrétariat fédéral en 1949 comme une sanction, mais il y revint. À la même époque, il fut président de l’ANACR.
Conseiller municipal de Bourg-en-Bresse, candidat du Parti communiste aux élections d’octobre 1945, il fut élu à l’Assemblée constituante. En mai 1946 il fut élu à la Chambre, où il siégea jusqu’en 1951. Battu à cette date, il envisagea en 1954 de quitter son emploi à la SNCF pour s’occuper éventuellement d’une organisation théâtrale mise sur pied par Roger Vailland mais le secrétariat national s’y opposa. Il fut réélu au parlement en 1956. À l’occasion de la conférence fédérale de mai 1956, Gaston Viens, représentant de la direction nationale écrivit : « Le camarade Henri Bourbon, sur sa demande, n’a pas été réélu au secrétariat fédéral. Le camarade Bourbon est l’un des plus anciens militants de la direction fédérale. Il bénéficie d’une vieille expérience et d’une autorité très grande dans le Parti et dans les masses. À mon sens, il eût été préférable qu’il puisse rester au secrétariat fédéral, mais nous avons discuté longuement pour convenir avec lui que, pour se consacrer davantage à son travail d’élu, il devait être déchargé de cette tâche. Nous devons aider, d’une part, à ce qu’il fasse bénéficier le secrétariat de son expérience et de ses capacités, et, d’autre part, éviter qu’il ne se place au-dessus du secrétariat. »
Candidat du PCF aux élections législatives de 1958 dans la 2e circonscription de l’Ain (Nantua-Oyonnax), avec comme suppléant Marcel Ouzoulias, Henri Bourbon obtint 9 835 voix sur 46 939 suffrages exprimés au premier tour et 10 104 sur 48 990 suffrages exprimés au deuxième et ne fut pas élu. Il échoua la même année au conseil général de l’Ain.
Henri Bourbon quitta le département en 1962 mais resta membre du Parti communiste.
Chevalier de la Légion d’honneur avec Croix de guerre avec Palme, il était médaillé de la Résistance.
Marié en 1928 à Arbent (Ain) avec Raymonde Colomb, dont il eut trois enfants (dont deux furent ouvriers en peignes), divorcé en mars 1946, Henri Bourbon se remaria en 1946 à Bourg-en-Bresse (Ain) avec Léontine Morel, qui avait déjà deux enfants qu’il adopta.
A-t-il un lien avec Ginette Bourbon qui adhéra au Parti communiste en 1948 et fut une militante active de l’Ain ?

SOURCES : RGASPI, 495 270 342. — Arch. Nat., F7/13 024, 13 132 et 13 134. — Arch. Dép. Ain, M. 1 347 (1). — Arch. comité national du PCF. — Arch. SNCF de Béziers. — L’Éclaireur de l’Ain, 17 juin, 16, 23 septembre, 14 octobre 1934, 8 décembre 1935, 19 janvier, 17 mai, 5 juillet, 2 août 1936, 17 janvier 1937, 27 mars 1938, 30 juillet 1939, 22 septembre, 6, 27 octobre 1945, 8 juin 1946, 9 avril 1949. — Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, tome 2, La Documentation française, 1992. — État civil d’Annemasse.

Marie-Louise Goergen, Charles Sowerwine

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